Politique

Sadi face à une cabale ? Les non-dits de l’affaire des 8 milliards

Cloué au pilori pour une abracadabrantesque affaire liée aux fonds alloués à la lutte contre la pandémie, le ministre de la Communication est désormais la cible idéale de certains lobbies au sommet de l’Etat, déterminés à lui faire le scalp et le présenter aux yeux du Prince qu’il sert
depuis une trentaine d’années, comme un collaborateur infidèle. Enquête.

Sadigate ? On n’en est pas très loin. L’affaire a pris en otage l’actualité politico-économique et sociale du Cameroun. La presse en fait ses choux gras ; les réseaux sociaux s’en délectent au grand bonheur des clans qui instrumentalisent, manipulent et tirent les ficelles dans l’ombre. Entre buzz, prébendes et dividendes, sa tête est mise à prix au plus offrant. Parce que le ministère dont il conduit aux destinées a été injustement accusé d’avoir reçu un montant de 8 milliards de Fcfa dans le cadre de la lutte contre le Coronavirus, René Emmanuel Sadi est voué aux gémonies. En plein cœur du « Malachiegate », le Mincom se paie un autre scandale ourdi apprend-on, par certaines pontes du régime tapis au sein du régime et même à la présidence de la République où il est désormais présenté comme l’homme à abattre. Comme dans un rodéo judiciaire aux arrières goûts de règlement de compte, l’ancien secrétaire général du Comité central du Rassemblement démocratique du Cameroun (Rdpc) est (injustement) propulsé au tribunal de la chronique mondaine tel un scélérat.

Séquestration

Tout commence le 3 août dernier lorsqu’un confrère par ailleurs patron d’une radio émettant à Yaoundé, dévoile dans un éditorial que le ministère de la Communication a reçu dans le cadre des fonds alloués par le Fonds monétaire international (Fmi)pour la lutte contre la Covid-19, la bagatelle de 8 milliards de Fcfa. S’en suit une succession de griefs portés contre la personne du Mincom par le fameux Dp qui confesse avoir été victime de séquestration et de tortures de la part de l’homme lors d’une soirée à rebondissement dont il a pris la peine d’en faire le récit avec l’hyperbole qu’on lui connaît. Une information démentie par les services du ministère sous la plume du Dr Félix Zogo, le secrétaire général. Dans le cadre de la lutte contre la pandémie du Coronavirus, le ministère de la Communication dit n’avoir reçu que la somme de 100 millions Fcfa du gouvernement pour élaborer un plan gouvernemental de communication sur la prévention et la sensibilisation contre la pandémie. D’après un communiqué du Sg, cette enveloppe débloquée le 27 mars 2020 par le ministère des Finances au profit du Mincom, ne représente que le tiers de la demande exprimée, soit 300 millions Fcfa.

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Faire face aux impératifs urgents

La dotation de 100 millions Fcfa provient des fonds mis à la disposition du Cameroun par le Fmi, soit 126 milliards Fcfa, « au titre de la Facilité de crédit rapide (Fcr), pour accompagner les autorités camerounaises dans leur réponse aux besoins urgents de financement de la balance de paiements du les termes de l’échange provoqués par la chute brutale des cours du pétrole à l’échelle mondiale», précise le Sg. Lui qui croit d’ailleurs savoir que c’est la seule dotation qu’a reçue ce ministère, et qu’il demeure dans l’attente d’un autre décaissement de 420 millions Fcfa, représentant sa quote-part dans la répartition de la dotation du Fonds spécial de solidarité nationale pour lutter contre le Coronavirus et ses répercussions économiques et sociales.

«Le ministère de la Communication n’a jamais reçu aucun autre financement au titre du Covid-19 que celui d’un montant de 100 millions Fcfa, du reste octroyé par le premier ministre chef du gouvernement à la fin du mois de mars 2020, pour nous permettre de faire face aux impératifs urgents de la communication», renchérit Félix Zogo. Au sujet de la convocation et de l’audition de notre confrère au cabinet du ministre, en présence des responsables de la Police selon ses dires, Félix Zogo indique pour que nul n’en ignore que «ni lui, ni ses enfants, n’ont été l’objet de quelque maltraitance que ce soit, encore moins de séquestration dans le cabinet du ministre».Et ledit confrère de taxer Sadi de « menteur ».

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En attendant le remaniement…

En poussant la réflexion un peu plus loin, le Messager a appris des sources concordantes que l’affaire est bien plus profonde qu’un jeu de ping-pong entre le ministre et le journaliste. Financée à coups de millions de Fcfa, la cabale contre l’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation s’offrirait le renfort de quelques pseudos activistes tapis au sein de la diaspora « qui multiplient au fil des jours, des histoires sordides dans le funeste dessein de plonger dans la gadoue le diplomate qui cumule des dizaines d’années au sein du régime Biya ». Un malheur ne venant jamais seul, le hasard a voulu que cette nouvelle affaire Sadi coïncide avec l’imminence de ce gouvernement que le peuple appelle de tous ses vœux. Coïncidence plutôt intrigante quand on sait que certains de ses bourreaux recrutés parmi des apparatchiks du régime, manœuvrent sous cape pour enfoncer leur camarade.

Des manœuvres que ceux qui connaissent bien le mis en cause, balaient d’un revers de la main, qualifiant cette entreprise de déstabilisation, de maladroite et de très mal ficelée. « Chacun profite de l’occasion pour tenter de trouver au ministre (Sadi), des griefs infondés pour contribuer à noircir davantage son casier et faire de lui, le pourri d’un régime dont on connaît parfaitement les hommes à la baguette et les assoiffés de pouvoir, prêts à tout pour sauter sur le trône », commente un analyste politique, convaincu que la fidélité sans faille de Sadi à l’endroit du Chef de l’Etat, n’a jamais été démentie malgré les turpitudes. En ces temps où la fièvre de l’attente d’un imminent remaniement ministériel s’empare des ministres en fonction et autres aspirants au sein du parti au pouvoir, tous les moyens sont bons pour conserver sa place à la mangeoire. « Sadi serait donc une cible idéale au regard des nombreuses années passées au sein du sérail et particulièrement au sein des collaborateurs fidèles de Paul Biya », confie un ex haut commis de l’Etat. A suivre !

Franck ESSOMBA

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