Responsabilités

Ce n??est pas à un voyage dans les méandres des grandes pensées oniriques ou dans les abîmes de la langue de bois que nous vous convions. Mais à un arrêt presque brutal sur nos tristes réalités quotidiennes au c??ur d??une actualité brûlante pour en exorciser les travers. La mort dans des circonstances dramatiques-[il faut en convenir et la regretter]-du journaliste Germain Cyrille Ngota Ngota n??est pas dans la conjoncture actuelle, un simple fait divers à traiter avec sensationnalisme dans les colonnes d??une presse qui semble s??en régaler en y tirant sans élégance des dividendes. Elle ne saurait non plus être un terreau fertile pour cultiver et distiller

la haine que charrient des appels à la révolte cristallisés par certains écrits enflammés surtout dans la presse cybernétique. Il y a là, pathétique de douleur, corrosive de regrets, la mémoire d??un être humain à honorer. En premier. La prompte réaction du chef de l??Etat qui déplore la mort d??un homme de médias et qui a instruit une enquête judiciaire pour établir les responsabilités ne suffit certes pas à dissiper le malaise né de cette ténébreuse affaire, mais elle arrive à point nommé pour démontrer que le sujet n??est pas tabou et que l??on doit en tirer les conséquences. A la lumière de cette démarche rassurante, il semble évident que ce fâcheux drame ne sera pas passé par pertes et profits. Parce qu??il est le fruit de certaines postures douteuses dans les pratiques professionnelles du métier de journalisme ; parce qu??il interpelle la justice; parce qu??il est la résultante de certaines approches tatillonnes dans la gestion de nos univers carcéraux qui ne sont pas, de l??aveu même de hautes autorités gouvernementales des « Quatre étoiles ! » ; Ce drame, un de plus, qui pourrait en cacher d??autres que nous pouvons encore épargner à l??image de notre beau Cameroun. Ce drame invite à une réelle prise de responsabilités au-delà des prismes partisans. Au c??ur des dispositifs en vigueur dans les prisons en matière d??encadrement et de prise en charge des prisonniers malades, il y a sans doute aussi, au-dessus de l??entrelacs des divers cas de figures, encore beaucoup d??humanité à administrer avec une certaine dose de générosité et de dignité pour la vie humaine. Il y a encore, certainement dans la conduite des procédures judiciaires faite avec doigté et fermeté, des espaces que les juges qui, dans leur infinie sagesse, savent apprécier pour autoriser dans certaines circonstances, des comparutions libres avec le seul but de rechercher la manifestation de la vérité. Il y a enfin encore, dans la presse du Cameroun, de la place pour envisager la saine pratique du plus beau métier du monde sans se laisser griser par les techniques viciées et usées de la presse dite à gage ! Sous toutes ses coutures, et dans tous les domaines, il faut s??éloigner autant que faire se peut de la banalisation du mal. C??est un peu la peur des dieux, de la mort ou de la souffrance qui s??évanouit pour qui accède à la connaissance, à tolérance, à la vérité. Le plaisir de se réaliser ne passe pas forcément par l??étalage des prouesses machiavéliques en quête perpétuelle de sang, de vaines et insatiables rétributions arrachées frauduleusement aux cercles des pouvoirs. Une autre démarche de cohésion sociale est encore possible. Nous ne sommes pas sûrs d??avoir déjà « cultivé suffisamment pour l??export », l??incapacité à entrer en relation apaisée avec l??être humain d??en face. Bien sûr que pour se débiner, le fonctionnaire zélé prétendra avoir agi avec la bonne conscience en faisant son « devoir » avec une certaine cécité en se montrant incapable de se mettre à la place de l??autre. Bien sûr qu??un certain journalisme de mauvais goût ne verra que l??appât du gain sans se préoccuper de l??honorabilité des personnes spoliées et salies par ses actions et ses écrits très éloignés des faits sacrés. Mais il est des domaines où conscience et déontologie se rejoignent forcément, faisant appel à ces trésors d??humanisme, de dignité,de bienveillance qui sommeillent en chaque individu, matérialisant la responsabilité de chacun et de tous?? Les histoires sombres qui ternissent l??image du pays ne sont évidemment pas à notre gloire. Comme au football, l??histoire ne retient souvent que le résultat. A nous de travailler collectivement à soigner le palmarès.

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