Politique

Réapparition de Paul Biya: Ce que les camerounais doivent comprendre

Décryptage de l’audience accordée à l’ambassadeur de France jeudi 16 avril par le président de la République sorti de son confinement.

Le premier symbole est que la France veut dire aux Camerounais qu’elle aura son mot à dire dans l’alternance au sommet de l’État. Ce message-là semble plus adressé à l’opposition qui bat chaque jour le rappel des troupes. La démonstration de force du Mrc dans les rues camerounaises et à Paris, ont visiblement alerté l’Élysée. Soit. Pour revenir à Etoudi, combien de Camerounais ne se sont pas retrouvés en train de penser face à l’absence prolongée, face à l’appel pressant des concitoyens et sans réponse, face à la menace du Covid-19, qu’il se pourrait que Paul Biya soit en situation face à la maladie ou même qu’il s’en est allé?

Mais pendant ce temps, alors que les Camerounais étaient plongés dans les incertitudes, Paris savait tout. La rencontre entre les deux officiels pendant que les Camerounais étaient largués dans leur conviction, explicite aux yeux des concitoyens que Macron a une influence certaine au Palais d’Etoudi, ce qui au demeurant, est une offense manifeste, une insulte faite à un pays indépendant. La mort de Paul Biya a été annoncée à Paris, et c’est via Paris qu’on découvre que Biya est vivant. Par ailleurs, la France de toute évidence devrait tenir compte que les temps ont changé et que sa politique en Afrique devrait l’être aussi. Elle aurait pu attendre que de sa sortie du « confinement », Paul Biya s’adresse d’abord aux Camerounais. Ce qui n’a pas été le cas et le message qui en découle, on le comprend aussi.

Lire aussi
Cameroun - Insurrection : Tous contre Maurice Kamto...

Construction et déconstruction

Le deuxième symbole qu’on retient est que l’opposition camerounaise est incarnée plus que jamais par Maurice Kamto et son parti. Oublier d’en tenir compte peut nous être très préjudiciable à l’avenir. En politique plus que partout ailleurs dans la vie, tout est construction et déconstruction en fonction du rapport de force. Si Maurice Kamto et les siens n’avaient pas mis tant de pressions sur le pouvoir, qu’en serait-il aujourd’hui? Le pouvoir aurait pu continuer d’entretenir le flou et le suspense, se donner à tous les ballons d’essai possibles sans que cela n’émeuve outre mesure l’opinion. Son combat contre une succession de gré à gré su sommet de l’État, a fortement sensibilisé les Camerounais. Maurice Kamto a redonné le goût à la vie politique au Cameroun. Pour cela à tout au moins, on lui doit une fière chandelle. Dans cette foulée, on peut se poser la question aujourd’hui de savoir si l’Assemblée nationale saisie par ses soins aux fins de demander au Conseil constitutionnel de constater la vacance présidentielle aurait pu prospérer.

Quoi qu’il en soit, son acte pose le problème de la grippe du mécanisme de nos institutions appelées à encadrer la dévolution du pouvoir d’État. L’autre pendant de la question est qu’il est important de donner un statut à l’opposition au Cameroun. Cela donnerait plus de sens et de volume dans les échanges entre les parties, rendrait plus convivial les rapports entre le pouvoir et cette opposition, redynamiserait un mot la démocratie au Cameroun. La gestion en cours de l’affaire survie, en dit long.

Lire aussi
Tribunal du Rdpc: Paul Biya punit les indisciplinés

Le troisième symbole, lié à l’objet d’entretien entre Paul Biya et le diplomate français, montre que le pays n’a pas encore pris toute la dimension de la lutte contre le Covid-19. N’oublions pas que tout est parti de là. Le leader du Mrc s’indignait que le commandant en chef avait déserté le champ du combat pour laisser le peuple à la merci du terrible virus. Aujourd’hui, au moment où nous sommes le pays le plus affecté en Afrique subsaharienne derrière l’Afrique du Sud, il est important de réviser la praxis de nos mesures barrières, de remettre sur pied une nouvelle stratégie de lutte au besoin. Bien plus, Malachie Manaouda ne donne plus le nombre de contaminés. Il informe désormais plus sur les cas guéris. Peut-être craint-il que l’opinion en déduise que le virus a échappé à notre contrôle et que désormais, c’est le sauve qui peut pour sa survie? Combien de cas de contamination à ce jour? Trop de statistiques créent la psychose, rétorquera-t-on.

Léopold DASSI NDJIDJOU

Afficher plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page