Afrique

Quelle paix Ouattara veut-il en Côte d’Ivoire, en cette année 2020 ?

La paix, disait le Président Félix Houphouët-Boigny, n’est pas un vain mot, mais un comportement.

L’adage est connu de tous les Ivoiriens. IL fut même un temps où l’on pouvait lire sur les panneaux de publicité de nombreuses villes ivoiriennes, les heureuses occurrences de cette sagesse de haute valeur. Peut-on cependant, au regard des événements en cours en Côte d’Ivoire en ce début d’année 2020 et notamment depuis l’attentat officiel manqué contre l’avion du Président Guillaume Soro le lundi 23 décembre 2019, dire en toute objectivité que c’est ce comportement de paix qui transpire des actes, discours et projets du pouvoir RHDP de monsieur Alassane Dramane Ouattara ? En fixant le concept de paix dans la notion de comportement, qui indique la manière de penser, de faire et d’être d’une personne individuelle ou morale, le Président Houphouët nous indiquait déjà, au fond, le critère le plus décisif à utiliser pour interroger le type de paix qu’on nous propose, qu’on nous oppose ou qu’on nous impose dans un pays, à un moment donné de l’Histoire. On ne juge pas de la paix aux simples déclarations, on en juge par les actes. Le comportement montre les valeurs qu’on comporte et les actes que le comportement produit, exposent les intentions cachées derrière bon nombre de vertus pompeuses et de vœux pieux. Ceci nous impose dès lors au moins trois questions : 1) Quelle paix Alassane Dramane Ouattara promeut-il en Côte d’Ivoire ? 2) Quels avantages et quels inconvénients les Ivoiriens auraient-ils à suivre le genre de paix que le régime d’Alassane Dramane Ouattara leur propose, voire leur impose ? 3) Et finalement, si la pax ouattarensis est une fausse paix, comment réaliser la paix juste dans ce pays ?

La paix dans sa compréhension la plus générale, désigne un état de calme ou de tranquillité ainsi que l’absence de perturbation, de trouble, de guerre et de conflit. Elle peut aussi désigner un idéal social et politique recherché par certains acteurs, dont les plus radicaux relèvent de l’idéologie du pacifisme. Mais lorsqu’on va au-delà de cette définition générale, on découvre qu’en réalité, il peut y avoir au moins trois principales sortes de paix: la paix des cimetières, la paix des braves et la paix juste.

La paix des cimetières est celle qui est obtenue par la brutalisation, l’intimidation, la spoliation, l’assassinat, l’exil ou le silence apeuré des citoyens. Ceux qui sont morts, on le sait, ont perdu la parole vivante. Le cimetière est le règne du silence de ceux qui furent. Poussière des poussières, ils sont retournés dans l’anonymat de la terre. Leurs survivants muets et tristes, transis de peur car menacés de coups et blessures, de mort violente et précoce, se mettent bien souvent à leur ressembler parce qu’ils ne veulent pas précocement et violemment mourir. Les hommes dominés sont comme des morts-vivants, des zombies. Dans les dictatures, que le Président français Emmanuel Macron a si bien définies comme des régimes politiques où un seul individu ou un seul clan font la loi, règne donc la paix des cimetières. La violence des dominants imposant le recul des libertés, on y souffre et meurt en silence. Et on se réfugie alors bien souvent en pareil contexte dans le s*e*xe, les jeux, les drogues et les croyances superstitieuses, pour échapper à la dure réalité.

Dans la paix des braves, on a affaire à un véritable équilibre de la Terreur entre les forces en présence. L’absence de trouble est entretenue par la crainte réciproque des forces, les unes envers les autres. Les parties en présence, toujours armées et prêtes à s’affronter, tels par exemple le Hezbollah face aux druzes ou aux sunnites libanais, ne sont tranquilles qu’en continuant de tenir l’adversaire en respect. Ici, qui veut la paix prépare sans cesse la guerre. La paix des braves consacre la terreur partagée par anticipation, la peur de l’Autre qui inhibe, la promesse d’une apocalypse toujours possible, suspendue sur la tête de tous, telle l’épée de Damoclès. On peut songer ici aussi à la paix dans ces pays où les citoyens ont le droit au port permanent des armes, chacun étant potentiellement pour tous les autres, immédiatement capable de donner la mort violente comme alternative. La paix des braves est donc loin d’être gage de sécurité intérieure pour tous et pour chacun.

Enfin, la paix juste est la tranquillité profonde de tous qui règne dans une société régie par des lois justes, et dans laquelle nul n’est au-dessus des lois. Elle est gage de la véritable liberté civile, dont Jean-Jacques Rousseau nous parlait avec tant d’adresse dans l’extrait suivant de son célèbre opuscule, Du Contrat Social :

“Il n’y a donc point de liberté sans Lois, ni où quelqu’un est au-dessus des Lois : dans l’état même de nature, l’homme n’est libre qu’à la faveur de la loi naturelle qui commande à tous. Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux Lois, mais il n’obéit qu’aux Lois, et c’est par la force des lois qu’il n’obéit pas aux hommes. Toutes les barrières qu’on donne dans les Républiques au pouvoir des Magistrats ne sont établies que pour garantir de leurs atteintes l’enceinte sacrée des Lois : ils en sont les Ministres, non les arbitres ; ils doivent les garder, non les enfreindre. Un peuple est libre, quelque forme qu’ait son Gouvernement, quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la Loi. En un mot, la liberté suit toujours le sort des Lois, elle règne ou périt avec elles ; je ne sache rien de plus certain.»

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A bien comprendre le genevoix Jean-Jacques Rousseau, la paix juste naît de l’absence de domination d’un homme ou d’un clan sur la société. Elle naît du respect égalitaire des lois justes et raisonnables par tous, et non de la violence ou de la peur imposées par certains aux autres. La paix juste est la tranquillité sociale et intérieure des citoyens, qui savent qu’ils peuvent être protégés de toutes les injustices par les mécanismes efficaces de contre-pouvoirs qui mettent à équidistance, les pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif de l’Etat. C’est donc l’équilibre des pouvoirs de l’Etat et la séparation de ces pouvoirs qui assurent la vraie paix, et non leur concentration entre les mains d’un individu ou d’un clan, comme c’est le cas en dictature.

Inévitablement, la question ivoirienne qui se pose est celle-ci : des trois paix ainsi décrites, quelle(s) est – ou sont- celle(s) que le régime de monsieur Ouattara destine réellement aux Ivoiriens ? Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, croupissent en prison les opposants issus du Front Populaire Ivoirien, du PDCI-RDA et de Générations et Peuples Solidaires.

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, tout le monde s’accordera à reconnaître que l’individu Alassane Dramane Ouattara et son clan font la loi comme ils veulent et se placent eux-mêmes au-dessus des lois. Ils ordonnent et forcent les Ivoiriens à s’y soumettre. Ce sont des maîtres et non des chefs, si l’on veut reprendre la terminologie de Rousseau.

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, une brutalité sans nom s’abat sur les Ivoiriennes et Ivoiriens soupçonnés de sympathie active envers le leadership de l’opposition politique : coups de blessures, enlèvements, assassinats, limogeages et harcèlements divers sont le lot quotidien des centaines de personnes.

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, les principaux leaders du FPI, de GPS et des hauts-cadres du PDCI-RDA sont contraints à l’exil par une justice aux ordres d’Alassane Dramane Ouattara. On a vu une armée et des miliciens encagoulés mettre la ville d’Abidjan à feu et à sang le lundi 23 décembre 2019, pour empêcher le retour d’un citoyen ivoirien, le Président Guillaume Soro parmi les siens. On a vu des résidences privées éventrées, dévastées, pillées, arrachées sous les ordres directs de monsieur Ouattara. On a vu des faux complots de coups d’Etat être montés de toutes pièces pour noyer l’opposition politique et surtout écarter le plus redoutable des candidats à la présidentielle 2020, Guillaume Kigbafori Soro. On voit le Président sortant, Ouattara, tenter de modifier la constitution à moins de 10 mois de l’élection présidentielle, pour entériner son projet de capture de l’Etat avec sa famille et son clan de partisans aveugles.

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, au mépris de leur immunité parlementaire, dûment garantie par l’article 92 de la Constitution et sans la moindre preuve d’un flagrant délit quelconque, 5 députés du GPS, compagnons du leader Guillaume Kigbafori Soro ont été arrêtés et jetés en prison. Des intellectuels de renom, tels le Professeur Mamadou Djibo; des cadres, parmi lesquels le médecin Aboubacar Touré, qui participaient à une banale réunion au siège du mouvement GPS le lundi 23 décembre 2019, ont été jetés en prison sans motif valable; et depuis plus d’un mois, aucun juge de la république n’a daigné entendre ces prisonniers innocents.

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, le pouvoir menace l’Eglise catholique, parce que celle-ci appelle les Ivoiriens à manifester le 15 février 2020 pour la sauvegarde de la paix, dans l’intérêt général de tous les Ivoiriens de bonne volonté, par-delà les différences religieuses, ethniques, politiques ou socioéconomiques. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, l’opinion internationale, à travers les rapports d’Amnesty International, les motions de protestation de magistrats et des avocats de Côte d’Ivoire, les nombreuses déclarations et actions de protestations des principales forces d’opposition, des députés de l’opposition, et même des enquêteurs de l’Union Européenne, s’accorde à reconnaître la nature foncièrement dictatoriale du régime RHDP d’Alassane Dramane Ouattara. Ainsi, Herman J. Cohen, ancien sous-secrétaire américain aux Affaires Africaines, a pu si justement écrire sur son compte twitter :

L’obsession d’Alassane Ouattara à vouloir détruire la carrière politique de Guillaume Soro révèle un dirigeant autoritaire et dictatorial”

Dès lors que la nature dictatoriale du régime Ouattara est une évidence nationale et internationale, nous pouvons sans risque de nous tromper, identifier parmi les trois sortes de paix, celles que le régime Ouattara veut imposer aux Ivoiriens : la paix des cimetières et la paix des braves.

Le Peuple ivoirien a-t-il quelque intérêt à accepter l’une ou l’autre de ces deux formes morbides de paix ? La paix des cimetières, comme la paix des braves sont des choix suicidaires. Accepter de vivre sous la domination violente d’un homme ou d’un clan, c’est précisément leur offrir gratuitement sa vie, sa santé, sa liberté et sa dignité. Est-ce le prix que les Ivoiriens veulent et doivent payer pour être en paix ? La réponse venue des entrailles du peuple de Côte d’Ivoire me semble être franchement, sincèrement et courageusement négative à cette question. Cette paix façon-Ouattara, que je nommerai volontiers la pax Ouattarensis, rencontre la désapprobation et risque de sonner la révolte des Ivoiriens, pour les raisons que nous allons à présent examiner.

La désapprobation ivoirienne de la paix des cimetières et de la paix des braves que Ouattara veut leur imposer vient d’un désaccord éthique entre le régime et le peuple autour du non-respect de la parole donnée. Une rupture de confiance qui a rasé ce qui aurait dû être le ciment de l’alliance entre le pouvoir et le peuple. En effet, arrivé au pouvoir au terme d’une grave crise post-éléctorale en 2010-2011, Alassane Dramane Ouattara avait fait une double promesse aux ivoiriens : leur apporter l’Etat de droit et la démocratie d’une part; de l’autre, leur offrir l’émergence socioéconomique à l’horizon 2020, par une prospérité et un bien-être réellement partagés.

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Sur le premier aspect, la concentration actuelle des pouvoirs par Ouattara et son clan, les nombreuses violations de la constitution, les emprisonnements politiques massifs et la kyrielle de brutalités subies par les ivoiriens confirment la disparition de l’Etat de droit et de la démocratie en Côte d’Ivoire. La fraude électorale en préparation avec la confiscation de la Commission Electorale par le pouvoir, tout comme le tripatouillage en cours du fichier électoral et de l’accès à la nationalité ivoirienne, laissent planer le risque annoncé d’un cauchemar électoral sur l’année 2020 en Côte d’Ivoire.

Quant au second aspect, on s’accorde à reconnaître que le régime Ouattara aura réalisé en 10 ans, cette chose incongrue qui se nomme la croissance pauvre. Près de 50% d’Ivoiriens, soient environ 13 millions de personnes vivent encore sous le seuil de pauvreté, avec 70 à 90% de chômeurs, aux termes du second mandat du magicien venu du FMI et de la Banque Mondiale ! Les délogements scandaleux de Cocody-Danga et d’Adjouffou, le voyage suicidaire du petit Laurent Barthélémy retrouvé mort dans le train d ‘atterrissage d’un avion à Paris, le taux de suicide élevé des Ivoiriens qui les classe au premier rang des suicides en Afrique et au 5ème rang mondial des suicides par pays, viennent confirmer une pauvreté qui s’est, du reste, muée en misère pour des millions d’Ivoiriens. Quelle paix peut-on avoir quand on est traité pire que des animaux et quand on est passé de pauvreté à misère sans que les gouvernants s’en émeuvent ?

Les Ivoiriens, qui se sont battus notamment depuis 1990 pour avoir droit au retour au multipartisme, qui se sont débarrassés de toutes les façons possibles de trois régimes politiques, de 1999 à 2010, ne sont-ils pas poussés en cette année 2020, à la résistance extrême par le régime dictatorial de Ouattara ? C’est précisément pour éviter cette escalade tragique que le leader de Générations et Peuples Solidaires, Guillaume Kigbafori Soro, avait pris le bâton du pèlerin de la réconciliation et du pardon dans son pays depuis 2012, après son départ de la primature. C’est dans cet esprit de responsabilité que Guillaume Soro est allé à la rencontre des petites gens dans le pays et à la rencontre de la diversité ivoirienne dans la diaspora, pour bâtir un concept nouveau de démocratie participative et de développement endocentré et écologique, en bonne entente avec toutes les sensibilités politiques, religieuses ou culturelles de la nation. IL me semble que c’est dans cet esprit que les discours et postures des présidents Bédié et Gbagbo, mais aussi du camarade Charles Blé Goudé se situent depuis plusieurs années, rejoignant ainsi le chorus du pardon et de la réconciliation nationale de longue date entonné par Guillaume Kigbafori Soro, au cœur du régime réticent d’Alassane Dramane Ouattara. Et c’est csans doute pour sauver la paix juste que l’Eglise catholique ivoirienne, à travers sa déclaration courageuse, modérée et véridique du 19 janvier 2020, a appelé le pouvoir et l’opposition à s’entendre pour des élections justes, apaisées, transparentes et crédibles en 2020 en Côte d’Ivoire.

Mais d’où vient-il donc que cet appel à la raison et à la compassion pour la paix juste soit perçu comme un acte de sédition par les officiels du régime Ouattara et bien de leurs partisans dans la presse et les réseaux sociaux ? D’où vient-il qu’en Côte d’Ivoire, un appel à manifester le 15 février 2020 prochain, par-delà les différences religieuses, politiques, régionales ou ethniques, par-delà les catégories socioéconomiques, pour la plus précieuse des paix, soit l’objet de menaces de coups et blessures de la part du régime Ouattara ?

Le défi qui est lancé aux Ivoiriens est donc plus que jamais clair : proposer la vraie paix, la paix juste, en lieu et place des fausses paix – des cimetières et des braves- que le régime Ouattara veut imposer. Ici, l’heure du “Un pour Tous- Tous pour Un” a donc sonné. Elle appelle au rassemblement des Ivoiriennes et des Ivoiriens, qu’ils soient du RHDP, du FPI, du PDCI-RDA ou de GPS, autour des seules vraies gardiennes de l’Etat de droit et de la démocratie républicaines : les lois justes. Si la Côte d’Ivoire est une république, ce n’est ni un homme, ni un clan qui doivent faire la loi, mais le peuple souverain et lui-seul, protégé par sa Constitution sacrée. IL est donc question de sauver la république, afin de sauver toutes les libertés menacées et sacrifiées par la dérive dictatoriale en cours dans le pays. Et pour cela, c’est l’union des Ivoiriens de bonne volonté, c’est l’union des consciences habitées par l’intérêt général du pays qui doit servir de ciment spirituel à la renaissance de l’espérance. Sans violence, sans précipitation à se saisir anticonstitutionnellement du pouvoir, les Ivoiriens doivent donc défendre la vraie paix, et ils ont le devoir tout comme le droit de refuser ses fausses jumelles. Générations et Peuples Solidaires et son leader se situent incontestablement dans cette orientation et cette détermination à servir la Cause Commune de la paix juste.

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