Ce mercredi 3 juin 2026, le ministre de l’Agriculture Gabriel Mbaïrobe préside à l’ENAM de Yaoundé le lancement de la 5e cohorte du programme « Un jeune, une plantation de banane-plantain ». Baptisée « Promotion Paul Biya », cette vague concerne 500 étudiants issus de cinq instituts privés, qui partent dès cette semaine pour une immersion technique d’une semaine à l’incubateur de Kribi. Derrière l’événement, un modèle économique inédit et des chiffres qui font réfléchir.
500 jeunes, 250 000 vitroplants et un marché garanti au Gabon
Le dispositif est précis. Chaque étudiant reçoit 500 vitroplants à haut rendement, soit 250 000 plants distribués au total sur des parcelles communautaires. Un mois après le planting, le chiffre d’affaires projeté pour l’ensemble de la cohorte atteint 855 millions de FCFA. Et la totalité de la production est d’ores et déjà orientée vers l’exportation, avec un débouché garanti au Gabon.
Ce n’est pas un stage. C’est une entrée directe dans une chaîne de valeur réelle.
Le modèle de partage des bénéfices imaginé par Samuel Tony Obam Bikoué, président de la Filière Banane-Plantain du Cameroun (FBPC), est son vrai pari : 40 % pour l’étudiant, 30 % pour son établissement, 30 % pour la FBPC. Les cinq instituts engagés, dont l’UPS, l’IUSTY, Agenla Academy, l’INUD et l’ISF de Messamena, récupèrent ainsi une part des revenus générés par leurs propres apprenants. Un co-actionnariat tripartite que ses promoteurs appellent le concept d’« Université-Entreprise ».
Le financement s’appuie sur les 50 milliards de FCFA inscrits dans la Loi de Finances 2026 et dédiés aux jeunes, dans le cadre de la Stratégie Nationale de Développement à l’horizon 2030.
Un programme ambitieux, mais des questions restent ouvertes
L’objectif affiché est d’incuber 10 000 étudiants sur cinq ans, avec l’installation progressive de micro-unités de transformation sur les campus. Si ce rythme est tenu, ce serait l’une des initiatives agro-entrepreneuriales les plus structurées jamais portées par le secteur privé éducatif camerounais.
Pourtant, quelques zones d’ombre méritent d’être posées. Les projections de chiffre d’affaires reposent sur des rendements estimés et un marché d’exportation décrit comme garanti, sans que les contrats formels avec les acheteurs gabonais aient été rendus publics. On ne sait pas encore comment sera géré le risque agronomique en cas de mauvaise récolte, ni quel filet de sécurité existe pour les étudiants dont les parcelles seraient défaillantes.
La semaine d’immersion à Kribi sera un premier test. C’est là que se vérifiera si le modèle tient vraiment le terrain, pas seulement les amphithéâtres.
Ne manquez aucune actualite !
Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.
📰 Voir tous ses articles →



