Paul Biya laisse tomber la guerre et annonce le dialogue pour le fédéralisme

Sous la pression de la communauté internationale, Paul Biya qui a déclaré la guerre contre les sécessionnistes anglophones en déclarant qu’il est hors de question de dialoguer avec les terroristes, est contraint d’aller au dialogue avec…ceux qu’il qualifiait de terroristes.

Sur Twitter le 07 mai, le chef de l’Etat camerounais conviait ses concitoyens à un pardon mutuel. « L’important, aujourd’hui, est de pardonner et d’oublier, de tendre ensemble vers un but commun. Nous ne pouvons, à la fois, regarder l’avenir et vivre au passé. Le pardon mutuel est le chemin qui conduit vers la paix durable », a twitté Paul Biya ce jour.

Les ressortissants des deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui mènent une fronde contre le régime qu’ils accusent d’entretenir un système de marginalisation des anglophones, étaient particulièrement la cible du message .

Paul Biya qui est devenu très actif sur les réseaux sociaux, a ensuite envoyé sur le terrain le Premier ministre Dion Ngute. Il a débuté le 09 mai sa première mission officielle dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest du Cameroun, en crise depuis novembre 2016, pour annoncer que Paul Biya est désormais prêt à aller au dialogue .

Le Premier ministre Dion Ngute, issu de la communauté anglophones, a déclaré à la presse:

« Le président de la République m’a instruit de venir dans la région du Nord-Ouest pour porter un message de paix, un message de réconciliation à ces populations, qui ont été meurtries par beaucoup d’actes qui n’auraient pas dû être commis par nos jeunes.Il m’a demandé de leur dire qu’ils restent les enfants du Cameroun et de ce fait, ils ne doivent pas se priver d’une éducation comme ils le font. Ils ne doivent pas infliger à la société ce qu’ils sont en train de faire : les villes mortes, les rançons après enlèvements, les gens ne peuvent pas circuler librement dans leur propre pays. Il a demandé que je les informe qu’il faut qu’ils déposent leurs armes, qu’ils se rendent dans les centres de DDR [désarmement, démobilisation et réinsertion, Ndlr] où ils seront pris en charge gratuitement, où on va tout faire pour leur trouver quelque chose à faire. Pour les problèmes politiques, il m’a demandé de dire que, hormis la séparation et la sécession, parce que lui en tant que chef de l’Etat, il a juré de garder le pays uni, donc la séparation n’est pas à l’ordre du jour, tout autre point peut être discuté. Tout problème politique peut être discuté; et il est en train d’organiser une rencontre au cours de laquelle, il va débattre de ce problème. Donc, ça ne sert à rien que ces jeunes continuent à rester dans la brousse, à se cacher dans les villes et de détruire la communauté comme ils sont en train de faire. Je ne veux pas me limiter aux élites. Je voudrais parler à toutes les couches de la population, aux benkineurs, aux organisations de femmes, aux bayam Sellam qui peuvent porter ce message envers ces jeunes qui sont pour le moment pratiquement perdus ».

Depuis plus de deux ans les leaders politiques de l’opposition, les religieux, la société civile , l’Union Africaine, l’Union Européenne, les États-Unis, appellent Paul Biya à organiser le dialogue. Mais il reste sourd, convaincu par les faucons du régime que la paix reviendra par la force de la loi, donc la guerre. Depuis des années les leaders anglophones John Fru Ndi, Akere Muna, Paul Ayah Abine, Monseigneur Tumi et récemment le plus âgé des sénateurs Fon Mukete – qui est pourtant du parti au pouvoir – revendiquent le retour au fédéralisme. Mais Paul Biya a toujours déclaré que la forme de l’Etat est non négociable.

Maintenant, il est prêt à négocier l’Etat fédéral au moment où la crise a déjà fait d’énormes dégâts. Une étude sur la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, c’est International Crisis Group (ICG) publiée le 2 mai 2019, parle de plus de 1850 morts et environ 530 000 déplacés enregistrés depuis 2016 dans cette crise qui s’est muée en conflit armé entre les combattants séparatistes et les forces de défense et de sécurité du Cameroun. A ces chiffres effarants, il faut ajouter des dizaines de réfugiés au Nigeria et des emplois détruits. Paul Biya joue maintenant au médecin après la mort.

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