Paul Biya appelle à une solidarité moins sélective

S??adressant au monde à la tribune des Nations Unies, le président Paul Biya a fait observer que la mobilisation internationale n??était pas la même en fonction des problèmes. Très applaudi en montant à la tribune des Nations Unies vendredi dernier au moment de délivrer la vision que le Cameroun a du monde en cette année 2009, Paul Biya a mis l??accent sur deux points : la solidarité internationale et l??éthique dans la gestion des affaires. Depuis un peu plus d??un an, la planète entière est mobilisée pour trouver les réponses les plus efficaces à la crise financière qui a plongé le monde dans une période

de récession économique. Depuis un peu plus d??un an, toutes les intelligences du monde sont mises à contribution. Mais, au regard de l??ampleur des dégâts, les politiques se sont saisis du dossier. On ne compte plus les sommets : G8, G20, sans oublier les sommets bilatéraux, tout tourne autour de cette catastrophe planétaire et des solutions à appliquer. Le dernier sommet en date étant celui de Pittsburgh, aux Etats Unis. Une telle mobilisation fait plaisir à voir. Mais, aussi, elle interpelle la conscience collective. Le monde est donc capable d??aller chercher au plus profond de lui les ressources pour faire face à des défis de cette ampleur. Et Paul Biya, se félicitant d??un tel effort, invite à une mobilisation moins sélective. «Il y a lieu de se féliciter de cette forte mobilisation impulsée par les grands pays industrialisés. Elle a été prompte, résolue et conséquente. Elle a, sans conteste, donné la pleine mesure de la capacité de réaction de la communauté internationale lorsqu??elle est mue et sous-tendue par une réelle volonté Politique » a déclaré le chef de l??Etat camerounais. Le monde devrait aussi être capable d??une mobilisation du même ordre contre trois autres fléaux qui frappent plus de la moitié des populations de la planète : « Il y a là assurément une belle illustration de solidarité, une solidarité internationale telle que nous la voulons, telle que nous aurions aussi voulu la voir se manifester dans la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement, dans notre souci commun de réduire le fossé entre le Nord et le Sud, dans les combats que nous menons au quotidien contre la pauvreté, la faim et les pandémies ». Malheureusement, les souffrances des populations des pays pauvres ne suscitent pas le même écho et ne provoquent pas la même réaction globale et massive. Ainsi de la faible mobilisation des pays riches pour aider les pays pauvres à atteindre les objectifs du millénaire. Après l??euphorie de l??adoption des grands principes à l??occasion d??un sommet mondial, très peu aujourd??hui se souviennent seulement des objectifs. Paul Biya voudrait que jamais la conscience collective n??oublie que, bien au-delà de la faim et de la misère générées par la crise financière actuelle, la faim et la misère sont le lot quotidien de plus de la moitié des populations de la planète. Ethique Unanimement, on reconnaît aujourd??hui que cette crise financière internationale a pu faire tranquillement son lit à la faveur d??un capitalisme de plus en plus débridé. Ici, la production est reléguée au rang de l??archaïsme, les manipulations boursières récompensant le génie. Dans ce capitalisme devenu fou, les matières premières des pays en développement passent à la trappe. Tout s??est fait sans qu??aucune règle ne vienne entraver les actions de plus en plus risquées des agents financiers. Aucune règle éthique ne pouvait leur être opposée dans un environnement de libéralisme économique triomphant. Les excès du système ont donc provoqué son explosion. On a entendu le président français Nicolas Sarkozy dire : « après ce que nous avons vécu depuis un an, après être passés si près de l??effondrement de toute l??économie mondiale, après un tel démenti apporté à nos habitudes, à nos préjugés (??), nous avons trop attendu ». Et il réclame à tous les sommets que de nouvelles règles soient fixées, que tout ne soit plus possible au nom du libéralisme. Paul Biya avait vu venir le danger. Et il proposait déjà que des garde-fous soient installés. Et il l??a rappelé à l??assemblée générale des Nations Unies : « (??) c??est dans cet esprit que je préconisais il y a quelques années du haut de cette tribune, la création au sein des Nations Unies d??un Comité mondial pour l??éthique, car c??est bien une conjonction de dérives morales, de graves entorses à l??éthique qui se trouve à la base de la crise financière actuelle que connaît le monde ». Au-delà de ces deux points principaux, Paul Biya a insisté sur la nécessité pour les pays riches à augmenter l??aide au développement. De même, il a demandé que ces pays riches libèrent les financements nécessaires à la lutte contre les changements climatiques. Surtout, il a souligné la nécessité de poursuivre les efforts de préservation de la paix (« Le Cameroun participe activement, y compris par l??envoi de contingents camerounais, aux efforts déployés pour trouver des solutions définitives à ces conflits qui n??ont que trop duré »). Un discours marquant donc par sa thématique et son argumentaire.R. D. LEBOGO NDONGO, CT

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *