Contre la solidarité sélective

Alors que ces jours-ci les sommets de haut niveau se succèdent entre dirigeants du monde, notamment l??Assemblée générale des Nations Unies à New York ; le sommet du G20 réunissant les 20 nations les plus industrialisées à Pittsburgh (Etats-Unis), le sommet Afrique-Amérique latine dont l??hôte est le Vénézuélien Hugo Chavez, une certitude se fait jour : l??onde de choc de la crise financière et économique mondiale, en secouant les places fortes de la finance mondiale, a été comme un coup de massue sur nos têtes. Elle a réveillé l??indolence et la béatitude des riches, qui se démènent depuis lors comme de beaux diables pour conjurer une

déflagration générale du système capitaliste. En même temps qu??elle a brisé les illusions des africanistes et des Africains, au spectacle des plaies de l??Afrique, amplifiées par ladite crise, dans l??indifférence presque générale. Et de fait, il n??est apparu aucune volonté politique forte de la communauté internationale de poser les jalons d??un plan de sauvetage d??un continent laissé largement à la marge des profités et de la prospérité des années fastes du capitalisme. Comment s??étonner que le président de la République, une fois encore, en sa qualité de leader africain écouté et respecté, se fasse l??écho de cet amer constat des Africains ! Vendredi dernier, à la tribune de l??ONU, face au silence du monde qui résonne comme une banalisation des misères de l??Afrique, Paul Biya a rappelé des faits et des vérités dérangeants pour la bonne conscience collective. Pourquoi organiser une session de l??ONU à grands frais, sinon pour réfléchir ensemble aux problèmes du monde et y trouver des solutions concrètes ? Le devoir de solidarité ne saurait être sélectif : si le krach de la finance mondiale a déterminé un tel élan de solidarité et de telles fulgurances dans les actions correctives, le combat contre la pauvreté et le sous-développement ne doit-il pas mobiliser autant des nations qui s??étaient engagées, avec les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), à en finir avec la pauvreté ?La réduction des inégalités relève de la morale, et de la gouvernance mondiale. En ce sens, elle ne saurait être pour l??exécutif mondial ?? le G20, en l??occurrence, qui l??est de fait ?? une option facultative. C??est donc au nom du devoir de coopération et de solidarité, que ceux qui dirigent le monde doivent trouver une réponse globale à la stagnation de l??Afrique. Au-delà de la morale et de la bonne conscience, il faut bien admettre que la déshérence du continent noir menace directement la stabilité du monde. En d??autres termes, il n??y a pas seulement pour les uns de la honte à être heureux tout seuls. Il y a aussi de toute évidence pour eux un réel danger. L??absence d??équité dans les relations internationales fait en effet depuis toujours le lit de la violence sous toutes ses formes, du terrorisme, de l??immigration sauvage, de la fuite des cerveaux, et de toutes sortes de désordres. Même si le G-20 avait auparavant, comme le relève le président Biya pour s??en réjouir, invité le FMI à soutenir l??Afrique par de nouveaux prêts, les Africains peuvent difficilement y lire le signe d??une volonté de sauvetage du continent africain. L??appel à assouplir la politique de prêt du FMI n??était pas, en effet, sous-tendu par un plan stratégique destiné à y éradiquer la pauvreté et ses méfaits. Au contraire, pourrait-on penser, dans la mesure où cette grande souplesse accroîtrait la spirale du surendettement. Le rêve serait alors d??intégrer véritablement le continent noir dans la mondialisation et l??économie de marché, afin qu??il tire profit de ses nombreux bienfaits : transferts de fonds et de technologies, investissements directs et indirects pour soutenir les grands projets énergétiques, infrastructurels et agricoles, et booster l??emploi. Mais aussi régulation du marché de manière à éviter ou contenir la chute drastique des cours des matières premières dont elle est si dépendante. Mais le capitalisme ne connaît pas le rêve, hélas ! Si les vraies solutions pour sauver l??Afrique relèvent de l??évidence et même du simple bon sens, le rapport de force est tel que les puissants se résoudront difficilement par solidarité agissante, à créer un nouvel ordre économique qui ne servirait pas de prime abord leurs intérêts. C??est pour cela que le rôle des Nations Unies est incontournable, et si capital. C??est pour cela aussi que l??institution doit être refondée, pour mieux représenter la diversité et la complexité du monde actuel, devenu quasiment ingouvernable. Seule une institution de son statut ayant eu mandat de garantir la paix et le développement, et représentant parfaitement les divers pôles géostratégiques, peut tenter de concilier les inconciliables ; demander ?? sans certitude d??être entendue ?? que le capitalisme, qui sait si bien produire des richesses, réfrène ses emballements, s??autodiscipline, apprenne à se mettre au service de l??équité. Le Comité mondial pour l??Ethique, dont le président camerounais avait proposé la création il y a quelques années, aurait eu toute sa légitimité dans un tel contexte. En attendant, l??Afrique ne saurait se satisfaire des incantations, des professions de foi vertueuses et des bonnes intentions que l??on enregistre au fil des assemblées générales des Nations Unies.Elle doit prendre son destin en mains. C??est l??autre message fort de l??intervention du président Biya à la tribune des Nations Unies. Le fatalisme ne saurait être de mise, face au constat d??un consensus mou pour soutenir l??Afrique. Le défi de la pauvreté, martèle Paul Biya, est d??abord un défi national et sous régional. Le volontarisme, l??assainissement des milieux d??affaires, la moralisation de la vie publique, le patriotisme, la vision à long terme, l??intégration sous-régionale et régionale, sont autant d??atouts que le continent peut et doit capitaliser par lui-même, pour attirer les investisseurs, et venir à bout du sous-développement et des conflits. Avant de compter sur les pays amis pour qui, on le sait, les intérêts sont sacrés, et l??amitié libre?? Par Marie-Claire NNANA, CT

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