Nkometou : Dans l'embouteillage du péage

Le poste de péage  connaît une fréquentation particulière pendant le weekend. Causant de nombreux désagréments aux automobilistes de l??axe lourd Yaoundé ?? Bafoussam. Alors même qu??une activité commerciale spontanée y prospère. Arachides, arachides du village ! Bâton, bâton, bon bâton !Eau, eau glacée, eau bien glacée ! Maïs chaud, maïs chaud, bien sucré ! Orange, mandarine, bien sucrés ! La meute de vendeurs qui envahissent la chaussée à l??approche d??un car de transport qui avance vers le poste de péage de Nkometou a quelque chose de spectaculaire. La nuit est pourtant déjà avancée. Mais, de

jeunes enfants côtoient de grandes personnes sur cette chaussée transformée en marché nocturne. Criant à tue-tête leur marchandise aux clients embarqués dans les cars à l??arrêt, ils ne semblent pas se soucier du danger au-devant duquel ils courent. Il faut faire vite. Le car n??en a que pour quelques minutes, le temps de payer le ticket de péage. Vendre une bouteille d??eau, placer un sachet de cacahuètes, refiler un paquet de bâtons de manioc est une entreprise presque inespérée dans cette cohue. Et pourtant, c??est l??exploit que réussiront certains. D??aucuns se vanteront même d??avoir pu placer plusieurs parts de leur marchandise dans le même car.Péage et pesageLe poste de péage de Nkometou, c??est une activité en continu, 24 heures non stop. De jour comme de nuit, les véhicules en provenance de Yaoundé, et à destination de Bamenda, Bafoussam, Makénéné, Bafia, Monatélé, Sa??a, Obala,  etc., ou en provenance des destinations précitées le franchissent au quotidien. Parfois en grand nombre, certains jours d??affluence. Comme c??est le cas ce dimanche soir. Pour toutes sortes de raisons, les habitants de Yaoundé ou d??ailleurs, sont obligés d??emprunter cet axe routier pour rallier leur destination finale. Obsèques, fêtes familiales, weekends d??agrément ou autre activité courante, justifient ces exodes saisonniers. Et c??est le cas ce weekend de fin de mois de février. Les voyageurs ont pris en masse la route. Lucas Ondo est cadre au ministère de l??Economie et du plan. De retour de son village Nkol Ebassimbi dans l??arrondissement de Sa??a ce dimanche soir, il est allé rendre visite à sa famille. Entre les la joie des retrouvailles, la visite de la plantation de palmier à huile qu??il a mise sur pied et les inévitables séances de Matango, le bon vin de palme qu??il affectionne tant, le weekend n??aura pas été de tout repos. Après avoir avalé les 70 kilomètres qui le séparent de Nkol Ebassimbi, il va se résoudre à un arrêt obligatoire au poste de péage de Nkometou. Une longue file de voitures, cars de transport bondés, camionnettes de marchandises, voitures de particuliers, camions grumiers et camions de sable vont freiner son voyage pour Yaoundé. Le voyage qui paraissait jusqu??ici une partie de plaisir va se transformer en véritable cauchemar. Bientôt, il faudra carrément s??arrêter. Car, des camions commencent à sortir de la station de pesage attenante, à quelques encablures du poste de péage. Auparavant, ils se sont acquittés des formalités de déclaration de leur colis. Au poste de douane, au poste du ministère de l??Environnement, au poste de police, si cela s??avère nécessaire. La chaussée, qui commencent à présenter des signes de dégradation, est totalement obstruée par ces mastodontes, véritables éléphants de pistes. Il est maintenant 21 heures. Des grumiers et des camions citernes, qui man??uvrent  difficilement leurs grosses mécaniques, attendent d??entrer à la station de pesage, ou en sortent. Réduisant par ce fait la chaussée et obligeant tous les autres automobilistes à rouler au pas. Dans quelques heures, ils devront traverser l??agglomération de Yaoundé. Les gros porteurs ne sont pas autorisés à le faire avant 22 heures. Assis sur une natte, la devanture d??une demeure à proximité du lycée sert de mosquée et de reposoir aux camionneurs, dont certains sont partis du Tchad et de la République Centrafricaine. Ils y prendront leur dernier thé, le fameux « Chaï ». Ils feront leur dernière prière. Avant d??attaquer ce qu??ils espèrent être la dernière étape de leur long voyage commencé une semaine auparavant, pour certains. Les moteurs tournent déjà au ralenti, signes avant-coureurs d??un départ imminent pour Yaoundé, et Douala, leur destination finale. Pendant que les convoyeurs, les « Motorboys », qui dormaient à l??ombrage des roues camions, s??affairent autour des ombrages camions.IncivismeLes passagers des cars de transport, en provenance de l??Ouest-Cameroun, et d??autres localités à l??instar du Mbam et de la Lékié vont eux aussi connaître le désagrément de la halte obligatoire de Nkometou. Leur mine déconfite traduit toute leur détresse. De voir comment certains continuent de dormir de leur plus profond sommeil, malgré l??inconfort d??un bus surchargé, on imagine leur résignation. Alors que certains endurent la difficulté de ce voyage sans fin, d??autres, par contre, se sont fait une raison. Ils en profitent pour se ravitailler, une dernière fois, chez les vendeurs à la criée. A travers les issues de secours, ils s??arrachent littéralement les bouteilles d??eau glacée, les bâtons de manioc et les sachets de cacahuètes que leur propose la meute de vendeurs qui les harcèlent au-dehors. Yaoundé, si proche, à 20 kilomètres seulement, est pourtant encore si loin. Malgré l??heure avancée de la nuit, Nkometou est un marché permanent, et particulièrement bruyant.Deux agents de péage, une dame et un homme en blouse orange, postés de par et d??autre des balises de sécurité placées au milieu de la chaussée pour créer un sens interdit, s??activent à délivrer les tickets aux automobilistes. Ils sont deux de service pour cette tranche horaire. Les deux autres se reposent, en attendant de prendre service deux heures plus tard. Habituellement, ils sont organisés en trois équipes de quatre. Ils travaillent alternativement une heure de chaque coté de la route. Des histoires au péage, Ils en ont à la pelle. Entre l??incivisme et la malhonnêteté des automobilistes, ils en ont vu des vertes et des pas mures à raconter. Un véhicule arrive à proximité, klaxonnant à rompre les tympans, comme pour manifester son impatience. Il donnera une grosse coupure à l??agent de péage. Réclamant la monnaie tout de suite. Presque menaçant. Refusant par la même occasion de bouger son véhicule d??un pouce, malgré les supplications de l??agent. Un concert de klaxons s??enchaînera à l??arrière, où l??embouteillage déjà impressionnant s??amplifiera. Il faudra plus de cinq minutes pour trouver la monnaie. Et pour libérer la route. Dans la foulée, un automobiliste, plus pressé que les autres, s??engagera dans le sens interdit. Immédiatement suivi par d??autres qui espèrent passer par l??autre voie en sens inverse. Ils seront dissuadés par la herse qui se dressera instantanément sur la chaussée. L??automobiliste indiscipliné sera fortement réprimandé par l??agent de péage. Empêchant les automobilistes qui viennent en face de passer. Créant un autre bouchon dans le sens inverse. « Certains usagers nous font voir de toutes les couleurs. Il y en a qui nous promettent le licenciement, la mort, la bastonnade, nous traitent de tous les noms d??oiseaux », confie un agent du péage. « Si nous perdons notre sang-froid, c??est la catastrophe, car, il faut travailler vite, sans se tromper sur les remboursements à effectuer, ou même vérifier qu??on ne nous a pas refilé de la fausse monnaie», précise-t-il. Plus loin, un vendeur d??au s??élancera à la poursuite d??un client embarqué dans un car de transport. Il n??aurait pas été payé pour sa bouteille d??eau prise par un voyageur. Le conducteur du car a démarré sans se rassurer que le client a payé sa bouteille d??eau. Une cohue s??en suivra, rapidement réglée par la force dissuasive des agents de la gendarmerie d??Obala affectés à Nkometou. C??est aussi la rencontre de ces destins qui se croisent. L??infortune des uns fait le bonheur des autres. Les vendeurs feront de bonnes affaires. ??Bissila bar??, le club des amis de ??Dallas Bar?? continueront de diffuser cet aire populaire de Tsimi Toro ??A Nga sô ai dzé??. Les désagréments des voyageurs feront encore pour quelque temps encore la fortune des vendeurs du poste de péage à Nkometou. Jusqu??au transfert de la station de pesage qui sera bientôt transférée à Meyos. La nouvelle station est en cours de finition quatre kilomètres plus loin sur la route de Yaoundé.

En aparté : Un chef sur fauteuil roulantMoi, Lucien Messanga, je suis le chef des commerçants du poste de péage à Nkometou, et j??ai vu la vie de notre village progressivement changer avec le péage.Depuis l??installation du poste de péage et de la station de pesage de Nkometou, nous qui sommes nés dans ce village avons constaté une évolution dans plusieurs domaines. Le développement a suivi. Tout d??abord, les élites sont revenues construire des maisons modernes. De même, quelques installations administratives comme le poste de police ou de gendarmerie permettent de gérer les problèmes de sécurité. Enfin, le commerce s??est développé avec l??installation de commerçants et d??autres activités que l??arrêt obligatoire des véhicules provoque. Vous-mêmes vous pouvez apprécier comment les habitants du village profitent du passage des cars de transport et des camions de marchandise. Ils vendent de l??eau glacée, des bâtons de manioc, des arachides. ??à leur permet de se faire un peu d??argent. Et c??est tout le village qui en profite.En tant que chef des vendeurs du poste de péage à Nkometou, je m??organise pour encadrer l??activité. Tout le monde m??appelle ici « Dangereux ». Je ne sais pas si ce sont mes parents qui m??ont attribué ce petit nom. Mais je l??ai trouvé et j??ai grandi avec. Je crois que je mourrai avec. Et je ne sais pas pourquoi on m??appelle ainsi. Peut-être que je suis vraiment dangereux. Mais je ne le pense pas. Même si je peux le devenir si on me provoque. Mais j??ai un sacré caractère, malgré mon handicap moteur. C??est peut-être pourquoi j??ai cette autorité sur les vendeurs du péage ici à Nkometou.Nous nous réunissons souvent pour qu??il n??y ait pas de bagarres entre les vendeurs, surtout lorsqu??ils se disputent des clients. Et lorsque des vendeurs sont mêlés à une bagarre, ils sont sanctionnés par des règles que nous nous sommes données ici. De même, tous les samedis, je les invite à participer à la séance d??investissement humain que nous organisons sur le site du péage. Nous ramassons les ordures, nous désherbons les abords de la route, et nous faisons d??autres travaux d??intérêt commun. De plus, comme nous vendons sur la chaussée, il y a des risques d??accident. Il est arrivé dans le passé, qu??un camion en furie vienne échouer sur la loge des agents du péage. Un d??eux avait été écrasé. Nous avons été très éprouvés par cet accident. Pour prévenir qu??il n??arrive plus pareil drame, nous éduquons les vendeurs à la sécurité routière, et nous leur prodiguons des conseils de sécurité routière.Dans quelques mois, la station de pesage va être transférée à Meyos, à quelques kilomètres d??ici. Certains sont inquiets parce qu??ils estiment que l??activité va baisser ici. Moi, je suis plutôt serein, car, la notoriété du péage de Nkometou est désormais connue dans tout le Cameroun. Les vendeurs d??ici sont honnêtes. Ils ne fuient pas avec l??argent des clients et des passagers de cars, comme on entend souvent ailleurs. De plus, leurs produits sont de bonne qualité. Il faut seulement que les constructions que l??Etat a commencées à faire ici se poursuivent. Le poste de police est à l??étroit, il leur faut un local plus spacieux et plus confortable. Les agents des Eaux et forêts sont à l??air libre. De même que ceux de la Douane. Ceux du péage sont encore exposés aux accidents. Il faut donc que  tout ce qui a commencé à être construit ici se poursuive.

Clichés : La fraîcheur qui vient de NgunguéLes vendeurs proposent aux voyageurs une eau de source dont la qualité reste à vérifier.S??il y a une activité commerciale qui prospère au péage à Nkometou, c??est bien celle de vendeur d??eau. Conditionnée dans des bouteilles plastiques de certaines marques bien connues sur le marché camerounais, rafraîchies dans des congélateurs qui sont désormais le fonds de commerce de leurs vendeurs, l??eau de Nkometou est abondamment consommée. Aristide Biyo Olinga est élève en classe de troisième allemand au lycée de Nkometou. Rentré des classes, il a juste le temps troquer sa tenue de classe contre son jeans rapiécé et son tee-shirt à la mode et ses baskets et de faire ses devoirs de classe, pour se consacrer à son activité favorite : vendre de l??eau aux voyageurs de la route Yaoundé ?? Bafoussam. « Je vends en moyenne 100 bouteilles par jour », confie-t-il. A 100 francs la bouteille, le jeune garçon, troisième d??une famille de cinq enfants dont deux filles exerce cette activité particulièrement lucrative depuis deux ans. « Je me ravitaille en bouteilles vides à Yaoundé, au quartier Bastos, où j??ai des associés qui collectent les bouteilles plastiques pour moi », poursuit-il. Les bouteilles sont ensuite lavées, puis remplies d??une eau puisée à Ngungué, la source du village, avant d??être « glacées » dans les congélateurs qui pululent désormais dans les chuamières du village.«L??eau que nous vendons ici est de bonne qualité», affirme le jeune vendeur, péremptoire. La source où s??approvisionnent la plupart des vendeurs d??eau de Nkometou a été l??objet d??une inspection des services de l??Eau d??Obala, sans qu??une preuve de contamination y soit trouvée. A vérifier encore. Qu??à cela ne tienne, les clients de la route continuent de consommer de cette eau, avec une pointe d??insouciance. Même l??eau sale coupe la soif », entendra-t-on chez un passager qui est un consommateur habitué. «Et puis, je ne suis jamais tombé malade pour l??avoir bue», poursuit-il, comme pour décider les derniers incrédules à la boire. Avec une moyenne de dix mille francs de recette journalière, Aristide Biyo Olinga, à l??instar des autres jeunes du village, subvient à ses besoins scolaires, en aidant sa famille du mieux qu??il peut. Même s??il avoue les contraintes de son activité de fortune, à l??instar des accidents et des différentes intempéries qu??il est obligé d??affronter en tout temps, il se félicite de n??avoir jamais été le témoin d??un accident causé par leur occupation de la chaussée. Il est conscient qu??il ne fera pas carrière de vendeur d??eau, mais pour l??instant, il espère encore que son commerce prospère quelque temps encore.Jacques Bessala Manga, le jour

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