Société

Nécessité d’un réarmement moral pour sauver le barreau du Cameroun au bord du naufrage

Le devoir m’impose qu’après avoir tout obtenu du Barreau du Cameroun pendant près de 25 ans d’exercice de la profession d’avocat, de ne pas fuir ou me taire, face à la déliquescence des valeurs traditionnelles et cardinales qui ont toujours caractérisé notre métier, et surtout face à la mort programmée de notre maison commune.

La période de renouvellement des organes de l’ordre est toujours l’occasion pour certains candidats de revenir vers leurs confrères, pour faire des propositions idylliques et mirifiques qu’ils rangeront si tôt aux calendes grecques, une fois les suffrages obtenus.

Certains de nos devanciers dans le métier qui nous ont formé et enseigné nos valeurs traditionnelles pérennes et communes, que nous perpétuons encore aujourd’hui à notre tour, nous ont appris que les avocats choisissent entre leurs pairs au cours d’une élection, certains à qui ils confient la gestion de leur maison commune pour une période déterminée, pour des résultats et des fortunes diverses;
Au terme de leurs mandats, un autre groupe prend le relais, et écrit la même histoire commune à leur manière et selon leurs prédispositions à perfectionner ou à stagner, sans que cela entame leur appartenance au même corps de métier.

Un peu comme pour nous rappeler cette lapalissade, il n’y aura que des avocats pour gérer notre ordre et les affaires propres aux avocats.
Cela nous ramène à cette autre vérité irréfragable et implacable selon laquelle, l’avocat n’est que le fruit de sa propre création.
Et selon que vous vous appropriez les rudiments de votre métier, vous serez craints, respectés et à l’abri du besoin. Mais si vous jouez le pitre et le paresseux, vous serez moqués et impécunieux.

L’avocat est le reflet de la solide formation académique qu’il traîne le long de son parcours, doublé de sa quête d’autonomie et de sa volonté affichée d’indépendance, gage de son épanouissement intrinsèque.
La réussite d’un avocat ne dépend pas d’un autre avocat, et point n’est besoin de pointer un doigt accusateur sur son confrère pour occulter son déficit d’intelligence et d’ambitions, afin de justifier sa forte propension à dépendre des autres, même pour des besoins primaires et les plus élémentaires.

Le confort intellectuel de l’avocat ou son aisance matérielle ne dépend ni de ses formateurs, ni de ses encadreurs de stage, mais de sa seule volonté de réussir et sa quête permanente d’autonomie, en dépit des écueils qu’il rencontre.
Autant que son accession à la profession, en dehors de son parrain de stage qui lui a ouvert ses portes, ne fait pas de lui un débiteur éternel des ambitions personnelles et des caprices, de ceux que le hasard de la formation a voulu que leurs routes se croisent.

Dans le cursus de l’avocat, même le primus inter pares (Bâtonnier) dont le calendrier de son élection a pu coïncider avec la période de formation de l’impétrant, et dont la mission première est de procurer au jeune avocat l’imprégnation des règles et valeurs déontologiques qui gouverneront toute sa vie, ne peut et ne saurait s’arroger l’exclusivité des retombées de son devenir probable, au point de vouloir l’assimiler à un être sans discernement qu’il a fabriqué et qui lui doit sa survie, et qui de surcroît ne devrait exister que pour lui, ou pour flatter son égo, ou celui de ses laudateurs.

Avec l’annonce programmée des élections au conseil de l’ordre, un nouveau vocabulaire irrespectueux, irrévérencieux, disgracieux et à la lisière de nos textes organiques, s’est invité dans les discours de campagne, et dont on ne peut trouver les équivalents que dans des arènes ou des pogroms, où les discours ségrégationnistes et haineux ont droit de cité.

À qui profite la défiance des aînés et la balkanisation du Barreau, si ce n’est pour servir les intérêts égoïstes et personnels de ceux qui s’y abreuvent ?

Quel est l’intérêt d’un Barreau tribal, d’un barreau des clans, d’un barreau de promotions, ou d’un Barreau fondé sur la langue officielle que l’on utilise ?

Pour les faiseurs de rois que sont les électeurs, aucune voix n’est ni de trop, ni de moins, dès lors qu’elle est utilisée dans l’intérêt du plus grand nombre ou de la majorité.
Autant que la loi du nombre n’est utile et efficace, que si ce nombre est usité dans l’intérêt strict de toute la profession. S’il est mis au service d’un groupuscule, ce ne serait malheureusement qu’un simple gâchis.
L’avocat électeur de l’ordre, n’est l’obligé de personne, ni inféodé à quiconque pour service rendu, si ce n’est uniquement dans l’intérêt de la profession, qui est notre seul vivier en temps de disette, comme en temps de bombance.
Votez utile en vous affranchissant des promotions, des clans, des tribus ou des pesanteurs linguistiques, qui plombent le rayonnement du Barreau du Cameroun.

Mettez dans l’urne les bulletins de ceux qui vous présentent une certaine probité, qui sont dévoués au service de l’ordre et à nos causes communes, pour qu’enfin le Barreau du Cameroun sorte du gouffre et de la léthargie dans lesquels il est plongé.
Votre vote dépend de vous, et de vous uniquement, selon l’idéal que vous vous faites de votre profession, et de notre avenir commun.
Rearmez-vous moralement pour que vive le Barreau du Cameroun!
Je ne suis candidat à rien…

Joseph KENMOÉ / Avocat à Yaoundé / 237online.com

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