Muhammadu Buhari : Le Général fait la revue des troupes

Le président nigérian rencontre ses alliés sur le continent et à l’étranger avant le grand assaut contre Boko Haram.Derrière le visage timide et innocent de Muhammadu Buhari, se cache un lourd passé qu’il est difficile de ranger dans les tiroirs de l’oubli. Un regard rétrospectif sur sa carrière politique permet de comprendre que pendant son premier mandat à la tête du Nigeria, il a dirigé le pays d’une main de fer : peine de mort, restriction des libertés publiques, expulsions des étrangers. Arrivé au pouvoir par coup d’Etat le 31 décembre 1983, Buhari était assimilé à la terreur. L’écrivain Wole Soyinka décrit d’ailleurs un grand nombre de violations menées sous son régime militaire dans son ouvrage intitulé «Les crimes de Buhari».
Cet ancien putschiste a interdit les manifestations populaires et donné des pouvoirs sans précédent aux services secrets nigérians qui ont joué un grand rôle dans la répression de la dissidence publique en intimidant, harcelant et emprisonnant chaque personne qui tentait de briser l’interdiction de manifester ou de faire la grève. Le Général a, en plus, signé un décret en 1984 pour la protection contre les fausses accusations. L’article un mérite d’être rappelé : «Toute personne qui publie, qu’importe la forme, un message, une rumeur, un rapport ou une déclaration […] non véridique sur un point important ou qui pourrait ridiculiser ou discréditer l’État, se rend coupable d’une infraction en vertu du présent décret». C’est également son sous règne que le Nigeria a connu la plus grosse crise alimentaire 1984-1985. Ses compatriotes ont fini par le surnommer «El-Buhari». D’abord battu aux élections de (en 2003, en 2007 et en 2011

[b]Charia[/b]
Buhari a-t-il changé ? Il est encore trop tôt pour se prononcer. Mais vu le contexte sécuritaire actuel qui prévaut sans son pays, on sait déjà que le Général promet l’artillerie lourde. Depuis son investiture le 29 mai dernier, le nouveau président du Nigeria a mis en œuvre un processus de démantèlement des corrompus de la haute administration. Il faut récupérer l’argent «volé» du pétrole. Le 21 juillet dernier, au micro de Cnn, il a promis des poursuites contre ceux de son parti ou de son entourage qui seraient accusés de corruption. Cet homme réputé pour son intégrité sera ferme dans ses décisions. Il n’y a aucun doute ! Autre défis : la sécurité et la paix. Le grand nettoyage a débuté dans les rangs. Il a limogé les trois chefs d’état-major : de l’armée de terre, de l’air et de la marine. Leurs prédécesseurs ont été choisis « pour leur réputation et leurs qualifications».

Le président s’est donne 18 mois pour éradiquer le groupe terroriste Boko Haram qui sévit au Nigeria, au Cameroun, Tchad et Niger. Les actions sont déjà visibles. Le quartier général de l’armée de terre a été délocalisé à Maiduguri, le fief de Boko Haram, par ailleurs une ville qu’il connait bien puisqu’il a été gouverneur dans cette capitale de l’Etat de Borno dans les années 1970. Buhari est lui-même un ancien militaire. Il rejoint l’armée nigériane en 1961, après avoir étudié à l’école militaire de Kaduna. Il n’avait que 19 ans. Sa carrière militaire est bien étoffée. C’est un homme de terrain. Il a quelque fois conduit des opérations dans le pays. Ce petit fils de Kanuri, ethnie majoritaire au sein de Boko Haram, a le bon profil pour combattre ce groupe terroriste. Ses visites au Cameroun, au Tchad, Niger et Etats-Unis d’Amérique peuvent être interprétées comme une réelle volonté de mutualiser les efforts pour restaurer la sécurité dans la région. Ce que son prédécesseur, Goodluck Jonathan n’a pas pu faire.
Né le 17 décembre 1942 à Katsina Muhammadu Buhari est un musulman sunnite, pur traditionaliste. Il a toujours milité pour l’application de la charia. En 2011, il s’est exprimé publiquement lors d’un séminaire en faveur d’une application totale de la loi islamique dans tout le pays. «Si Dieu le veut, nous n’arrêterons pas l’agitation pour la mise en œuvre totale de la charia dans le pays », avait-il déclaré. Mais en janvier 2015, en pleine campagne électorale, il avait rectifié le tir en défendant la liberté de culte, rappelant au passage n’avoir jamais imposé la charia lorsqu’il était au pouvoir entre 1983 et 1985. Mais on a bien constaté lors de sa visite au Cameroun qu’il ne salue pas les femmes. Il a évité de saluer le haut commissaire de son pays accrédité à Yaoundé. Il a simplement hoché la tête au passage. Candidat malheureux aux élections de 2003, 2007 et 2011, le général est déterminé à combattre la pauvreté dans son pays et à ramener la paix et la sécurité. Il est également question de redorer son image d’ancien dictateur.

[b]Ibin Hassan[/b]

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