Société

La dot chez les anciens duala du Cameroun (17ème – 19 -ème siècle)

Les duala sont tout comme les bêti des bantous mais qui ont suivi un itinéraire différent avant de se retrouver au Cameroun.

Ceux-ci auraient en effet réalisé un séjour important en région sahélienne d’où il ne serait descendu que par suite des guerres bantous contre musulmans. De ce séjour, les duala aurait gardé leurs traits beaucoup plus fins que ceux de leurs voisins bantous du fait des enfants nés de cette « cohabitation ».

Ils reconnaissent tous un ancêtre commun nommé « mbedi » et formait à l’origine un clan unique quoi qu’à la suite de dissensions internes soient apparus des clans quasi-autonomes : les Deido, les Bell, les Akwa … Chaque clan est lui-même subdivisé en différents lignages qui habitent dans un même quartier (dia la mboa) qui sont des zones surélevées ( dizaine de mètres) par rapport au niveau des eaux afin d’éviter des inondations. En effet l’accès à la mer leur est primordial car il s’agit d’un peuple de pêcheurs tout du moins pour les hommes même si ceux-ci pratiquent aussi le débroussaillage afin de laisser place aux femmes qui s’occupent du travail de la terre et l’élevage.

L’homme ne peut se marier qu’avec des femmes habitant à minima dans un autre quartier que le sien. Cela se faisait en fournissant une dot à la famille ou plus exactement au quartier de l’épouse car c’était la plus petite unité sociale (la famille « élargie » était la granularité minimale). Une autre particularité des anciens duala réside dans le processus même de scellement du mariage. Alors qu’il suffit chez les anciens bêti ou baka d’un accord entre les familles/clans représentés par leur autorité morale. Les anciens duala eux multiplie les allers-retours entre les familles et les générations.

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En effet, cela démarrait le plus souvent par une mère cherchant une épouse pour son fils. Celle-ci la trouvait dans un quartier voisin et lui demandait du coup son accord sa main puis à sa famille. Si tout se passait bien, celle-ci renvoyait alors son fils (accompagné de personnes de sa tranche d’âge de son quartier) demander l’approbation de la jeune fille à ses parents. Ceux-ci redemandaient alors à leur fille son accord et si celle-ci acceptait alors la promesse de mariage est scellée. Cette dernière visite était appelée en duala « toquer porte ».

Que nous renseigne cette situation sur le fondement de la dot chez les duala ? Tout d’abord étant donné qu’il s’agit d’une société agricole reposant sur le travail des femmes et des enfants, on peut déjà y voir l’achat du droit sur le travail de celle-ci et des enfants à naître. D’un autre côté, on n’est pas exactement dans le cas des bêti car ce n’est pas tant le chef de famille qui bénéficie de celle-ci que le quartier dans son ensemble. On pourrait donc aussi y voir une sorte de « survie du quartier » mais ce n’est pas tout à la fait la même configuration que chez les baka. De fait, ceux-ci se reconnaissent tous du même ancêtre mbedi et ont donc une vision d’ensemble beaucoup plus large (à l’échelle du peuple entier).

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Ce raisonnement poussé à l’extrême induit que la disparition d’un quartier n’engendrerait pas la fin de ce qui est au-dessus à savoir le peuple duala. Ce n’est donc pas la survie du quartier qui est en jeu ici. Attardons-nous un instant sur l’élément différenciant principal dans le processus de dot duala à savoir la série de demandes qui précèdent la promesse du mariage :

· La mère demande à la fille (possible futur épouse) (1)

· La mère demande aux parents de celle-ci (3)

· La mère demande à son fils d’aller voir celle-ci (1)

· Son fils va voir celle-ci avec les gens de son âge (2)

· Son fils demande aux parents de celle-ci (1)

· Les parents de celle-ci lui redemandent (1)

Toutes ses demandes semblent traduire une volonté de consolider les liens sociaux. En effet, il y a revalidation du « contrat » entre les époux et leurs ascendants (1), les époux et leurs « amis » (2), les ascendants des deux quartiers entre eux (3). La dot serait donc l’occasion de resserrer ses liens au sein de toute la société duala. On peut donc en conclure qu’à travers les échanges entre les quartiers à l’occasion de la dot, c’est l’« unité du peuple » qui est aussi visé.

Pour en savoir plus sur le déroulement de la cérémonie de la dot : https://dl.orangedox.com/Z8RMaNJGxHdKz9SPjq

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