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Goncourt 2020: Le rêve brisé de Djaili Amadou Amal

Bien partie pour remporter le Graal, la brillante écrivaine camerounaise a été devancée par Hervé Le Tellier avec son roman « L’anomalie », qui met en relief un événement étrange d’un vol Paris-New York se reproduisant deux fois avec les mêmes passagers et à quelques mois d’intervalle.

Ils étaient quatre finalistes pour ce Goncourt 2020. C’est finalement Hervé Le Tellier, auteur du roman « L’Anomalie », (édition Gallimard), qui s’est vu remettre ce prestigieux prix littéraire hier 30 novembre 2020. Selon le journal français « Le Figaro », il reçoit huit voix contre deux à Maël Renouard et succède ainsi à Jean-Paul Dubois et son roman « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » (édition de l’Olivier). « On ne s’attend jamais à un prix comme le Goncourt. D’abord on n’écrit pas pour l’avoir, et puis on ne peut pas s’imaginer l’avoir », a déclaré le lauréat lors d’une visioconférence, aux côtés, de son éditeur, Antoine Gallimard. « L’Anomalie », huitième roman d’Hervé Le Tellier, raconte les suites d’un évènement étrange, à savoir qu’un vol Paris-New-York se reproduit deux fois, avec les mêmes passagers, à quelques mois d’intervalle. Le récit, haletant convoque avec brio tous les genres, roman noir, récit littéraire classique, procès-verbaux d’interrogatoire. « L’idée c’est que puisque Trump est là, puisque Trump est la cause de la destruction du monde, la vision du livre c’est de proposer une autre version du monde, où Biden est président », a-t-il dit.

Et de poursuivre « c’est une option possible de lecture. Les livres offrent des options, il n’y a pas de dénouement en littérature, il y a des nœuds et moi je l’ai noué comme ça ». Membre de l’Oulipo, un groupe littéraire qui s’amuse des contraintes et paradoxe de la langue française pour en tirer une nouvelle liberté d’expression, Hervé Le Tellier et les autres adhérents ont par exemple fait de La Disparition de Georges Perec, l’un des lipogrammes les plus célèbres de la littérature. Dans son roman « L’Anomalie », l’auteur renoue avec cet esprit créateur et se joue du schéma traditionnel du roman pour proposer plusieurs histoires en un livre. Récit policier, d’aventure, d’amour « L’Anomalie » est tout cela à la fois. Un objet littéraire non identifié. Cela donne un ouvrage original, décalé mais pas bancal, qui a donc su séduire le jury du prix Goncourt 2020.

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Le prix des impatientes

Né le 21 avril 1957, Hervé Le Tellier, mathématicien de formation et ancien journaliste, a obtenu huit voix contre deux pour « L’Historiographe du royaume », de Maël Renouard (chez Grasset). En 1984, il publie un premier roman, précise-t-il. C’est le début d’une longue lignée de recueils, poétiques, épistolaires, de nouvelles, de voyage, érotiques et essais. Fidèle à la tradition oulipienne, l’auteur fait de la littérature un « objeu », d’ « objoie ». Cette facétie se traduit dans les titres de ses ouvrages notamment « Zindien, La Chapelle Sextine, Joconde jusqu’à cent », tous publiés chez le Castor astral. En parallèle, Hervé Le Tellier publie des nouvelles dans feu « L’Evénement du jeudi » et dans le journal satirique La Grosse Bertha. S’ensuivent de multiples collaborations avec Le Monde et la revue Nouvelles Clés. En 2013, il reçoit le Grand prix de l’humour noir grâce à sa traduction des Contes liquides de Jaime Montestrela (édition de L’attente).

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Toutefois, l’annonce de ce résultat est tombée comme un coup de massue sur la tête de nombreux camerounais qui s’attendaient à une nouvelle victoire de Djaili Amadou Amal, auteur du roman « Les impatientes » et par ailleurs l’unique femme parmi les trois autres finalistes du Prix Goncourt 2020. Ce roman de la camerounaise, paru cette année aux Editions Emmanuelle Collas, aborde sans tabou la condition de la femme du Sahel. Le livre met en scène trois femmes qui tiennent à échapper à une vie peu envieuse que veut leur imposer la société. Une vie caractérisée par le mariage forcé, le viol conjugal et la polygamie.

Dans leur quête pour fuir ce destin déplaisant, ces femmes reçoivent un seul et même conseil de leur entourage : la patience. Des circonstances et des faits courants dans son environnement qu’elle décide de révéler grâce à sa plume téméraire. « Les impatientes » étaient déjà parues chez Proximité, une maison d’édition camerounaise. en 2017, sous le titre « Munyal, les larmes de la patience », le livre est sacré Prix Orange du livre en Afrique 2019, faisant de Djaili Amadou Amal, la toute première lauréate de ce prix littéraire.

Phanie ENYEGUE

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