CORONAVIRUS AU CAMEROON
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10100
Décès
313
Source : MINSANTE Cameroun -
Mise à jour : 29 juin 2020
Société

Gestion du Covid-19: Négligences et mensonges du gouvernement

Le pouvoir de Yaoundé se révèle incapable de sortir de ses schémas de pensée et de son inquiétante désinvolture face aux alertes des médecins.

Alors que le pays comptait au 31 mai, 6 143 cas confirmés du Convid-19, le constat est implacable : face à la pandémie, la Cameroun n’est pas en capacité de tester massivement la population, comme l’Organisation mondiale de la Santé (Oms) le recommande depuis le début de la crise sanitaire. Dans le brouillard de la situation actuelle, face aux contradictions et revirements de l’exécutif, ça bouillonne, ça s’enrage.

Les plaintes se multiplient, les personnels soignants excédés. À court d’arguments, le régime de Yaoundé martèle ses éléments de langage, moulinant dans le vide des mots creux, appelant à l’union sacrée, fustigeant les polémiques, tentant vainement de justifier l’injustifiable. Au-delà du froid décompte quotidien des décès, ce sont des hommes et des femmes qui meurent, coupés de leurs proches, dans des hôpitaux totalement dépassés, entourés de soignants à bout et sans doute pour longtemps traumatisés. Au-delà de la déplorable gestion managériale qui justifie depuis plusieurs décennies la casse de l’hôpital, c’est une communauté de soignants qui se retrouve à faire des choix – qui va-t-on laisser mourir aujourd’hui.

Ce sont des jeunes de vingt ans, élèves infirmiers, réquisitionnés pour être envoyés « sur le front » sans préparation, payés en prime de catéchistes par semaine, pour mettre des dizaines de corps dans des sacs mortuaires. Ce sont des morts « évitables » qui ne pourront être évités, faute d’anticipation, en raison de choix politiques contestables. Une réalité qu’aucune communication politique ne pourra venir effacer. Nous connaissons désormais la chronologie de cette débâcle. Le temps perdu au début de cette crise sanitaire laisse cependant perplexe : alors que l’épidémie avait touché juste trois villes du pays, le Pr Eugène Sobnwi, vice-président du Conseil scientifique et Conseiller médical de l’hôpital central de Yaoundé avait préconisé de « couper la circulation entre les villes de Douala, Yaoundé et Bafoussam du reste du pays ». Selon lui, « le Cameroun n’aurait pas les moyens d’affronter la maladie si elle venait à se répandre ». Plutôt que de reconnaître ses erreurs, le gouvernement s’est enlisé dans une communication obscène.

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Tests de dépistage : contradictions et manque de transparence L’autre négligence évidente concerne les tests de dépistage, que l’Oms déclare indispensables. Sans tests, les soignants continuent d’être contaminés et de contaminer. « Les médecins souhaiteraient que l’on teste plus pour traiter précocement tous les cas suspects, cela permet qu’on évite qu’ils contaminent les autres », martèle le Pr Eugène Sobnwi. Sans dépistage systématique, aucune donnée fiable n’est possible, que ce soit sur la progression de la maladie, le taux de complication, de mortalité, le nombre de décès. Sans tests, difficile même de compter les morts du Covid-19, d’évaluer la situation critique que connaissent nos hôpitaux. Le gouvernement multiplie les revirements et les contradictions. Après plusieurs semaines de tergiversation, les tests deviennent une priorité. Mais jusque-là, « la situation n’est aucunement sous contrôle comme on nous l’a toujours dit. Le Cameroun ne connaît pas la situation réelle du virus dans sa population. On pourrait même dire que le virus est à des kilomètres devant le Cameroun », soutient Albert Ze, Economiste de la santé et fondateur de l’Institut de recherche pour la santé et le développement (Iresade).

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Ce qui rend encore la situation critique, ce sont bien évidemment aussi ces trois décennies de résilience imposées aux hôpitaux camerounais. En capacité d’accueil, de logistique et autres équipements par région, le Cameroun dispose de 1500 lits et 40 respirateurs et concentrateurs dans sa lutte contre la Covid-19.Une véritable catastrophe. Du moins, dans son discours du 19 mai, Paul Biya salue « l’extrême courage du corps médical camerounais et de ceux qui l’assistent ». Quelques semaines plus tôt, ces mêmes soignants étaient malmenés par les forces de l’ordre. Alors qu’ils manifestaient pour demander leurs primes pour continuer à mieux prendre soin des patients dans des hôpitaux délabrés. Et depuis le début de la crise sanitaire, aucun mea culpa, aucun mot de l’exécutif pour admettre qu’il aurait dû écouter les alertes que les soignants martèlent depuis des années, que leur inquiétude était légitime, leur mobilisation nécessaire.

Ahmed MBALA

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