France-Mali : la rupture consommée, et après ?

Accords de défense

Cette fois, le divorce est prononcé. Après des mois de tensions et d’invectives de part et d’autre, la rupture entre Paris et Bamako est officielle.

Neuf ans après le début de l’opération militaire française au Mali, les soldats de Barkhane plient bagages, de même que les soldats de la task force européenne Takuba.

L’annonce est survenue ce jeudi 17 février, par le biais d’un communiqué présentant une « position conjointe » des États européens – et du Canada – qui opèrent au sein de Takuba. Mais le courrier est estampillé du sigle de la présidence française. Quelques minutes plus tard, face à la presse, Emmanuel Macron était entouré des chefs d’État sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine, et ghanéen Nana Akufo-Addo, qui préside la Cedeao. Charles Michel, le président du Conseil européen, était présent également.

Conjonction des astres diplomatiques ou simple hasard de calendrier, la France – et donc Emmanuel Macron – assure la présidence tournante de l’Union européenne. Nul doute que cette annonce de retrait, qui intervient à la veille du sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine à Bruxelles, sera au cœur des discussions lors desquelles les Européens ont promis, une fois encore, « la mise en place d’un partenariat d’égal à égal ».

Échec militaire ?

Car c’est bien Paris qui est à la manœuvre sur ce dossier. Et il semble bien difficile de ne pas voir dans ce retrait un échec de la stratégie française au Sahel. Si Barkhane a enregistré plusieurs succès sur le terrain, en particulier la « neutralisation » de certains des chefs jihadistes les plus connus, le constat est sans appel : la stratégie déployée depuis près d’une décennie n’a pas permis de réduire la crise sécuritaire. Pire, celle-ci se propage. Les jihadistes étendent désormais leur terrain d’action aux pays voisins. En Côte d’Ivoire, la frontière nord est devenue une cible privilégiée et les groupes armés tentent de s’y implanter durablement. Ils cherchent également à « descendre vers le sud », et les pays du golfe de Guinée. Au Togo et au Bénin, le risque est devenu menace réelle, comme le prouve la récente attaque meurtrière qui a frappé l’armée et des rangers dans le parc du W, à la frontière avec le Burkina Faso et le Niger.

Le président français, qui plaidait la veille de l’annonce du retrait pour une « nouvelle alliance entre l’Afrique et l’Europe », aura sans doute du mal, dans ce contexte, à convaincre ses homologues européens, et plus encore africains, de sa capacité à mettre en œuvre ce « nouveau paradigme » dans une Afrique de l’Ouest où le sentiment anti-français a conquis une large partie de l’opinion publique.

Mercenaires russes

À Bamako, cette annonce n’a surpris personne tant elle était attendue. Elle a été accueillie avec des haussements de sourcils par les autorités. Choguel Maïga, le Premier ministre malien dont les relations sont si tendues avec le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, enjoignait mercredi soir les Maliens à « compter d’abord sur [leurs] forces ». Avec le départ des militaires français et européens, la junte au pouvoir se retrouve désormais dans une position difficile.

Si l’échec de la stratégie déployée face aux jihadistes pouvait, jusqu’ici, être attribué à la France et aux autres partenaires occidentaux, les Forces armées maliennes (Fama) – comptables au même titre que les forces étrangères présentes sur le territoire – vont désormais perdre un appui précieux face aux jihadistes. Le retrait de Barkhane désormais effectif, les Fama sont-elles en capacité de reconquérir les territoires perdus, où les groupes armés font, de fait, régner leur loi ? Moscou, nouvel allié de Bamako, saura-t-il pallier l’absence de Paris ? Des questions qui se posent avec d’autant plus d’acuité que le déploiement des mercenaires russes de la société Wagner est désormais avéré.

Jeune Afrique

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