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France: L’avocat de Maurice Kamto nommé ministre de la Justice

Le célèbre avocat français Éric Dupond-Moretti a été nommé hier lundi 6 juillet, ministre de la Justice, lors du remaniement du gouvernement après la nomination de Jean Castex pour remplacer Edouard Philippe au poste de Premier ministre.

Cet avocat du barreau de Paris est connu en France pour avoir participé à des dossiers très médiatisés: il a défendu le joueur de football Karim Benzema, le professeur Maurice Kamto, le maire de Levallois Patrick Balkany ou encore de l’ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac. L’arrivée au gouvernement de ce ténor du barreau, redouté des cours d’assises, est une des surprises du nouveau gouvernement. Il succède à Nicole Belloubet. Éric
Dupond-Moretti, né le 20 avril 1961 à Maubeuge, est un avocat et homme politique français possédant également la nationalité italienne. Avocat pénaliste, il est réputé pour le nombre d’acquittements qu’il a obtenus sur le territoire français, mais aussi par certaines controverses qu’il suscite du fait de sa forte médiatisation. Le 6 juillet 2020, il est nommé garde des Sceaux, ministre de la Justice dans le gouvernement Jean Castex.
Éric Dupond est le fils unique de Jean-Pierre Dupond, ouvrier métallurgiste originaire de l’Avesnois, et d’Elena Moretti, femme de ménage d’origine italienne.

Il perd son père à l’âge de quatre ans, sa mère l’élève alors seule. Il fait ses études secondaires au lycée catholique Notre-Dame, à Valenciennes, où il obtient son baccalauréat. Sa vocation d’avocat puise ses origines dans son histoire familiale. Son grand-père maternel, immigré italien, est retrouvé mort en 1957 dans des conditions suspectes, le long d’une voie ferrée. Son oncle porte plainte afin qu’une enquête soit ouverte. Ceci le décidera à choisir la voie du droit. Dupond-Moretti dira : « Je pense que c’est à l’origine de cette vocation. Cela y participe à l’évidence ». Comme plusieurs grands pénalistes orphelins de père, son enfance est marquée par ce sentiment d’injustice.

Mais le véritable déclic a lieu à 15 ans en 1976 lorsqu’il entend à la radio l’annonce de l’exécution de Christian Ranucci. Dans Directs du droit, il écrit être devenu avocat par « détestation de la peine de mort ». Alors que sa mère est devenue femme de ménage, il effectue plusieurs petits boulots pour financer ses études : fossoyeur, maçon, ouvrier à la chaîne, déchargeur de sacs de sable, serveur dans des boîtes de nuit ou serveur de restaurant, Assistant d’éducation. À l’issue de ses études de droit, il est reçu à l’examen d’entrée à l’école d’avocats. Il est lauréat ex æquo de la Conférence du stage, le concours d’éloquence des avocats du barreau de Lille.

Carrière d’avocat

Après avoir prêté serment comme avocat le 11 décembre 1984 à Douai, il s’inscrit au barreau de Lille. Engagé dans un cabinet lillois après avoir vainement tenté d’intégrer plusieurs cabinets d’avocats réputés, il commence sa carrière dans les prud’hommes, puis dans les commissions d’office avec pour mentors l’avocat lillois Jean Descamps et l’avocat toulousain Alain Durbuy dont il porte aujourd’hui la robe. Lors de sa première affaire, des pièces qui lui sont destinées sont envoyées à un confrère nommé également Dupond, c’est alors qu’il décide d’adjoindre à son patronyme, à titre d’usage, le nom de sa mère (Moretti), lui rendant ainsi hommage.

En 1993, il se dit victime d’un « coup fourré » de la part du procureur José Thorel qui aurait tenté de le faire tomber dans un dossier de stupéfiants, des traces de cocaïne ayant été retrouvées dans sa berline. Il subit alors une perquisition et une garde à vue qui auraient pu mettre fin à sa carrière. En décembre 2008, il détient le record des acquittements obtenus sur le territoire français. Pour ses résultats, il est surnommé « Acquittator » dans les prétoires. Ses victoires lui valent aussi le surnom d’« Ogre du Nord ». Son aversion à l’égard d’une certaine magistrature, « institution de faux-culs, petit monde de l’entre-soi et de l’irresponsabilité » et le rapport de force qu’il engage avec les magistrats lors des procès font que certains d’entre eux voient en lui un « terroriste des prétoires ».

Selon ses propres dires, le surnom qu’on lui donne était initialement « Acquittador », en référence à sa passion pour la tauromachie. Ce surnom fut repris en « Acquittator » transformant ainsi le « D » en « T », en référence cette fois à Terminator, par un journaliste présent au moment des faits lors d’une conférence à Marseille, sobriquet qu’il n’apprécie pas. En 2016, après trente ans à Lille, il s’inscrit au barreau de Paris et fonde, en association avec Antoine Vey, le cabinet Dupond-Moretti & Vey. Vincent Hugeux de L’Express décrit en 2018 la situation paradoxale qui fait du « tonitruant défenseur des humbles, des sans-grades », l’avocat ou le conseiller de certains chefs d’État africains peu respectueux des règles démocratiques et des droits de l’homme. En février 2020, il obtient son 145e acquittement.

Engagements politiques

Éric Dupond-Moretti préside le comité de soutien de Martine Aubry pour les élections municipales de 2008 à Lille. Il signe également une tribune en sa faveur dans Libération avant les primaires socialistes de 2011. Il lui prédit alors : « vous serez réélue, la souveraineté populaire est raisonnable ». Il refuse la Légion d’honneur en 2013, invoquant son mépris pour cette institution, devenue selon lui le symbole d’un copinage politique malsain, tout comme la franc-maçonnerie. En mai 2015,Éric Dupond-Moretti se déclare partisan de l’interdiction du Front national, tout en précisant que « c’est compliqué car après, il y a reconstitution de ligue dissoute ».

En octobre 2019, il signe avec 40 personnalités du monde du spectacle et de la culture, parmi lesquelles Denis Podalydès, Pierre Arditi, l’ex-ministre de la Culture Françoise Nyssen ou le journaliste Patrick de Carolis, un appel contre l’interdiction de la corrida aux mineurs que la député Samantha Cazebonne voulait introduire dans une proposition de loi sur le bien-être animal. Le 6 juillet 2020, il est nommé garde des Sceaux, ministre de la Justice dans le gouvernement Castex.

Elvis Serge NSAA

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