Economie

Filières Cacao-Café: Le goût amer du Plan de relance 2014-2020

Financé à hauteur de 100 milliards Fcfa, le portefeuille des projets est passé de neuf à un seul, pour un bilan mitigé. Le personnel quant à lui est aux abois avec six mois d’arriérés de salaires.

Rien ne va plus au Fonds de développement des filières Cacao et café (Fodecc). Alors que l’année 2020, date échéance du plan de relance desdites
filières, engagé en 2014, arrive vers sa fin, le bilan reste pour le moins mitigé. Des chiffres éloquents pour le corroborer. Les performances du Cameroun en termes de production cacaoyère et caféière sont assez édifiantes à ce sujet. Tenez ! Au cours de la saison 2018/2019, la production commercialisée du cacao a été d’environ 300 000 tonnes pour le cacao et d’un peu plus de 25 000 tonnes pour les cafés Arabica et Robusta. Cette production connaît certes une croissance, mais demeure très loin des prévisions gouvernementales contenues dans le plan de relance des filières cacao et cafés.

En fait, à l’adoption de ce plan, le Cameroun ambitionnait d’atteindre en 2020 une production commercialisée de 600 000 tonnes de cacao et 160 000
tonnes de cafés dont 125 000 tonnes pour le robusta et 35 000 tonnes pour l’arabica. Des langues attribuent cette piètre performance, entre autres, à la faible contribution du Fodecc à la réalisation des indicateurs définis dans le cadre du Plan de relance de septembre 2014. « Si le Fodecc avait pleinement joué son rôle, on aurait facilement atteint ces objectifs et même les dépasser. Mais, on a l’impression, depuis trois ans, que le Fodecc s’est détourné de sa trajectoire originelle pour se consacrer à autre chose. Pourtant chaque année, l’Etat engloutit d’énormes sommes pour le développement de ces filières clé de notre économie », s’indigne un responsable d’une organisation de producteurs.

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Détournement

Notons que les secteurs cacao et café au Cameroun ne représentent plus qu’environ 3% du Pib national et 15 % du Pib du secteur primaire. Pourtant dans les années 1980 à 2000, les exportations de cacao et de cafés ont représenté près de 28 % du Pib des produits non pétroliers et 40 % des exportations du secteur primaire. Ce qui a permis de générer environ 110 milliards de Fcfa de recettes à l’état chaque année. C’est pour redorer le blason de ces filières, pourvoyeuses de ressources et d’emplois, que l’Etat a adopté le plan de relance basé sur un ensemble d’éléments de cadrage qui devraient constituer le socle de l’action des pouvoirs publics, avec pour bras séculier le Fodecc.

Mais, apprend-on de source interne, Samuel Donatien Nengue « a réussi l’exploit de mettre en berne toute perspective de développement des filières cacao et cafés au profit de ses intérêts personnels ». Lui dont une partie du personnel s’offusque de recruter, et ce, malgré le véto opposé par le comité de gestion, trente-six employés en contrat à durée indéterminée « majoritairement issues de sa famille », alors même que le nombre de projet dans le portefeuille du Fodecc est passé de neuf à un seul depuis son arrivée. « Il est le seul à pouvoir dire ce qui motive ces recrutements massifs et même fantaisistes. Le Fodecc a géré 9 projets avec un effectif de moins de 20 personnes, mais paradoxalement, on dirait que plus les projets ferment, plus Monsieur Samuel Donatien Nengue a tendance à recruter», confie une source, non sans évoquer les accusations de détournements massifs et de gabegie dont aurait fait preuve l’administrateur général.

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Ces personnels disent être dans l’attente d’une réaction ferme de leur administrateur. Sinon, devront-ils s’appesantir sur les cas de détournement
qui avaient l’objet de large diffusion sur les réseaux sociaux en leur temps et les plaintes portées en haut lieu. Jusqu’ici, nos tentatives d’obtenir l’avis des responsables du Fodecc restent vaines. Rappelons que la création et l’opérationnalisation du Fodecc répondent au souci des pouvoirs publics de mettre en place, en dehors du budget de l’Etat, un mécanisme de financement spécifique et endogène aux filières.

Franck ESSOMBA

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