Société

Entretien avec un enseignant gréviste : « Une occasion unique de résoudre nos problèmes »

Y a-t-il des raisons de poursuivre la grève ?

Bien entendu, du moment où le gouvernement joue à son sport favori, qui est le dilatoire. Des revendications ont été formulées, avec des indicateurs précis. L’on s’attendait à ce que des réponses aussi précises soient apportées par le Ministère des Finances en particulier, parce qu’il s’agit d’un problème d’argent. On ne le dit pas assez, ce ministère ne facilite pas la tâche à l’ensemble du gouvernement. Voyez les grosses sommes qu’il dégage pour les poches de certains particuliers, pendant que nos droits sont soumis aux enchères. Il joue, même lorsque les instructions viennent de là où on sait. La solution du pourrissement nous est imposée par le pouvoir.

Un calendrier d’apurement a été publié et des bénéficiaires connus ?

Cet échéancier est trop long et ne touche pas la plupart des enseignants qui ont des problèmes de carrière. Personnellement, je n’ai encore rien eu. Je dois reconnaître qu’en deux mois, de très nombreux dossiers qui dormaient dans les tiroirs du Minesec ont été dépoussiérés et liquidés. C’est un geste appréciable, comme le sont les diverses notes d’affectation qui sont également sorties entre-temps et qui ont libéré certains fonctionnaires qui attendaient depuis une décennie. Ceux qui sont attentifs ont dû cependant remarquer que ce travail est fait dans la précipitation, raison pour laquelle Madame le Ministre a dû signer des rectificatifs. N’empêche, j’attends toujours personnellement de savoir quand et comment on peut être nommé à un poste de responsabilité et qu’on mette fin à cette escroquerie qui consiste à nous faire travailler plus d’une décennie sans avancements, parce que l’échelonnement indiciaire ne le permet pas.

Le mouvement ne semble plus suivi. Quelles sont les chances que vous soyez entendus ?

Moi, je suis « Ots jusqu’à la gare ». Je plains ceux des collègues qui après les miettes du mois de mars, ont presque donné le bon Dieu au gouvernement. C’est une occasion unique de faire résoudre les problèmes de l’éducation nationale, qui sont des problèmes structurels. Le gouvernement est de mauvaise foi. Comme ils n’ont pas pu identifier nos leaders pour les intimider ou les corrompre, le Premier Ministre demande qu’on juge ceux de nos collègues qui ont commis des « fautes professionnelles » au cours du premier trimestre de cette année scolaire. Qu’attendaient-ils ? Personne n’est dupe car la dernière grève a créé ou révélé de nombreux problèmes relationnels dans nos lycées et collèges. De la sorte, ils sont sûrs que les proviseurs vont en profiter pour couper quelques têtes. Mais à notre niveau de combat, on ne craint plus rien.

N’avez-vous pas peur de compromettre l’avenir des élèves, qui vont composer dans les prochaines semaines ?

Si mon propre avenir est compromis, je ne vois pas en quoi mes revendications peuvent être assimilées à de la méchanceté. La solution est pourtant simple : régler ces problèmes qui ne sont pas extraordinaires.

F. E. / 237online.com

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page