Le pionnier de la guitare basse, inspirateur des musiciens du genre, arrangeur de plusieurs succès du makossa, n??a pas lâché prise. En ce vendredi, Jeannot Karl clopine un peu, mais reste debout. Le corps un tantinet courbé, la voix chevrotante, à l??accent américain bien perceptible, les cheveux peroxydés?? Le poids de l??âge, mais surtout, les marques d??une vie en cavalcade d??un musicien racé. Car il l??a toujours su : « Un groupe, sans basse c??est comme un corps sans c??ur. » Alors lui, le c??ur, continue de battre, notamment pour le
Cameroun. « Mister Walking Bass », surnom attribué du fait de son style toujours entraînant et particulier, pour sa technique du criss cross, entrecroisée, avec beaucoup de contre-temps, veut faire savoir à tous qu??il est bien là. Le 27 décembre dernier, la communauté Bonamandengue lui rendait hommage à Douala. Ce jour-là, l??artiste était accompagné d??Etienne Mbappé. Un de ses fils spirituels, au même rang desquels on retrouve Richard Bona, Armand Sabal Lecco, Vicky Edimo, Guy Nsanguè, qui se revendiquent tous de sa descendance. « JDM », le désormais patriarche de la basse, a eu l??occasion de célébrer ses « Retrouvailles » (titre de son avant-dernier album) avec le pays natal. Et c??est d??ailleurs à la rencontre de Manu Dibango que tout s??enchaîne pour ce guitariste hors pair qui est passé par la contrebasse. « Au lieu de continuer comme guitariste, j??ai rencontré Manu Dibango qui m??a demandé si je pouvais essayer la basse. Il ne m??a pas obligé à devenir bassiste, mais ça s??est passé très rapidement. Les quatre dernières cordes sont accordées comme les quatre dernières cordes de la guitare. Je n??ai pas eu de mal à chercher les notes. Je l??ai bien fait et on s??est dit pourquoi pas. » On est dans le début des années soixante, et Jean Dikoto Mandengue, même s??il ne le sait pas, va commencer à écrire l??une des plus belles pages de l??histoire des instrumentistes camerounais. Tout s??enchaîne donc : Claude François fait appel à ses services après une prestation dans un bar de Paris, « La Bohème », où il fait montre, au sein du quartet de Manu Dibango, d??un doigté sensationnel avec sa Fender Bass Guitar Precision. La collaboration avec Clo-Clo, émaillée de plusieurs disques et concerts à travers le monde, durera sept ans. Sans oublier d??autres stars de la chanson française de l??époque : Mike Brant, Véronique Sanson, Nino Ferrer?? Du succès mais?? L??autre rencontre importante pour Jeannot Karl, est sans conteste celle avec Eboa Lotin, en 1964. Les deux, qui ont fait l??école principale d??Akwa, vont être à l??origine de chansons mémorables qui feront partie du patrimoine musical camerounais. La basse est désormais l??instrument leader, avec des arrangements minimalistes où la guitare est parfois remplacée par le piano, et la batterie presque inexistante. Souvenez-vous, entre autres, de « Besombe ». Le succès d??Eboa Lotin le décide à se lancer en solo. « Les éditions Philips m??ont alors sollicité et m??ont demandé si je pouvais être compositeur et chanteur. » « Songo??a esele », le 45 tours sort, dans lequel se trouve le mémorable « Na tondi wa na mulema »… La carrière est lancée, le chanteur est né. Un contrat de trois ans est signé. Mais malgré le succès, Jeannot Karl, qui voue à l??instrument un culte sans précédent, ne suit pas vraiment sa carrière solo. C??est ainsi qu??en 1973, l??artiste quitte la France pour la Grande-Bretagne où il intègre l??un des groupes les plus en vue du moment, « Osibisa ». Expérience enrichissante. « C??était le rêve de tout artiste d??intégrer un groupe international, notamment anglo-saxon », admet-il. Basé actuellement en Hollande, après un long passage aux Etats-Unis, Jeannot Karl, qui a atteint la soixantaine, se dit fier d??avoir inspiré plusieurs bassistes camerounais.
Alain TCHAKOUNTE, CT
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