Société

Dettes du Cameroun: Vers un échec des objectifs de développement

Malgré la réduction des dépenses et l`assainissement des finances publiques, le pays se trouve dans une situation d’impasse financière, économique et budgétaire.

Chute des cours du pétrole, dépréciation du Fcfa, ralentissement des échanges, explosion des dépenses sociales et de santé… La crise liée au coronavirus a engendré un cocktail explosif pour l’économie camerounaise, qui voit ses déficits se creuser. Mais pour l’agence de notation américaine Fitch Ratings, ce choc ne fait qu’aggraver « une détérioration marquée des finances publiques » qui dure depuis une décennie et qu’il sera difficile d’inverser. Ainsi, au 31 décembre 2019, le Cameroun affichait déjà plus d’un milliard de dollars de dettes à l’égard du Club de Paris, un groupe informel de 22 créanciers privés regroupant notamment la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Corée du Sud, Israël et le Japon, mais pas la Chine, gros créancier des États du continent. Le Cameroun a finalement bénéficié de 7 pays membres du Club de Paris (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Japon, République de Corée, Suisse), le droit de suspendre le service de sa dette, sur la période allant du 1er mai au 31 décembre 2020.

« Le Club de Paris a reconnu que la République du Cameroun est éligible à bénéficier de l’initiative. Par conséquent, les représentants des pays créanciers du Club de Paris ont accepté d’accorder à la République du Cameroun une suspension du service de la dette pour une durée déterminée », peut-on lire dans le communiqué publié en mi-mai. Le pays de Manu Dibango qui était déjà éligible de par son statut de pays pauvre, renseigne le site d’information de l’agence Ecofin, a renforcé son éligibilité à l’initiative, en obtenant une Facilité Rapide de Crédit du Fmi pour faire face à la Covid-19. Il s’est engagé à consacrer les ressources libérées par cette initiative à l’augmentation des dépenses dédiées à atténuer l’impact sanitaire, économique et social de la Covid-19. Le gouvernement camerounais, apprend-on, s’était également engagé à demander à tous ses autres créanciers officiels bilatéraux, notamment la Chine, un traitement du service de la dette conforme à la fiche agréée.

8 650 milliards de Fcfa de dettes

Ainsi, la Chine a annoncé le 7 juin dernier qu’elle suspendait le remboursement de la dette du Cameroun, dans le cadre de l’initiative d’allégement de
la dette du G20. Une décision qui est venue soulager les autorités camerounaises qui estimaient « délicat » les négociations avec Pékin en vue de conclure un accord sur moratoire sur le service de la dette due à l’Empire du Milieu pour la période du 1er mai au 31 décembre 2020. Signalons que dans la Loi de finances 2020, il était prévu que le gouvernement rembourse pour 472 milliards de dette extérieure, mais elle ne précise pas s’il s’agit uniquement du principal, ou si les intérêts sont pris en compte. Un autre document du ministère des finances publié au second semestre de l’année 2019 estimait que le service de remboursement de la dette bilatérale du Cameroun atteignait 241,16 milliards de Fcfa, dont pratiquement 151,4 milliards pour la seule Chine.

Rappelons qu’au 31 décembre 2019, selon les informations du Comité national de la dette publique (Cnd) du Cameroun, l’encours de la dette publique et à garantie publique du pays était actualisé à 8 650 milliards de F, soit 38,3% du PIB. Sans plus de détail, le Cnd précisait que sur les 8 650 milliards de FCFA, 6 671 milliards constituaient la dette extérieure. Le reste, 1 979 milliards de FCFA, forme la dette intérieure. Le Fmi avait d’ailleurs déconseillé au Cameroun, en 2019, de recourir à de nouveaux emprunts non concessionnels et de respecter strictement le plan de décaissement des prêts contractés, mais non décaissés pour préserver la viabilité de la dette.

Ahmed MBALA

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