Politique

Crise anglophone : Que cache l’hyper activité de Paul Atanga Nji ?

Homme discret et personnage charismatique quoiqu’impopulaire dans son bastion où les populations lui font le procès d’avoir toujours nié l’existence d’une question anglophone au Cameroun, le ministre de l’Administration territoriale apparaît aujourd’hui comme l’élite du coin le plus présent au front en ces temps où le conflit vire à l’ensauvagement.

C’est le membre du gouvernement le plus régulier dans les régions du Nord-ouest et du Sud-Ouest ces trois derniers mois. Au total, une dizaine de missions effectuées sous le feu de l’action dans cette partie du pays en proie à un conflit sanglant depuis bientôt quatre ans. A chacune de ses descentes, outre le renforcement du dispositif sécuritaire prescrit aux gouverneurs, le même mot d’ordre est lancé à l’endroit des séparatistes qui ont promis l’enfer à l’Armée et aux civils tant que le régime de Yaoundé ne proclame pas ce fédéralisme qu’ils appellent de tous leurs vœux : « déposez les armes, le gouvernement vous tends la main ». Un refrain par lequel Paul Atanga Nji entrevoit un début de solution à cette crise anglophone qui continue de faire des victimes. D’après l’International Crisis Group, les combats ont tué plus de 3.000 personnes et poussé 600.000 autres au déplacement. « C’est pour mettre un terme à cette boucherie humaine que le Minat multiplie des réunions d’évaluation sécuritaire avec toujours en toile de fond l’appel à une reddition volontaire », apprend-on de sources dignes de foi.

Reddition volontaire

Comme c’était le cas à Bamenda le 23 février dernier dans les services du gouverneur où pour l’occasion, le patron de la Territoriale a expliqué la conduite à tenir en cas de dépôt volontaire des armes. De ces travaux, il ressort que la reddition s’opère sous la coordination du gouverneur de région, assisté des préfets et des sous-préfets. Concrètement, « les sécessionnistes qui souhaitent se rendre aux autorités peuvent se mettre en groupe de quatre ou cinq. Par la suite, il leur faut attacher un tissu à la main gauche, tenir l’arbre de paix à la main droite, accrocher son arme sur soi et avancer les mains en l’air vers l’autorité administrative ou sécuritaire la plus proche », peut-on lire dans les colonnes de nos confrères de Cameroon Tribune. L’arsenal saisi est ensuite mis à la disposition de la Gendarmerie, en attendant les instructions de la haute hiérarchie. « Cette procédure est sanctionnée par un procès-verbal qui permet la traçabilité des armes volontairement déposées par les sécessionnistes », poursuit le quotidien gouvernemental. Afin de faciliter cette opération, l’Etat, insiste le Minat, « qui a le monopole de la contrainte légitime », a ouvert la porte à d’autres possibilités. Ainsi les sécessionnistes qui éprouvent quelques craintes à se rendre directement à l’autorité administrative ou sécuritaire, peuvent s’en remettre aux responsables religieux ou chefs traditionnels.

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Du reste, « les ex combattants qui déposent volontairement les armes n’iront pas en prison ils sont orientés vers les centres de désarmements, de démobilisation et de réintégration au sein desquels ils peuvent apprendre la couture, la maçonnerie, l’électricité ou la menuiserie. En déposant les armes, l’Etat leur offre des voies de réinsertion », rappelait Atanga Nji lors d’une mission à Bamenda au mois de décembre 2020. Lui qui est convaincu que ces petits groupes terroristes qui sont encore en brousse, peuvent déposer les armes et suivre le chemin honorable des ex-combattants qui sont accueillis dans les centres de Ddr (Démobilisation, désarmement et réintégration Ndlr). Aux parents, le patron du Commandement exige de la sincérité car, explique-t-il,« le double jeu ne paie pas.Ces enfants qui sont en brousse sont les enfants de nos familles, et les familles doivent collaborer sincèrement avec les autorités administratives, ainsi que les forces de défense et de sécurité, pour que ces enfants sortent de la brousse ».

Au nom de Paul Biya…

Pour le Minat, les groupes séparatistes ont d’ores et déjà été poussés dans leur dernier retranchement, et leur résistance ne tient plus que sur un fil. Raison pour laquelle l’heure est venue de faire chorus avec le président de la République « dont le souhait le plus ardent est de voir la paix de retour dans le Noso ». Présenté comme le soldat au front et le porte-voix de Paul Biya dans la recherche des voies et moyens pour mettre un terme au conflit qui s’est mué à l’ensauvagement, l’homme n’était pourtant pas voué à un aussi noble destin.

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S’il brille aujourd’hui sur le terrain de la crise anglophone avec le mérite de s’investir bec et ongle pour la résolution de ce conflit, sa promotion comme Minat avait été très peu applaudie par les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui lui font le procès d’avoir toujours nié l’existence d’une question anglophone au Cameroun. Beaucoup voyaient sa tête à la guillotine. Mais le président de la République, champion pour déjouer les pronostics, l’a plutôt promu en lui confiant les clés du très sensible ministère de l’Administration territoriale désormais isolé de celui de la Décentralisation.

Visite de Pietro Parolin

Cerise sur le gâteau, il l’a missionné dans le Noso. C’est sans doute pour cette raison qu’il est sur tous les fronts lorsqu’il s’agit d’emboucher la trompette de la réconciliation. N’était-il pas dans les secrets de la visite du Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat du Saint-Siège, favorable pour contribuer à travailler pour le retour de la paix, la justice et la réconciliation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ?Vomi au début dans sa Mezam natale, d’où il dut être exfiltré au tout début de la crise (fin 2016- début 2017), Atanga Nji a été honoré par le Chef de l’Etat qui lui réaffirme sa confiance dans un environnement où plusieurs analystes pensaient plutôt à d’autres cadors qui auraient bonne presse.
Du haut de sa posture de ministre chargé de mission à la présidence de la République et surtout de secrétaire permanent du Conseil national de sécurité – et donc présumer disposer d’un certain niveau d’informations -, il avait rejeté la thèse d’une marginalisation sous quelque forme que ce soit des Camerounais natifs des régions sus citées. Tout au contraire, il a cet argument : « Je dirais plutôt preuve à l’appui que le chef de l’Etat, Paul Biya, a toujours accordé aux Anglophones un traitement préférentiel. Je suis surpris de ce débat qui n’a pas de sens ».Allez-y savoir !

Franck ESSOMBA

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