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Covid-19: Le monde Post-coronial

De par son ampleur, son amplitude et son impact, la pandémie du Covid-19 redessinera les cartes, renforcera des positions par-ci, accélérera des déclassements par-là, conduira à des purges plus loin…

Tout a commencé avec le décrochage industriel : aux USA, le « choc chinois » (expression popularisée par David Autor, David Dorn et Gordon Hanson) a occasionné une baisse de 30% d’emplois manufacturiers de 2000 à 2009 ! Puis le décrochage industriel a engendré non seulement le déclassement commercial, mais surtout le décrochage démographique : alors qu’elle avait crû de 69,9 à 78,9 ans entre 1959 et 2014, l’espérance de vie à la naissance est en chute libre depuis 2014 ! Les morts par overdose dans les Etats les plus désindustrialisés contribuent au tiers de cette sombre performance ! Le décrochage technologique a été mis à jour récemment. On a appris que les équipementiers américains ne sont pas à la pointe de la 5G alors qu’en face, Huawei totalise 80.000 chercheurs, arbure à un budget de 15 milliards dollars et déclare pas moins de 3325 familles de brevets 5G !

Au même moment, les américains Qualcomm et Intel réunis n’en déclarent que 2264. Soit dit en passant, ZTE, un autre équipementier chinois affiche 2204 brevets déclarés. Ce qui fait des Chinois les premiers dans la course à la 5G devant les Sud-Coréens : Samsung et LG totalisent 5309 familles de brevets. (Données de décembre 2019) Avec le corochoc, nous assistons au décrochage géopolitique : la politique étrangère américaine était gouvernée par la doctrine Wolfowitz depuis les années 90. Cette boussole commandait que Washington assure son progrès de façon efficiente tout en réfrénant le progrès des puissances concurrentes.

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C’est dans ce sillage que s’est inscrit l’interventionnisme américain des trois dernières décennies. La première puissance du monde visait, par cet activisme sur la scène mondiale, à contrôler et maîtriser l’évolution de la concurrence. Donald Trump y a substitué la doctrine éponyme. La doctrine Trump se préoccupe plus d’autosuffisance que de leadership mondial. Sa méthode principale est le protectionnisme plutôt que le multilatéralisme.

Son creuset est le commerce équitable plutôt que le libre-échange. Selon les premières apparences, la doctrine Trump engrangeait du succès.
Embourbés dans de multiples fronts de guerre commerciale, déjà accusés d’utiliser le dollar comme une arme de répression massive, les Etats-Unis en ont perdu le sens du multilatéralisme et du leadership. On a ainsi vu Xi Jinping appeler Trump pour lui demander de se joindre à lui pour une corocroisade mondiale. Bien avant de devenir le plus grand épicentre de la pandémie, les Etats-Unis se sont contentés de regarder l’Italie et l’Espagne enterrer leurs morts quand les médecins cubains, des soldats russes et d’autres délégations officielles chinoises s’activaient dans les rues de Milan ou de Madrid.

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Une fois touchés par la pandémie, les Etats-Unis ont revécu le spectacle de Katrina : délaissé, victime du capitalisme radical, le système de santé plie le genou devant la catastrophe. On se rend finalement compte que le pays n’assume ni le repli (America First ) ni le leadership (The Number one).
Certes la Chine n’a pas encore déclassé les USA en tant que leader reconnu du monde, mais ce qui s’est passé aura des répercussions non seulement dans la croyance en la capacité des Etats-Unis à se projeter dans l’avenir, mais aussi dans la perception de leur place sur la scène mondiale. Ils manqueront de plus en plus de crédit en tant que puissance protectrice.

Du coup se multiplieront des réquisitions contre le dollar ; elles n’auront d’égal que la prolifération des plaidoyers pour des instruments de réserve mondiale indépendants tels que l’or ou les Droits de tirage spéciaux. Bref le discours de la dédollarisation s’intensifiera. Dans les années à venir, nous verrons la menace du piège de Thucydide planer sur Washington.

Maurice Simo Djom

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