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Corruption: La France écoute Ibrahim Boubakar et Ali Bongo

Les présidents malien et gabonais sont pris dans l’étau de la surveillance judiciaire ordonnée contre l’homme d’affaire, Michel Tomi.Pour l’instant, les présidences du Mali et du Gabon n’ont pas encore réagit à l’affaire révélée le 22 mai dernier par Médiapart sur son site internet. Les chefs d’Etat du Mali, Ibrahim Boubakar Keita (IBK) et du Gabon, Ali Bongo Ondimba (ABO) ont fait l’objet d’écoutes téléphoniques dans le cadre de la surveillance judiciaire ordonnée par la justice française contre l’homme d’affaires Michel Tomi. Un homme à la réputation sulfureuse, maintes fois condamné dans des affaires en rapport avec la mafia corse et qui, à la tête d’un empire financier dont les tentacules apparaissent entre autres, au Mali, Gabon et même Cameroun, entretient d’obscurs rapports avec certains dirigeants du continent. Michel Tomi surnommé «[i] le parrain des parrains[/i] », est soupçonné notamment de multiplier des « [i]largesses[/i] » à l’endroit des deux chefs d’Etat, qui en retour lui accorderaient des passe-droits ou fermeraient les yeux sur les activités que l’homme d’affaire mène dans leur pays.
Selon Médiapart, une écoute réalisée le 04 octobre 2015 entre le président malien et Michel Tomi apporte la preuve de ce stratagème de corruption sous les ors de certaines Républiques africaines. Au cours de cet échange, l’homme d’affaire interroge IBK sur un cadeau qu’il vient de lui envoyer. « [i]Et le Range Rover ?[/i] », lance t-il. « [i]Impeccable, impeccable[/i] », répond au bout du fil le chef d’Etat malien. Ce présent n’est pas le seul que Michel Tomi fera à son « [i]ami[/i] » de président. Voyages en de jet privé, limousine, costumes de luxe, suites d’hôtel hors de prix… Rien n’est trop cher ou trop beau pour l’homme d’affaires français soucieux de satisfaire les moindres des caprices de ses présidents.
Comme IBK, ABO qui entretient lui aussi des liens étroits avec Michel Tomi fait l’objet d’écoutes téléphoniques. De l’avis de l’homme d’affaires, ses rapports avec l’actuel locataire du Palais du bord de mer (Libreville), sont avant tout « [i]familiaux[/i] ». Et il ne se prive pas de les revendiquer. «[i] J’étais le “frère” de son père (Omar Bongo, Ndlr), dans la coutume gabonaise. J’avais la chance d’avoir son affection. […] Il disait de moi que je ne lui avais jamais menti[/i] », confie t-il fièrement aux enquêteurs qui l’interrogent alors à ce sujet.
Au-delà d’une affaire de corruption dans laquelle seraient impliqués deux chefs d’Etat, cette affaire d’écoutes téléphoniques n’est pas sans poser de problèmes. Le premier, et non des moindres, est celui de la souveraineté des Etats concernés. De fait, l’on en est à se demander la quantité d’informations sensibles, stratégiques et confidentielles qui ont pu être glanées à l’occasion de cette opération dont on ignore évidemment l’ampleur. La justice d’un pays, fut-elle celle de l’ancienne puissance colonisatrice peut-elle ainsi s’arroger le droit d’écouter des présidents (en fonction) de nations souveraines ?

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Yanick Yemga

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