Cameroun: Le calvaire des malades dans les hôpitaux camerounais

Hopital à Douala

Les institutions hospitalières publiques offrent certes un plateau technique spacieux et varié, mais l’accueil ici n’est pas des plus ordinaires.Il est 7h vendredi 22 mai 2015, et l’hôpital central de Yaoundé grouille déjà de monde. Outre le personnel médical et d’astreinte commis pour la garde, bon nombre de personnes traversent le portail. « [i]Je veux être parmi les premiers à être reçu, c’est pourquoi je suis venu si tôt[/i]», lance une patiente qui presse le pas. Une véritable course à la guérison. Difficile donc dans ces conditions, pour un patient qui vient pour la première fois d’avoir une idée sur l’itinéraire. Les postes de renseignements quand ils existent sont vides. «[i]Vous pouvez venir ici tous les, jours et vous n’allez jamais rencontrer un spécialiste[/i]», raconte un garde-malade, couché à même le sol. «[i]Ici, chacun a une histoire désagréable à raconter. Cet hôpital va nous faire voir de toutes les couleurs[/i]», renchérit sa voisine, visiblement exténuée, dit-elle, par une nuit blanche passée en plein air. C’est par le biais de ces interlocuteurs circonstanciels qu’on apprend que tout commence par la caisse à l’hôpital central.
Toutefois, ce n’est que le début d’un calvaire qui a une longue suite. Il faut attendre les spécialistes qui sont supposés être là à partir de 09h. La salle des consultations externes est envahie. Des infirmières installées à différents postes s’évertuent à orienter les malades. Dans cette interminable attente, la surveillante de secteur en rajoute avec un excès de zèle. Elle ne fait pas de cadeau aux malades qu’elle sermonne à souhait. Cette attente va d’ailleurs s’avérer très longue et presque fatale pour Mathias Nguiffo. A 10h, ce quinquagénaire va rentrer dans un coma avant d’être admis illico presto aux urgences. Le spécialiste, qui devrait le consulter n’étant pas en poste. «I[i]ls s’occupent de leur clinique privée qu’ils créent au quartier. Les consultations même qu’ils font ici ne sont que des rendez-vous pris pour des examens d’imagerie médicale[/i]», nous confie une infirmière.
C’est à 13h que le premier spécialiste débute les consultations. L’assistance le sait avec les mouvements de va-et-vient qui s’opèrent dans un box. 14h, un malaise est signalé: Madame Owona, la soixantaine entamée, assise au fond de la salle, convulse. «C’est très grave, il faut l’emmener en réanimation», crie un médecin de passage dans cette salle de consultation. La salle étouffe déjà et les malades piaffent d’impatience. «[i]Parfois vous attendez comme ça et le spécialiste arrive pour vous donner soit un autre rendez-vous qui peut s’avérer incertain, soit vous demande de le retrouver dans sa clinique où le traitement coutera plus cher[/i]», martèle une patiente habituée des lieux.
Malheureusement à 16h, les consultations doivent s’arrêter. «[i]II est plus de 15h30 et nous ne devons plus être ici, alors chers messieurs revenez lundi[/i]», lance un médecin qui se dit fatigué après moins d’une heure de consultation seulement. La salle s’ébruite, la désolation, la tristesse et le chagrin se lisent sur les visages des patients. «[i]Que voulez-vous que nous fassions maintenant après avoir perdu une journée ici? Où voulez que nous allions maintenant? Vous nous dites de revenir vendredi ou lundi et entre temps si on meurt?[/i]» Des plaintes et des interrogations qui laissent «le porte-parole» des spécialistes impassible.
Par ailleurs, la situation de l’hôpital central n’est pas un cas isolé. Du côté de l’hôpital de district d’Efoulan toujours dans la ville de Yaoundé, le même phénomène est visible. Ici madame Kenfack fait des va-et-vient depuis deux semaines mais impossible de rencontrer un médecin spécialiste car, celle-ci souffre d’un mal d’oreilles depuis 3 mois. «[i]C’est le calvaire. Je n’arrive plus à dormir et depuis il m’est impossible de rencontrer un Orl. Quand sera-t-il présent? Quand devrais-je repasser?[/i]» Interroge-t-elle. Des interrogations qui vont rester sans réponses. Les infirmières l’ont invité à plus de patience.

Prisca Balla (Stagiaire)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *