Société

Claude Assira : « Les journalistes, une espèce menacée à protéger »

L’avocat au barreau du Cameroun souligne que la liberté du journaliste est la liberté du peuple et que c’est la raison pour laquelle les pouvoirs publics s’en prennent à eux.

« Il y’a plusieurs niveaux de lecture de cette mesure ayant conduit à l’incarcération de ce journaliste, mais quel que soit l’angle sous lequel on prend cette mesure, elle traduit avant tout la conséquence de notre indifférence collective aux abus de pouvoir qui ne nous concernent pas directement. Les sécessionnistes présumés ont été privés de liberté et soustraits à la vue du monde pendant 10 mois sans que la terre cesse de tourner. Cette impression d’invincibilité a fini par enivrer les autorités de poursuite qui s’imaginent qu’elles peuvent tout entreprendre sans conséquence. Malgré les conventions internationales dument signées et ratifiées par le Cameroun, malgré un code de procédure pénale tapageusement entré en vigueur en 2007 et alléguant une orientation vers la prise en compte des libertés individuelles, une autorité légale ou non continue à avoir dans notre pays le droit de vie ou de mort contre n’importe quel citoyen et sans contre –pouvoir. Il n’y a pas le respect des droits élémentaires et en l’absence de responsabilité professionnelle, les autorités peuvent se permettre ce qu’elles veulent sans rien craindre. Le pire c’est que les faits peuvent être inventés ou même des qualifications posées sur des faits réels sans aucune prise avec les faits décrits sans que les autorités de contrôle s’en émeuvent. Les mobiles que soutiennent ces comportements sont variés.

Il s’agit d’intimider, de mettre tout le monde en coupe réglée pour masquer la brutale réalité du terrain. Dans le cadre de la crise anglophone, il s’agit d’une guerre civile où on tue et on est tué. Tous ceux qui peuvent contrarier la volonté exprimée par les pouvoirs publics sont des ennemis à neutraliser. Lorsque vous voyez le déroulement des événements qui ont conduit à l’incarcération de votre consœur, on a le sentiment de vivre un mauvais film. Malheureusement, ce scénario s’écrit tous les jours de la même manière dans les cabinets de procureurs, de commissaires du gouvernement, de juges d’instruction et devant les tribunaux. Où sont les faits qui permettent de conclure au terrorisme ? S’il y en a, pourquoi ne pas les porter à la connaissance de la personne poursuivie comme l’exige la loi, pour lui permettre de savoir et de préparer sa défense ? Et s’il n’y en a pas comme c’est vraisemblablement le cas, comment peut-on fouler aux pieds avec tant de légèreté la liberté individuelle ? Cela doit tous nous faire peur, mais pas d’une peur qui nous paralyse mais plutôt vers celle qui nous pousse à l’indignation.

J’ai défendu récemment des journalistes devant le tribunal militaire de Yaoundé poursuivis pour de pseudo infractions terroristes. Comme chercheur, j’ai commis récemment un article sur la situation du journaliste camerounais au regard du terrorisme. Sans vouloir faire un chèque en blanc aux journalistes, ils deviennent aujourd’hui une espèce menacée à protéger au nom du droit à la liberté qui est une liberté publique. La liberté du journaliste est la liberté du peuple, la démocratie et c’est sans doute la raison pour laquelle les pouvoirs publics s’en prennent aux journalistes. Nous devons tous nous inquiéter, après le journaliste ce sera l’avocat qui sera poursuivi pour non révélation ou pour recel pour avoir partagé la connaissance d’une information dans une affaire présument taxée de terroriste. »

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