Société

C’est votre histoire et vous devez la connaître: Samuel Eboua, le fils Ahidjo et le marché routier

Alors qu’il est SG de la présidence, Samuel EBOUA doit trancher sur l’attribution d’un marché routier dans le Grand Nord Cameroun.

On avait deux tronçons de route à construire dans la province du Nord, et la Commission Centrale des Marchés avait retenu deux entreprises. L’une d’elles se voyait attribuer le tronçon dont le montant approchait 4 milliards de francs cfa, et l’autre, le petit tronçon d’à peine 1,5 milliard.

Ces propositions me furent soumises pour approbation. En examinant le rapport d’analyse, je me rendis compte que l’entreprise à laquelle le plus important tronçon était proposé n’avait aucune référence sur le territoire national. Par contre, sa concurrente, qui devait se contenter de la portion congrue était installée dans le pays depuis longtemps, et avait dans son palmarès de nombreuses et sérieuses réalisations. Pour moi, il était nécessaire que la nouvelle entreprise fasse d’abord ses preuves avant de se voir attribuer un marché aussi important. J’inversai donc purement et simplement les propositions d’attribution qui m’étaient faites par la Commission.

La Direction Centrale des Marchés devait rédiger le communiqué de presse rendant publics les résultats de cette consultation. C’est alors qu’il me revint que ma décision avait semé la panique au sein de cette Direction, du fait que j’avais inversé l’ordre des propositions d’attributions qu’elle m’avait faites. Un des collaborateurs qui m’était proche dans cette Direction, M. Nkoué Nkoué Maximin, fut délégué par ses camarades pour me revoir avec le dossier.

  • C’est la stupeur dans la Direction, me dit-il. – Et pourquoi? lui demandai-je. – C’est la première fois que nous avons à examiner un dossier aussi délicat. Je suis venu vous voir parce que nous craignons pour votre carrière. Vos remarques ont également été les nôtres en Commission. En dépit de la pertinence de ces remarques, nous vous proposons de prendre en considération l’avis de la Commission.
  • En quoi consiste la délicatesse du dossier? demandai-je.
  • C’est le fils du Chef de l’Etat Mohamadou Ahidjo qui a introduit cette entreprise. Il est venu la défendre en commission à plusieurs reprises avec le responsable de cette entreprise qu’il veut faire venir au Cameroun.
  • Parfait, lui dis-je. Nous ne demandons pas mieux. Plus il y aura d’entreprises qui soumissionneront, mieux jouera la concurrence. Ceci dit, allez et rédigez le communiqué dans le sens de mes instructions et rendez-le public.

Mon collaborateur reprit le dossier et s’éloigna, visiblement catastrophé. Ils préparèrent le communiqué que je signai.

Le lendemain, ce dernier est lu à la radio et publié dans la presse. Tous mes collaborateurs s’attendaient au pire. Sachant que Ahidjo suivait de près tout ce qui se réalisait dans le domaine des infrastructures, je m’attendais à ce qu’il m’interroge sur ce marché lors d’une audience. Ne l’ayant pas fait, je décidai de lui en dire un mot moi-même, afin d’expliquer les raisons pour lesquelles je n’avais pas suivi les recommandations de la Commission dans ses conclusions.

C’est ce que je fis. Il m’approuva. N’ayant à aucun moment fait allusion à son fils, du que je n’étais pas censé savoir que ce dernier s’intéressait à ce marché, c’est-Ahidjo lui- même qui me révéla que son fils lui avait parlé de cette entreprise qu’il voulait introduire au Cameroun.

Source : Samuel EBOUA in “Ahidjo et la logique du pouvoir” Pages 91-92

Les grands hommes de ce pays ont été embarqués par la Camair-co pour une destination inconnue.

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