CAN 2022 : l’agression à peine voilée de la « nouvelle colonisation »

Jean-Simon ONGOLA OMGBA

Dans les années 1970-dix ans après l’indépendance du Cameroun-, un coopérant français d’origine chilienne, partisan acharné de Salvadore Allende,
président du Chili assassiné en 1973, exhortait ses élèves, jeunes Camerounais, sur l’importance et la nécessité de l’éducation.

Il s’attelait à faire intégrer à ces jeunes esprits que sans éducation, le Cameroun et toute l’Afrique connaitraient une recolonisation violente et plus pernicieuse que la première. Après une gestion néocoloniale désastreuse, la recolonisation est en marche. Aujourd’hui, pour nous faire rêver, pour encourager nos enfants à croire en l’avenir, il faudra s’affranchir de la nouvelle colonisation. Après le contrôle de la gouvernance économique des pays africains par les institutions de Bretton Woods sur fond d’une idéologie libérale inspirée du gouvernement américain par le biais du « consensus de Washington », qui est une version moderne des théories économiques néoclassiques, l’offensive manquée orchestrée par la FIFA et ses vassaux pour un nouveau report de la CAN illustre parfaitement ce qu’il convient de nommer une tentative d’asservissement et de recolonisation par le football d’un pays africain.

Ne nous faisons guère d’illusion : si nous n’y prenons pas garde, notre participation au même titre que les autres à la mondialisation va être irrémédiablement compromise. Le comportement absolument scandaleux de multinationales occidentales et chinoises en Afrique, qui ont fait de la corruption et de la prédation de nos ressources naturelles un exercice permanent avec la complaisance coupable des élites africaines, est un pan de la « nouvelle colonisation ».

CAN 2022 : l’offensive manquée du report de la compétition
Dans le sport comme sur le plan économique, ce sont toujours les institutions, bras armés de la « nouvelle colonisation » qui monopolisent la réflexion décident de la stratégie et des choix, posent les questions et diagnostics et apportent des solutions en fonction de leurs intérêts d’abord et –accessoirement- des nôtres. Dans le cas de la CAN 2022, comment la FIFA de Gianni Infantino, dans une arrogance et une condescendance infantilisantes pour le peuple camerounais et les dirigeants du football africain, a-t-elle envisagé un report de la CAN pour des raisons sanitaires ? Le motif est certes louable. Si la santé des amoureux du football est une préoccupation majeure pour la FIFA, pourquoi aucune modification n’a été envisagée dans le calendrier du football européen ? S’il fallait faire prévaloir les risques sanitaires, le championnat européen des nations de l’UEFA ne se serait pas déroulé. Je laisse à chacun le soin d’apprécier le caractère éminemment scandaleux et humiliant de cette forfaiture. Le continent africain est face à l’assaut d’une nouvelle mission civilisatrice de l’autorité mondiale du football qui veut sauver la vie des habitants du Cameroun et des milliers de participants à la CAN. Comment laisser croire à l’opinion nationale et internationale que la FIFA a qualité de décider en lieu et place de ce qui est bon ou mauvais pour ses populations ? Nous avons le devoir de dénoncer avec la dernière énergie aujourd’hui plus que jamais toutes les manipulations susceptibles de porter atteinte à notre dignité et à notre honneur-du moins ce qu’il en reste-.

La CAN 2022 aura bien lieu le 9 janvier. Ce relatif succès ne doit pas pour autant absoudre nos propres égarements et déficits que nous sommes condamnés à corriger. Dans sa tentative de tenir en laisse le Cameroun, la FIFA et ses vassaux ont agi comme si notre management de la CAN était incapable de réfléchir aux conséquences sanitaires de la COVID-19 sur les citoyens camerounais et sur les nombreux étrangers qui doivent résider au Cameroun ces prochains jours. En attendant de la CAF et de la Fecafoot suivisme et soumission, la posture néocoloniale de l’autorité mondiale du football ne fait plus l’ombre d’un doute. Certaines prises de position de l’autorité suprême du football dissimulent des préjugés à la limite du racisme. Des stéréotypes, dont certains proviennent de la nuit des temps, restent présents dans bien des esprits. Le plus désespérant-mais pas surprenant- est que la tentative de report de la CAN, ait bénéficié du soutien d’un groupuscule de Camerounais prétendument de la diaspora, et de la connivence bienveillante d’une minorité d’hommes politiques serviles et arrogants, coupée du peuple avec pour seul horizon le désir et la soif d’accéder au pouvoir. C’est dans ce chapitre que nous pouvons classer la campagne du MRC contre la tenue de la CAN au Cameroun. La construction du pseudo conseil national de la diaspora, dénote d’une méconnaissance abyssale de la réalité camerounaise. En renvoyant à des arguments politiques peu convaincants, cette démarche dont l’impact est infiniment à relativiser est un activisme antipatriotique condamnable. Ma conviction a toujours été que le néocolonialisme survivra tant qu’il bénéficiera de la complicité d’une élite dévouée à ses ordres.

Le professeur Maurice Kamto, qui incarne la ligne idéologique du MRC, gagnerait à prendre des distances considérables avec ces apprentis activistes politiques qui ont pour seul état de service la participation malheureuse en meute violente aux actes de vandalisme des locaux des ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin d’une part et à des opérations à la limite du terrorisme visant des hôtels où résidait le Président BIYA et sa délégation à Paris et à Genève. Qu’il s’agisse du combat pour le développement économique de nos pays ou encore de football, nous ne devons pas nous résigner mais être de tous les combats. Accorder une place particulière aux talentueux footballeurs africains est une obligation. C’est dans cette optique que les relations entre la CAF et la FIFA doivent être reconstruites sur les principes d’équité et de réciprocité. Il est intolérable et hors de question que d’obscurs réseaux imposent aux fédérations africaines de football leur volonté hégémonique. Le soutien de la Fédération Burkinabè de Football au Cameroun, après le supposé vote de son ancien président Sita Sangare en faveur du report de la CAN, est un signal fort du leadership du football africain pour la tenue effective de la grand-messe du football africain et pour plus d’autonomie dans les gestions des affaires du football sur le continent africain. La CAF plus que par le passé, doit prendre en main son destin : créer, inventer, mettre sur pied de manière intelligente de puissantes fédérations dans les pays africains, dans une révolution silencieuse et dans le but de poser les bases d’un football africain décomplexé. Car en l’état actuel, les Africains risquent fort de répondre à l’appel à huer Infantino à chacune de ses apparitions, appel lancé par le célèbre journaliste français Gérard Dreyfus.

Par Jean-Simon ONGOLA OMGBA / 237online.com

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