Société

Cameroun: Yaoundé profanée par des « actes terroristes »

En moins de deux semaines, des mains criminelles ont déjà fait exploser trois bombes artisanales dans différents quartiers de la cité capitale. Après celle du 2 juillet, quelles pistes?

Au Rond-point Damas de Yaoundé, il est un peu plus de 21 heures. Le petit commerce qui attirent les noctambules bat son plein. Dissimulée derrière une tablette de fortune, une cocotte-minute va déflagrer blessant trois personnes dont deux grièvement. La police boucle comme à l’accoutumée le coin, scrutant les recoins pour parer à toute éventualité. C’est un coup savamment calculé et mesuré pour blesser ou tuer. De toute évidence, la flambée de la violence terroriste à Yaoundé va crescendo.

Bien avant, dans la nuit du 20 au 21, la police rapportait que deux bombes avaient explosé dans les quartiers d’Emana et de Melen sans faire des victimes. Il y a donc lieu de parler d’une montée en puissance des entrepreneurs du mal dans leur volonté de nuire. On se demande déjà de quoi sera fait l’acte trois de leurs actions maléfiques.

Quelle sera l’étendu de la dévastation ? La réponse bien sûr dépend du lieu et de l’heure de cette commission. A ce sujet, le gouverneur a présidé vendredi dernier une réunion de crise. Il a recommandé du reste à toute la population d’être vigilante et de collaborer avec les forces de l’ordre et de sécurité. Chaque Yaoundéen est appelé à dénoncer auprès des autorités toute personne ou objets suspects. Si la police penche de plus en plus sur la piste terroriste, on s’interroge dès lors sur l’identité des groupes terroristes car dans le jargon gouvernemental, il existe plusieurs foyers terroristes.

Les foyers terroristes au Cameroun Les premiers terroristes qui donnent du fil à retordre au Cameroun est la secte islamiste Boko Haram. Engagés autour du Lac Tchad et à la frontière Extrêmement-Nord-ouest du pays, ces fous de Dieu frappent à l’aveuglette au point où on se demande ce qu’ils veulent. Ils ont une soif inextinguible de sang versé suite à des opérations spectaculaires. Venus du Nord du Nigéria, on sait la région la plus au septentrion leur cible.

Peut-on donc imaginer que cette pieuvre ait pu s’investir à Yaoundé ? On va ici nuancer les propos de Cavaye qui s’émouvait un jour du haut de la chaire à l’hémicycle que « le BokoHaram est parmi nous ». La particularité de Boko-Haram et des groupes semblables est de faire la publicité sur des actions qu’ils ont menées. On peut dès lors déduire que par le silence après l’explosion des bombes artisanales, la pieuvre islamiste serait étrangère à ces explosions.

L’autre acteur qualifié de terroristes par le pouvoir de Yaoundé, est l’ensemble des groupes sécessionnistes opérant dans les régions du Nord-ouest et du Sud-Ouest. Les forces de Défense et de sécurité camerounaise, dans la guerre qui les oppose aux séparatistes ont déjà été victimes des bombes artisanes posées par les ces différents groupes armés. La dernière en date fut le 8 mars non loin de la Commercial Avenue à Bamenda. Au moment où le gouverneur Lélé Lafrique prononçait son discours de circonstance. On peut penser dès lors que des soupçons pèsent sur les Amazoniens.

Pour autant, il y a lieu de se demander pour qu’elles raisons ils poseraient un tel acte loin de leur base alors que précisément ils demandent aux forces de Défense et de Sécurité de quitter leur territoire. La question devient plus pressante au moment où on annonce des contacts entre l’équipe AyukTabe et le pouvoir. Il est vrai aussi qu’il est annoncé qu’ils ont été extraits de la prison dans la nuit du 2 juillet dernier, autant dire le jour de l’explosion de la dernière bombe. Peut-on y établir un lien? Rien n’est certain dans cette affaire.

Qu’importe le bout que peut tenir la police, il va sans dire que les Yaoundéens doivent se faire le moral d’acier pour vivre avec de tels tourments. C’est connu, le terrorisme est un cancer, difficile à soigner. Ce n’est plus l’affaire des seuls hommes en tenue mais de chacun et de tous. Bien plus, la citadelle Yaoundé qui est attaquée de la sorte, la ville siège des Institutions, montre à suffisance que le pays est entré dans une autre dimension de conflit avec un adversaire inconnu qui va jouer avec les nerfs des citoyens. En matière de Défense, il est prescrit la veille stratégique, car ici, personne ne sait ni l’heure, ni le lieu, ni comment l’ennemi va attaquer.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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