Cameroun – Théâtres et Cinéma: Ces acteurs d’origine camerounaise qui excellent en France

Les camerounais ont assurément regardés leurs productions sans parfois se rendre compte qu’ils partagent les mêmes ancêtres.[pagebreak] Or, au moment où le ministère des Arts et de la Culture se tourne vers les professionnels de Nollywood (Nigéria) ces artistes dont la plupart se réjouissent de leurs origines camerounaises pourraient eux aussi-comme cela s’observe chez les lions indomptables avec les joueurs binationaux-contribuer à porter haut l’art et la culture du pays. Portraits et trajectoires de quatre d’entre eux. Certainement les plus en vue de l’heure.

Thomas N’Gijol: Un cœur qui bat pour le Cameroun
Beaucoup le connaisse sous l’appellation « président Bobo ». Du nom du personnage qu’il incarne dans son avant dernier long métrage : « Crocodile du Botwanga ». Pellicule, où le franco-camerounais parodie dans une envolée comique, les scènes douloureuses de gestion des Etats africains par les dictateurs épris du pouvoir. Précisément ceux des régimes militaires.
Le parcours de cette valeur montante de l’humour en France est atypique. Au départ, ce jeune au physique long de basketteur et au sourire fort sympathique, fantasme pour l’école. Il rêve de devenir instituteur après sa licence de sciences de l’éducation. Educateur heureux pendant cinq ans, il se lance tout de même dans le one-man-show. Et ce sont les portes du Jamel Comedy Club qui s’ouvrent à lui. Une scène qui rassemble des jeunes comédiens et humoristes en herbe. «L’histoire d’un Arabe qui fait bosser un Black pour amuser des Blancs» amuse t-il. Son passage à cette plateforme apporte son lot d’émissions de télé et autres spectacles d’envergure. Respectant «l’ordre naturel des choses», l’humoriste redevient soliste et grimpe les échelons du Théâtre, de Dix-Heures jusqu’à l’Olympia. Sa réputation va solidement se renforcer grâce aux deux chefs d’œuvres sortis en 2014. Si bien qu’au Cameroun, des jeunes ont composé des sons et des danses en l’honneur du film « Crocodile du Botwanga », réalisé par son « complice » Fabrice Eboué (un autre franco-camerounais) avait qui il a auparavant coréalisé en 2010 le long métrage « Case départ ».
Se comparant à un Breton fier de sa région, le Franco-Camerounais s’accorde quelques fois des voyages dans le village du grand-père. Une opportunité qui lui permet de s’enraciner davantage dans la culture camerounaise et africaine. Enracinement qu’il tend à démontrer dans son dernier film « Fastlife », sortit 16 juillet 2014, pour lequel Thomas est au même moment acteur et réalisateur. Au cour d’un passage à vide dans sa carrière d’athlète professionnel, où Franklin Ebagé (son nom d’acteur) multiplie des scandales, il va opter pour un séjour sur la terre de ses ancêtres au Cameroun notamment dans le littoral. Le but étant de se requinquer en vue de la qualification aux Jeux olympiques. De retour en Europe pour la compétition, où presque personne n’osait miser le moindre copeck sur lui, il va déjouer les pronostics et décrocher brillamment son ticket de participation à ces Jeux.
Thomas N’Gijol voit le jour à Paris le 30 octobre 1978. Fils de Gilbert N’Gijol un intellectuel spécialiste du café et commerce et de Crescence N’Gijol infirmière. Les deux parents vont l’élever dans une certaine douceur et une vie chrétienne. Mais à son enfance, son père l’aura surtout marqué par son côté radical. «C’est la meilleure éducation que l’on puisse avoir. Il m’a appris à ne jamais me plaindre. Si tu lui dis que tu as rencontré tel ou tel problème parce que tu es noir, il te mettra trois claques dans la gueule ! », Confie t-il. Aujourd’hui propriétaire d’un appartement en France, le franco-camerounais est fiancé à l’actrice Karole Rocher avec qui il vient d’avoir une bambine il y a tout juste quelques mois.

Dieudonné Mbala Mbala : Humoriste militant habitué des prétoires
C’est très certainement l’un des humoristes franco-camerounais les plus célèbres. Son interpellation suite à son poste sur Facebook au sujet de la récente attaque du journal satirique Charlie Hebdo reste fraîche dans les mémoires. « Je me sent Charlie Coulibaly », écrivait-il en référence à l’un des auteurs des attentats de Paris. Une déclaration qui a suscité un tolet dans l’opinion publique française. Des peines de prison ferme ont été prononcées à son encontre, et plus de 50 procédures ont été ouvertes aux motifs de «délit d’apologie du terrorisme et menaces d’actions terroristes ». Rien de nouveau pour Dieudonné M’Bala M’Bala qui est un habitué des prétoires.
En effet, la trajectoire de Dieudonné est riche en faits et polémiques. Il se fait d’abord connaître dans les années 1990 en formant, avec Élie Semoun, le duo comique Élie et Dieudonné. Puis opte d’évoluer en solo, tout en tenant des rôles au cinéma. Parallèlement, il s’engage en politique à la fin des années 1990. Il s’attache à faire transparaître son militantisme dans ses one-man-shows. Dieudonné est d’abord marqué par les partis de gauche, mais son image publique se modifie à partir du début des années 2000 : plusieurs de ses déclarations lui valent des premières accusations d’antisémitisme et déclenchent de vives polémiques, qui vont croître dans les années suivantes. Progressivement marginalisé au sein des milieux du spectacle et controversé en tant qu’humoriste après avoir été largement apprécié, il se rapproche du Front national qu’il avait auparavant combattu et plus largement, de l’extrême droite. Il connaît de nombreux procès, dont plusieurs se soldent par des condamnations pour incitation à la haine raciale. Fin 2013-début 2014, l’un de ses spectacles est l’occasion d’un bras de fer particulièrement médiatisé avec le pouvoir exécutif. Finalement, une ordonnance du Conseil d’État valide l’interdiction du spectacle. Mais, ses fans ne désespèrent pas. Puis que l’artiste va organiser des spectacles de rues auxquels le public fera marée humaine
Dieudonné naît le 11 février 1966 à Fontenay-aux-Roses. D’une union entre Josiane Grué, sociologue française originaire de Bretagne, et Dieudonné Joseph M’Bala, expert-comptable camerounais originaire du village Ollama et de l’ethnie Ewondo. Dieudonné garde un certain attachement à sa terre d’origine. Mieux que les autres humoristes binationaux, il séjourne régulièrement au Cameroun. Notamment dans le village de son papa. D’ailleurs, pour exprimer sa fierté, il n’hésite pas à se vanter quelques fois en disant à qui veut l’entendre : « je suis un gars d’Ollama». Souvent accusé d’être à l’origine des évasions fiscales en France, certains enquêteurs estiment que c’est au Cameroun qu’il « cache son argent »

Fabrice Eboué : « Je suis un fils de Douala »
A l’instar de Dieudonné Mbala Mbala, Fabrice Felix André Éboué semble fier de ses origines camerounaises. L’acteur et humoriste découvert sur les planches du “Jamel Comedy Club”, est né le 7 juin 1977 à Maisons-Alfort. Fils d’un père gynécologue, d’origine camerounaise, et d’une mère agrégée d’Histoire, le chemin de la réussite scolaire paraît tout tracé pour le jeune Fabrice. Mais c’est sans compter sur sa tendance prononcée à faire le clown.
Il travaille alors l’art de l’improvisation avec une bande d’amis et se décide pour la carrière d’humoriste. Ses débuts sur scène datent de la fin des années 1990, dans des petits Café-théâtre et cabarets parisiens. Avec leur humour mordant et décapant, ses sketchs ne laissent pas indifférent. Au début des années 2000, il joue ses premiers spectacles. C’est là qu’il est repéré par Jamel Debbouze qui lui propose de rejoindre le “Jamel Comedy Club« , Une étape cruciale dans la vie de Fabrice Eboué. Non seulement il gagne en notoriété, mais cela lui permet aussi de faire deux rencontres importantes. Coté cœur, il y fait la connaissance de l’humoriste Amelle Chahbi qui devient sa compagne. Coté carrière, il y croise son compère Thomas N’Gijol avec qui il partage, outre les mêmes origines camerounaises, un sens de l’humour grinçant qui ne s’embarrasse pas du politiquement correct. Son passage sur cette scène lui ouvre les portes des grands plateaux de télévisions.
En 2010, le franco-camerounais fait ses premiers pas au cinéma dans “Fatal”, le film de Michaël Youn. Ensuite, il se lance avec Thomas N’Gijol, dans l’écriture d’un long-métrage. Ce sera “Case départ”, comédie impertinente sur l’esclavage. Le film, dans lequel les deux humoristes se sont naturellement réservé les premiers rôles, sort en 2011. C’est une réussite et ils attirent dans les salles obscures près de 1 800 000 personnes.
Deux ans plus tard, on retrouve Fabrice donnant la réplique à Jean-Paul Rouve dans le film “Denis”. Mais il n’abandonne pas pour autant sa vocation première et présente la même année son deuxième one-man-show “Fabrice Éboué, levez- vous”.
En 2014 il renouvelle l’expérience cinématographique avec “Le Crocodile du Bostwanga”. Il réalise et scénarise cette comédie contemporaine traitant de la Françafrique et qui caricature certains hommes de pouvoir africains. Comme pour Case départ, c’est à nouveau un joli succès qui vient prouver que Fabrice Eboué n’a pas fini de nous faire rire.

Eriq Ebouaney : Le franco-camerounais « Patrice Lumumba »
Nombreux sont les camerounais qui ignorent ses origines. Pourtant il est l’acteur principal du film Patrice Lumumba. Et plus récemment encore, dans le « Crocodile du Botwanga », il joue le rôle d’aide de camp du président « Bobo », qui n’est autre que Thomas N’Guijol. Mais avant ça, il avait déjà travaillé avec ce dernier de même qu’avec Fabrice Eboué, dans « Case départ ».
Ériq Ebouaney est né le 3 octobre 1967 à Angers (France). Il va passer quelques années au Cameroun avant de repartir en France à l’âge de 14 ans. Les études secondaires achevées, il commence par étudier le commerce international, puis se tourne vers le théâtre pour dit-il « épater ses amies ». Cela lui permet de trouver son premier rôle dans « Chacun cherche son Chat » de Klapisch. Il enchaîne d’autres films, mais ce n’est que dans « Les Enfants du marais» de Jean Becker qu’il peut entièrement exprimer son jeu de comédien, interprétant « Banania », un tirailleur qui a survécu à la grande guerre.
Un an plus tard, il interprète le rôle principal du film Lumumba, retraçant la vie du dirigeant Politique de la République démocratique du Congo et son combat pour amener son pays à l’indépendance, assassiné après seulement deux mois de gouvernance.
Depuis, il a tourné dans de grosses productions internationales, telles que : « Femme fatale »
de Brian De Palma et « Kingdom of Heaven Hitman» de Ridley Scott.
Il compte de nombreux lauriers, obtenus notamment en 2002, où il remporte le titre de meilleur acteur indépendant au Black Reel Awards grâce au film Lumumba. Il obtient également les trophées francophones du cinéma en 2013 et du second rôle masculin pour « Le collier du Makoko »

Christian Djimadeu

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