Economie

Cameroun – Subventions du zoomla Amougou Belinga : De quel côté se trouve le tribalisme ?

Le gouvernement de la République a octroyé récemment une subvention de 680 millions de Fcfa à une structure du patriarche beti, Jean Pierre Amougou Belinga. Suite à quoi, quelques-uns de nos concitoyens affichent tantôt une colère feinte, tantôt une colère orientée.

Le tribalisme réside dans la mauvaise foi consistant à nier tout mérite intrinsèque au moindre ressortissant de la forêt, du simple fait qu’il est beti ou qu’il est un sympathisant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Il consiste ensuite à lui denier le droit au moindre avantage même accordé avant lui à d’autres citoyens issus d’autres régions que le Centre et/ou le Sud ; provoquer, en conséquence, un ramdam pour appeler du peuple souverain une levée brutale des boucliers.

Le tribalisme enfin consiste à claironner que chaque Camerounais est partout chez lui – en sachant parfaitement que cette ritournelle n’a pas droit de cité dans les régions de l’Ouest et du Nord-Ouest – et s’offusquer que quelques esprits éveillés s’en étonnent. L’histoire des Nations enseigne que le concept de « champion national » est une réalité à la fois économique et politique. Il advient, en effet, que pour s’assurer une croissance accélérée, un gouvernement affecte des subventions à des opérateurs économiques entreprenants, agressifs et intrépides afin de leur permettre d’effectuer une pénétration dans un domaine ou secteur d’activités. De s’y octroyer des parts de marché importantes.

Au besoin, d’y arracher le monopole soit dans la sous-région, soit même dans le marché international. Probablement fut-ce le cas d’un certain Bernard Tapie dans le régime de Mitterrand, en France. Mais, assurément, Bolloré a joué ce rôle dans les régimes de la droite ces derniers temps. Au
Nigéria voisin, l’homme d’affaires bien connu, Dangoté, raconte lui-même avoir été coopté par le président nigérian Olesegun Obasandjo pour assurer la pénétration du marché du ciment dans les pays voisins. Et même d’autres produits pesant lourds dans le développement économique. Pour ce faire, affirme-t-il, il a reçu d’énormes subventions du gouvernement central nigérian, en termes d’argent liquide et autres facilités. Au Cameroun, il est aujourd’hui établi que tous les grands opérateurs économiques de la première heure après l’indépendance sont la création du gouvernement camerounais. Revenons dessus plus loin après une incursion significative dans le domaine des médias.

DOTATIONS

Il y a quelques années, 40 milliards de nos francs ont été gracieusement offerts par le gouvernement, à une chaine de télévision privée. Avant cela 4 milliards de Fcfa ont été accordés à Blaise Pascal Talla pour le rachat de Jeune Afrique Economique de la famille Jeune Afrique. Tout cela, sans que l’on entendît un pet de lapin ! Qu’est-ce qui justifie donc ces aboiements nombreux qui se déchainent dans la nuit, suite à l’affectation d’un appui similaire à un autre opérateur économique camerounais du même secteur d’activités !? La colère sourd des officines. Le fait bat la chronique. Avec des éditoriaux enflammés tel celui entendu un matin de la semaine écoulée dans une chaine de radio privée de la place. Un véritable appel au lynchage du Beti, de l’homme beti.

Au motif qu’il aurait été jeté aux pourceaux la nourriture des enfants de Dieu. Ritournelle reprise le jour suivant dans une chaine de télévision privée, qualifiant la chaine bénéficiaire de « tribaliste » (verbatim) ! Elle est tribaliste parce qu’elle appartient à un Beti, à un citoyen camerounais ayant, semble-t-il, sa préférence idéologique pour le discours du parti politique Rdpc. Et qui, semblet-il aussi, aurait des accointances avec quelques pontes du régime. Jusque-là, nul péché ni mortel, ni véniel. Combien nombreux sont-ils, en effet, les Camerounais dans cette situation ! Des Camerounais autres que les Beti, s’entend, ou issus d’autres régions que de celles du Centre et/ou du Sud.

C’est dire les dérapages certains subséquents au manichéisme de ceux qui se substituant au bon Dieu prétendent séparer les méchants d’avec les bons. Sans attendre la fin du monde. Voici venu le moment de la clarification. Les subventions de l’Etat sont protéiformes. Soit dans la rétrocession des impôts, soit dans les exonérations de douanes et autres taxes, soit dans l’octroi du matériel et/ou de terres… Il n’y a pas longtemps, en effet, l’on a vu un Premier ministre instruire un ministre du Domaine, du Cadastre et des Affaires foncières de se mettre en quatre pour affecter un terrain à un consortium pour l’édification des hôtels de luxe, à Yaoundé et à Douala. Démarche normale d’ailleurs lorsqu’il s’agit d’augmenter la plus-value nationale dans un domaine de l’économie. N’a-t-on pas vu d’actions similaires depuis l’aube de notre indépendance ?

Sur ce point, l’on n’a qu’à écouter le témoignage d’Augustin Frederick Kodock, ancien ministre de la République et ancien tout jeune directeur du commerce dans les années 62, à son retour au pays, après ses études d’économie à l’étranger. Il écrit : « nous avons sélectionné un certain nombre de Camerounais de tous côtés. Il y avait des ressortissants du Nord, de l’Extrême Nord, de l’Ouest… L’opération d’attribution des devises s’effectua en deux temps, à la faveur de deux décrets signés par le président Ahidjo en deux ans. Donc, pendant cette période, le gouvernement avait fabriqué des importateurs camerounais. Pendant la première livraison, Kadji a reçu pratiquement 200 millions en devises, Monthé Luc a reçu quelque chose comme 200 millions. Le propriétaire d’Aurore a reçu 60 millions.

Il y avait d’autres, Bachirou, Nassirou, Tidjani, des ressortissants du Nord, chacun a eu une dotation de 150 millions…L’année suivante, d’autres hommes d’affaires furent sélectionnés pour recevoir des dotations en devises, notamment Fotso et d’autres. Il y avait Tchuisse Mathieu ». Ce fut ainsi que sous l’impulsion de Kodock, les sociétés suivantes furent créées : Unalor, Sosucam, Cimencam, Chococam, Socatral, Cicam, Sodecoton, les minoteries, la seigneurie l’Oncpb…Alors, de quoi parle-t-on ?

237online.com, Balla Philippe Fernand

LA NOUVELLE N° 619 du lundi 22 novembre 2021

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