Cameroun – Séjour privé de Paul Biya : à quoi jouent les autorités suisses ?

A plusieurs reprises, le séjour privé du président Paul Biya, qui a généralement l’habitude de prendre ses quartiers à l’hôtel Intercontinental de Genève, est troublé par des activistes.

Sous le nez et la barbe des autorités helvétiques complaisantes. Une vraie aberration dans la courtoisie diplomatique.

Paul et Chantal Biya ont quitté Yaoundé dimanche en fin de matinée «pour un court séjour privé en Europe», selon la formule consacrée par le Cabinet civil, renouant ainsi avec les déplacements vers l’extérieur après neuf mois de résidence continue au Cameroun. Un record, dit-on, pour le Couple présidentiel qui effectue ce genre de déplacements au moins quatre fois l’an.

C’est depuis le 15 septembre 2018, en effet, que le président Paul Biya était revenu d’un sommet sur la coopération sino-africaine à Beijing, prolongé par une escale à Genève, en Suisse. Notamment à l’hôtel Intercontinental, un établissement cinq étoiles bien connu des Camerounais dans lequel le chef de l’Etat a l’habitude de prendre ses quartiers.
Repos troublé

L’hôtel Intercontinental de Genève n’est pas un joyau architectural. Il est, de plus, éloigné du charme du centre-ville et des rives du lac. Situé non loin de la «Genève internationale», l’établissement offre une vue sur le Palais des Nations, siège européen de l’ONU, et d’autres bâtiments d’organisations internationales. L’entrée, tout en béton, rappelle celle d’une citadelle. Elle donne accès à un immeuble de 18 étages, carré et vitré.

La relation intime et de longue date entre le chef de l’Etat et l’hôtel Intercontinental – il y séjourne depuis 1969, n’est plus un secret pour personne. Elle est, à proprement parler, à l’image des liens d’amitié et de coopération qui prévalent si heureusement entre la Suisse et le Cameroun, en particulier dans le domaine de l’aide humanitaire et en faveur d’une paix durable ; des liens appelés à s’intensifier dans l’avenir, s’il faut parodier le président de la Confédération suisse, Alain Berset, dans sa lettre de félicitations du 30 octobre dernier adressée à son homologue camerounais au lendemain de sa brillante réélection à la tête de la Magistrature Suprême du pays à l’issue de l’élection présidentielle du 07 octobre 2018.

Indifférence totale

Mais, tout porte à croire que les autorités fédérales suisses ont toujours ignoré, qu’elles se sont très peu préoccupées de la présence du chef de l’Etat qui a multiplié des séjours à titre privé sur le sol helvétique. Ce qui explique que le repos d’une personnalité du rang de Paul Biya, une institution, le président d’une République démocratiquement élu par le peuple souverain, puisse être régulièrement troublé ces dernières années.

Mardi dernier, en effet, des activistes de la diaspora, regroupés au sein de la Brigade anti-sardinards (Bas) ont tenté de s’introduire dans les locaux de l’hôtel Intercontinental afin d’y déloger Paul et Chantal Biya qui s’y trouvent depuis dimanche. Les assaillants n’ont pas pu mettre en exécution leur funeste projet. Ils ont été repoussés par les éléments de la sécurité en poste.

Et ce n’est pas la première fois que de minables voyous troublent le séjour genevois du couple présidentiel, s’illustrant par des actes d’une violence inouïe, sous le regard amusé des autorités suisses, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) notamment, qui font éperdument fi de la présence d’un hôte de marque sur le sol helvétique pour lui garantir ne serait-ce que la sécurité.
Hospitalité camerounaise

On connaît l’hospitalité camerounaise, elle n’est pas la même qu’en Suisse, qui n’est pas une société anomique. Le droit d’y manifester pacifiquement y est reconnu. Mais, là-bas comme ici au Cameroun, la violence est répréhensible. Elle est punie avec la plus grande fermeté lorsque les auteurs s’en prennent à des hôtes de marque ou à des personnalités qui comptent : touristes, opérateurs économiques, élus locaux, célébrités artistiques ou sportives, diplomates, ministres et qui plus est les chefs d’Etat font l’objet de la plus grande attention des autorités camerounaises.

Chez nous au pays, des badauds n’approcheront jamais le Yaoundé Hilton Hôtel – l’unique cinq étoiles du pays, lorsqu’un hôte de marque y séjourne, même à titre privé. Chez nous au pays, on sait prendre soin de nos hôtes de marque, on sait protéger les représentations diplomatiques des pays amis, on sait garantir la sécurité des diplomates accrédités sur notre sol. Mais l’inverse n’est pas toujours le cas. La preuve avec le scénario du mardi dernier à l’hôtel Intercontinental.

L’on se souvient encore de la mise à sac, il y a quelques mois, des ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin. Les auteurs de cette opération désastreuse avaient d’ailleurs signé leur forfait, en postant sur les réseaux sociaux des vidéos devenues virales qui ont suscité ici et là colère et indignation.

Failles sécuritaires

Par trois fois au moins, des plans de vol présidentiels vers l’extérieur se sont retrouvés sur les réseaux sociaux avec force détails sur le nombre d’éléments de sa sécurité, les armes en leur possession, leurs dates et lieux de naissance, leurs numéros de passeports, leurs types et numéros d’armes ainsi que le nombre de munitions de chacun, amenant le cabinet civil et le protocole d’Etat à annuler ces déplacements. Selon des sources proches du dossier, plusieurs responsables du palais présidentiel ont été auditionnés sur ces fuites d’informations, en même temps que des interpellations auraient été effectuées, y compris de diplomates en poste à l’étranger.

Cette fébrilité, autour des voyages du couple présidentiel camerounais, intervient au moment où plusieurs membres, très remuants membres de la Bas, du Collectif des organisations démocratiques et patriotiques de la diaspora camerounaise (Code), mais aussi des sécessionnistes anglophones, émettent régulièrement la menace de perturber la quiétude de Paul et Chantal Biya à l’étranger, notamment à Genève où ils séjournent actuellement, sous l’indifférence totale des autorités helvétiques.

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