Cameroun – Paul Abouna: La Saint Valentin est un satanisme profane

L’anthropologue s’exprime sur les contours de cette célébration qui prend une envergure mondiale.[pagebreak]Quel est le sens que vous donnez à la Saint Valentin ?
Cette fête a un double sens, réel et normatif. Sur le plan réel, c’est-à-dire telle qu’elle se pratique, cette célébration est une folie, une duperie, une hypocrisie, un apartheid et un satanisme profane. Et sur le plan normatif, c’est-à- dire telle qu’elle devrait être, la célébration de l’amour est une chose sublime qui ne mérite aucune exclusion de personnes, de temps et de lieux. En d’autres termes, la célébration de l’amour doit se faire avec tout ce que l’on a, tout ce que l’on est, tout le monde, à tous les endroits, à tous les instants et tous les jours de l’année.

Comment célèbre-t-on l’amour en Afrique ?
Le mot français « amour » n’a pas la même signification dans toutes les sociétés. Dans l’Occident européen et américain d’aujourd’hui, ce mot évoque le rapport s*e*xuel. C’est pour cette raison que l’expression faire l’amour signifie avoir des rapports s*e*xuels. Dans la langue grecque antique, ce mot avait trois correspondants : Philia, Agape et Eros. Philia était l’amour des aînés ou des parents vis-à-vis des enfants ou des plus petits. Agape était l’amour partage, la charité à l’égard des démunis. Eros était l’amour entre les conjoints ou les amants avec la particularité de faire intervenir les organes génitaux.
En Afrique, l’amour correspond à peu près à ces trois instances d’autant plus que la civilisation grecque est héritière de l’Afrique. L’amour se célèbre par l’acte s*e*xuel, par le partage et par le souci de perpétuation de l’espèce humaine, par l’intérêt que l’on accorde aux enfants. En Afrique, l’amour n’est donc ni meurtrier ni stérile.

Alors que nous sommes dans un environnement de relativisme culturel, faut-il continuer à prendre tel quel ce qui vient de l’Occident à l’exemple de la Saint Valentin ?
Absolument pas ! Dans la mesure où l’amour s’affirme comme un élément culturel. C’est-à-dire quelque chose inventée pour résoudre des problèmes d’une époque et d’un lieu. Il n’y a pas interchangeabilité entre nos problèmes et ceux de l’Occident pour qu’il y ait interchangeabilité de solutions. Si l’on considère par exemple l’amour sous son versant s*e*xuel, en Europe, sa finalité consiste à la recherche du plaisir. Et cela ouvre la porte à toutes les dérives que vous pouvez imaginer. Car, peu importe le moyen par lequel ce plaisir est obtenu : masturbation, homos*e*xualité, pédophilie, inceste, zoophilie, etc. Tandis qu’en Afrique, ce type d’amour vise certes le plaisir, mais davantage la perpétuation de la lignée à travers le cycle sans fin de la réincarnation des ancêtres à travers leur descendance.

En calquant cette célébration, ne sommes-nous pas complices du diktat de la société de consommation ?
Nous le sommes en effet dans la mesure où ce que l’on considère comme la fête de l’amour a fait naître toute une économie de l’amour. Par économie, il faut entendre ici le processus de production, de distribution et de consommation des biens et services. Cette fête bien que restée à l’informel a fini par s’institutionnaliser et s’étendre même dans les couches de populations les plus insoupçonnées. Sa célébration comporte une série d’actions dont les plus classiques sont les suivantes : l’achat des crédits de communication pour les conversations, l’achat des cadeaux, la consommation d’un repas dans un restaurant, la réservation d’une chambre d’hôtel pour certains, l’achat des préservatifs, etc. Lorsque vous faites la facture de toutes ces dépenses, multipliées par le nombre de personnes concernées par cette célébration, vous vous rendez bien compte que cette fête a plus un intérêt économique que toute autre chose.

M.A.

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