Cameroun: Messieurs les prêtres, la tradition n’est pas un paillasson - 237online.com
Société

Cameroun: Messieurs les prêtres, la tradition n’est pas un paillasson

Il y a un retour de plus en plus retentissant du mépris du Christianisme vis-à-vis de nos traditions.

On pensait que le thème était le fonds de commerce exclusif des Eglises dites réveillées, mais on observe depuis quelque temps que les missionnaires de l’église catholique romaine du Cameroun entreprennent d’exhumer des pratiques qu’on croyait avoir disparu avec le colonialisme. Ce discours condescendant et diabolisant est récurrent dans plusieurs occasions qui font entrer l’Eglise en scène de nos jours, mais davantage lors des obsèques. Je vais relever ici deux de ces insolences insupportables et titiller un peu ceux qui sont les garants de nos traditions.

Profitant de la place très privilégiée qui leur est accordée lors des enterrements, certains de nos hommes en soutane se transforment très vite en maitres de céans et en donneurs de leçons. Toute la cérémonie devient alors souvent l’objet de leur dictée, de leur bon vouloir.
On demande désormais à tous les autres intervenants de la chaine des obsèques de se dépêcher, parce que monsieur l’abbé va faire sa messe. Conséquence, la précipitation s’instaure, certains orateurs pourtant essentiels à la cérémonie sont bâillonnés, bref tout le reste devient accessoire, illusoire et je dirais même inutile. Les voix sonores du prédicateur et de la chorale seules réduisent alors au silence tout le reste, devant la foule et les organisateurs de la cérémonie qui se trouvent pris au piège d’un intervenant qui s’arroge toute la place et tous les pouvoirs et les supplante. Le comble c’est que c’est le chef de famille dont on attend qu’il soit le légat des ancêtres en pareille circonstance, qui se trouve instrumentalisé, obligé de se faire violence à de faire violence à la succession des rituels et paroles hérités de nos ancêtres et dont le rappel en situation de deuil est essentiel.

L’autre dérive de nos prélats lors des enterrements c’est leur tendance de plus en plus exprimée à diaboliser publiquement la tradition, à lui coller tous les noms d’oiseaux, à imposer des lignes de conduite contraignantes à la famille éprouvée, au mépris total de l’inculturation prônée par le Vatican, du mode de compréhension et de gestion de la mort et de la vie propre à notre environnement culturel et cultuel. Lors des obsèques auxquelles j’ai récemment pris part, un prêtre s’est permis, avec une arrogance insupportable, de dire au responsable nouvellement désigné d’une famille à la suite de la mort de son frère ainé, de jeter à la poubelle tout ce qui est tradition, sous le prétexte, ajouta-t-il, que Jésus devra désormais être l’unique cadre de sa vie. Un discours fondamentaliste que rien ne justifiait pourtant, ni les « cérémonies traditionnelles » qui avaient précédé son prêche, encore moins l’Esani qui avait déployé autour de la dépouille des colonnes entières et multiples de glorification du mort.

Face à cette constante condescendance, il y a le silence résigné et inexplicable des tenants officiels de la tradition que sont les chefs de village. Il ne me semble pas que ce soit pour arborer de grands boubous cerclés de cauris, de s’orner de colliers dentées, de se coiffer de
plumes, d’être à la solde des « élites » et de se faire appeler « majesté » à tout vent qu’on est chef de village. Ce n’est pas pour venir subir des homélies d’humiliation de ce dont ils sont les garants et les légats qu’ils ont été élevés à la dignité de l’exécutif traditionnel. C’est pour
imposer, par leur simple présence, le respect de l’héritage reçu de nos ancêtres et fructifié par la progéniture. Une attaque publique de la tradition doit essuyer une contre-attaque publique et immédiate de celui qui en est le gardien. Le système religieux et le système traditionnel sont faits pour se compléter et non pour que l’un soit le permanent paillasson de l’autre. La tradition n’est pas un essuie-pied fait pour torcher le derrière de quelque autre ordre ou système que ce soit. Heureusement des prêtres camerounais de renom tels que Monseigneur Ndongmo, Baba Simon, Engelbert Mveng, Jean-Marc Ela, et bien d’autres ont prêché une évangélisation respectueuse de l’Afrique profonde et en accord avec Dieu.

Jean-Claude Awono

Commenter avec facebook

Tags
Afficher plus

Un commentaire

  1. Tu n’as qu’à t’en prendre aux organisateurs en premier pour avoir réservé un temps plus long au culte.
    J’apprécie votre grande ignorance en matière des questions religieuses. Le prêtre n’a pas pour vocation de contenter votre soif de promotion des pratiques traditionnelles. Et puisque vous avez de graves lacunes dans le domaine je me sens obligé de vous informer que l’inculturation n’est pas synonyme de confusion entre le christianisme et la tradition africaine. Lisez un peu, instruisez-vous,faites preuve de culture intellectuelle avant de poster des textes à la limites dépourvus d’intelligence. L’inculturation ne veut pas dire syncrétisme. Et le prêtre a le devoir, en meme temps qu’il prêche Jésus-Christ Christ, d’éveiller la conscience des gens sur les dangers que peuvent comporter nos traditions. Tout n’est pas à diaboliser et tout n’est pas à applaudir non plus. Pour finir, cher journaliste, apprenez à dépassionner vos textes. Écrivez sans parti pris. C’est ça un vrai journaliste.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer