Société

Cameroun – Massacre de Ngarbuh : Un chef traditionnel raconte

Nfor Mohammed, Fon de Ntumbaw dans l’arrondissement de Ndu, est l’unique témoin de la partie civile présent hier au tribunal militaire de Yaoundé. Selon cette autorité traditionnelle, les 21 personnes décédées suite au drame ont été inhumées dans quatre tombes.

Un sexagénaire habillé en tenue des peuples grassfield s’installe dans le box des témoins ce 17 juin 2021 au tribunal militaire de Yaoundé. Il est exactement 13h passées de 35 minutes, lorsque Nfor Mohammed, Fon de Ntumbaw, prononce la traditionnelle phrase, en levant la main droite : « Je jure de dire toute la vérité et rien que la vérité ». Il est venu expliquer ce qu’il sait du « massacre » survenu dans la nuit du 13 au 14 février 2020 à Ngarbuh, un quartier situé dans la localité de Ntumbaw. Cette autorité traditionnelle de 64 ans dit avoir bravé la peur malgré le contexte sécuritaire actuel pour se présenter devant la barre au nom de ses populations. Certaines victimes parmi ses administrés n’ont pas pu se déplacer faute d’argent de transport et les problèmes sécuritaires. Avant le début de l’interrogatoire du chef traditionnel, le tribunal a d’abord présenté les chefs d’accusations aux trois militaires poursuivis dans le cadre de cette affaire. Le sergent-chef Babaguida et ses collègues Sanding et Haranga Gilbert sont poursuivis pour violation de consigne, incendie et meurtre ayant causé la mort de plusieurs personnes parmi lesquelles les enfants et les femmes enceintes. Après la notification, des chefs d’accusation, ces trois prévenus ont décidé de plaider « non coupable ».
Après cette phase, Me Amungwa Tanyi, l’avocat des victimes de Ngarbuh, ouvre la phase de l’interrogatoire communément appelé « examination in chief ».

A la question « où étiez-vous cette nuit du 13 au 14 février 2020 et comment avez-vous appris l’incident de Ngarbuh ? » L’autorité traditionnelle répond : « Le 14 février 2020 dans la matinée, She Djaliai, l’un de mes collaborateurs, est venu m’informer de ce que les soldats ont tué mes administrés. C’était dans la nuit, je n’ai pas pu me déplacer car un chef traditionnel ne voit pas des cadavres. J’ai envoyé les gens faire les rites sur le lieu de l’incident et pour l’inhumation des dépouilles. Après les rites, je me suis rendu sur les lieux le 14 février 2020 accompagné du préfet du Donga Mantung et du sous-préfet de Ndu. Une fois sur les lieux, nous avons trouvé quatre tombes et plusieurs personnes étaient sur les lieux. Beaucoup de gens pleuraient car la scène était horrible. Les populations nous ont informés que ce sont les soldats qui ont tué ces gens. Les autorités administratives ont promis aux populations que l’Etat allait faire tout pour que la lumière soit faite sur cette affaire. Sur place, 21 personnes ont été identifiées parmi les décès enregistrés. Toutes ces personnes ont été inhumées dans les quatre tombes ».

Le Fon kidnappé

« Quelle était la situation sécuritaire à Ngarbuh avant l’incident ? Y avait-il les ambaboys parmi les personnes mortes ? Pourquoi n’avez-vous informé les autorités de la situation de votre localité ? »
« Un seul Ambaboy était parmi les personnes décédées. Je connaissais ce jeune qui s’appelait Seka. Je connais ses parents. Six maisons ont été incendiées, parmi ces domiciles brûlés, il y avait celui de Seka. Avant l’incident de février 2020, les ambaboys avaient l’habitude de procéder à certains actes comme le vol du bétail. Ils ont volé mon bétail. Mais ils n’avaient jamais tué quelqu’un à Ngarbuh. J’ai informé le sous-préfet de ce qui se passait dans ce village. Avant les évènements survenus à Ngarbuh, j’ai été victime d’un enlèvement de la part des ambaboys. C’est sept jours après que j’ai été libéré », ajoute le chef.

L’accusé Babaguida a pris la parole pour demander au chef traditionnel que lorsqu’il assurait la sécurité au domicile de l’autorité administrative, pourquoi ce dernier ne l’a pas informé que Séka était un ambaboy ? Sur cette préoccupation, l’autorité traditionnelle a reconnu que c’était une erreur de sa part. L’interrogatoire du Fon se poursuivait hier jusqu’à 17h.

Prince Nguimbous

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