Société

Cameroun : La fouille des portables, une nouvelle pratique policière à Yaoundé

Théodore Ndze, le directeur de publication du journal d’expression anglaise, The Voice, a passé quelques heures au commissariat du 5ème arrondissement de la ville dans la nuit du 13 au 14 juin 2021. Son téléphone a été « fouillé ». Un procédé devenu courant chez les policiers.

Théodore Ndze, directeur de publication du journal d’expression anglaise The Voice, a été interpellé, le 13 juin, au quartier Obili à Yaoundé. Il était assis avec deux de ses amis dans une buvette. « Les policiers m’ont reproché de porter une tenue vestimentaire semblable à celle des militaires. Ils m’ont fait monter à l’arrière d’un pick-up. Ils ont alors changé de version en m’expliquant que le haut de vêtement que je porte est le même que celui de certains séparatistes. Au commissariat, mon téléphone a été fouillé par les enquêteurs, qui cherchaient des images suspectes. J’ai été soupçonné d’être complice de certaines bandes criminelles», explique le directeur de la publication. Le Dp du journal The Voice a été libéré le 14 juin à une heure du matin. Auparavant, les enquêteurs ont pris soin de sauvegarder tous les paramètres de son identité en prenant sa photo, et ses empreintes digitales. Cette « intimidation » ne l’empêche pas de poursuivre normalement son travail. Mais, il tient à dénoncer le fait que « certaines personnes soupçonnées d’être complices avec les séparatistes sur la base d’aucune information fiable sont conduites dans les unités de police et de gendarmerie ».

Des fouilles illégales

La même « aventure » est arrivée, le 1er juin 2021, à Me Amungwa Tanyi, avocat au barreau du Cameroun. Il a été interpellé à la légion de gendarmerie du Centre à Yaoundé, alors qu’il assistait son client. Son téléphone a été fouillé avant d’être confisqué sous le prétexte que les enquêteurs ont découvert des images de propagande des sécessionnistes. L’avocat a été placé en garde à vue au secrétariat d’Etat à la défense chargé de la gendarmerie nationale pendant 10 jours. Il a été présenté devant le Commissaire du gouvernement du tribunal militaire de Yaoundé le 10 juin dernier. Me Amungwa Tanyi a été libéré sous garant, car les responsables du barreau ont pris l’engagement que leur confrère sera disposé à se présenter devant le tribunal à tout moment. Jusqu’à ce jour, le téléphone portable de l’avocat reste entre les mains des responsables du tribunal militaire.

Le traitement réservé le 13 juin dernier au directeur de publication du journal The Voice viole l’article 17 du Pacte international relatif aux droits civils et politique, lequel texte dispose : « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ».


Selon Me Hyppolite Meli, la violation d’une disposition légale par les agents de l’Etat peut entraîner des poursuites judiciaires dans les instances nationales et internationales afin que les victimes des abus obtiennent réparation.
Au commissariat du 5ème situé au quartier Ngoa-Ekelle à Yaoundé, un responsable affirme que l’opération conduite le 13 juin au quartier Obili était une opération normale. « Nous avons l’obligation de faire des patrouilles dans certaines zones de la ville en fonction de nos renseignements. Une fois que ces personnes ont été « exploitées », nous procédons immédiatement à leur libération », explique la source.


Jude Viban, le président de l’association des journalistes d’expression anglophone (Camasej), dénonce le fait qu’un citoyen interpellé sans motif passe plus de trois heures dans un commissariat. « Les policiers doivent respecter les droits des citoyens. Si un journaliste subit un tel traitement qu’en sera-t-il des autres citoyens qui ignorent souvent leurs droits », s’interroge Jude Viban.

Prince Nguimbous (Jade)

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