Cameroun : Les difficultés auxquelles le secteur du livre fait face

Des livres scolaires

La politique d’un livre par matière. La polémique sur les livres éducatifs a nécessité l’introduction de la politique d’un livre par matière dans le milieu scolaire au Cameroun.

Au préalable, l’ancienne politique proposait 3 ou 4 livres pour chaque discipline, et les autorités devraient choisir un pour leurs établissements. Ceux en faveur de la politique du livre unique ont souligné que, la mesure était destinée à interdire la vente des livres dans les écoles et réduire les dépenses des parents dans l’achat des livres. Quatre ans après l’introduction de cette politique, on constate que l’idée de réduire le prix des manuels scolaires était une stratégie conçue pour des intérêts personnels. L’ancienne politique basée sur le choix d’un livre parmi plusieurs encourageait la compétition et l’excellence. A l’époque, plusieurs livres étaient rédigés avec des contenus, designs, styles et prix variés. Les imprimeries locales avaient beaucoup de travail. Les illustrateurs se débrouillaient plutôt bien. Les écrivains et les éditeurs aussi. C’était une affaire florissante, créant des opportunités d’emploi aux libraires, aux distributeurs de livres et aux imprimeurs. 70% des livres étaient imprimés par des imprimeurs locaux.

Puis, une stratégie peu adéquate a vu le jour lorsque certains acteurs ont proposé au Premier ministre, une politique destructrice. Celle-ci a mené aux pertes d’emplois, à la fuite des capitaux (90% de livres sont maintenant imprimés en Asie), à des livres rédigés par des amateurs, à la baisse de la recherche individuelle, à l’interdiction des livrets d’activités, atlas, dictionnaires, et à une ingérence dans le système anglo-saxon, et cetera.

LE PRIX DES LIVRES SCOLAIRES.

Avec l’implémentation de la politique du livre unique, une nouvelle loi sur le prix a été imposée aux éditeurs sans considérer les règles du marché. Les livres qui se vendaient à 3500 Fcfa par exemple, sont maintenant vendus à 1800 Fcfa. Les conséquences de ces mauvaises politiques sont nombreuses :

Les éditeurs ayant les livres au programme ne peuvent plus avoir de bénéfices s’ils produisent localement. Ils font imprimer leurs livres en Asie où les prix d’impression sont relativement bas. Ceci a provoqué une faillite remarquable chez les éditeurs locaux et les licenciements des employés. Il y a aussi la fuite des capitaux puisque les grosses sommes d’argent sont expédiées à l’étranger pour les impressions.

Les libraires ont aussi été sérieusement touchés par la réduction des prix des livres. Les rabais sont réduits, diminuant la marge de profit. Plusieurs ont renvoyés leurs employés, d’autres ont fermé leurs structures parce qu’ils n’arrivaient plus à gérer les salaires, les locations et les taxes.

Face à l’augmentation des taxes douanières sur les papiers et les matériels d’impression, les maisons d’éditions locales rencontres beaucoup de difficultés. Ils sont obligés d’augmenter les prix des livres pour pouvoir compenser les dépenses de production.

LES LIVRES COMME OUTILS DE SAVOIR

Le conseil national d’agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques a mal compris son rôle de régulateur en matière de manuels scolaires et des livres. Il a instigué les forces de l’ordre à sanctionner toutes les personnes en possession des livres non autorisés. Plusieurs livres ont été saisis par les policiers et gendarmes. Les propriétaires ont récupéré leurs livres après des négociations.

LES CONSEQUENCES DE LA REPRESSION SUR LES LIVRES NON AUTORISES

Les parents, les élèves, les étudiants, les enseignants et le public en général pensent désormais que seuls les livres inscrits au programme sont les meilleurs.

Les parents ne voient plus la nécessité d’acheter les livres qui ne sont pas au programme pour leurs enfants. La culture de lecture est détruite irrémédiablement.
Les éditeurs ont peur de publier des livres qui seront saisis par les forces de maintien de l’ordre.

Les éditeurs ne voient aucun intérêt à publier des poèmes, des pièces de théâtre, des nouvelles, de la littérature biblique etc., pour l’éducation, l’enseignement, et le divertissement.

Il est très clair que le conseil national d’agrément des manuels scolaires veut limiter l’acquisition de connaissances, et cela signifie le non-respect des droits de l’homme.

L’INTERDICTION DES LIVRETS D’ACTIVITES ET D’AUTRES

Les partisans de la politique du livre unique sont naturellement imposants ; ils semblent être tout à fait contre l’idée de la décentralisation. Ils méprisent les autorités des établissements scolaires du pays. Ils méprisent les secrétariats d’éducation catholique, baptiste, protestant, etc. Ils imposent des livres aux conseils d’éducation des églises chrétiennes susmentionnées. Ils se sont mêlés avec le système d’éducation anglo-saxon en fusionnant la géographie et l’histoire en une matière (une imitation du système francophone). La politique du livre unique a interdit l’inclusion des livrets d’activités dans les écoles. Cela veut dire que les évaluations seront entravées car les livrets ne seront plus utilisés afin d’élargir des connaissances acquises. Dans plusieurs livres au programme, on voit trois ou quatre exercices après chaque module.

Tout enseignant sait que ces exercices ne sont pas assez pour garantir une bonne compréhension. Plus grave encore est l’interdiction des dictionnaires, atlas, livrets de vocabulaire et de son, et aussi, des livres d’arts et métiers, théâtre, musique (tous, non-inscrits dans la liste officielle). Mais, curieusement, les inspecteurs pédagogiques demandent aux enseignants de se ressourcer via internet ou de chercher les livres appropriés dans des librairies. Combien d’enseignants utilisent internet pour des recherches? Combien se rendent dans des librairies pour se procurer des manuels de référence ?

Scénarios incompréhensibles : Quelques inspecteurs pédagogiques sont allés fouiller les sacs des élèves dans plusieurs établissements scolaires. Nous nous demandons si cela est conforme à la loi. La fouille avait pour objectif de chercher les livrets, dictionnaires, atlas, etc., et bien-sûr, sanctionner les écoles qui prescrivent de tels livres. De sur quoi, ils refusent de remplir le livre des visiteurs. Le conseil national de manuel scolaire doit revoir son mode de fonctionnement.

LES COUTS DES MANUELS SCOLAIRES ET LES FRAIS DE SCOLARITE

Le prétexte de venir en aide aux parents en faisant une réduction sur le prix des livres est un rêve. Si cela était une stratégie valable, quelles sont les mesures prises contre les écarts de scolarités entre différentes écoles ? Il y a des écoles qui prennent comme scolarité 500 000frs et d’autres 40 000frs. Qu’est-ce qui a été fait pour harmoniser cela ? Les parents ont-ils les mêmes moyens ? Pourquoi s’en prendre à des parents aisés qui peuvent se permettre d’acheter les outils pédagogiques nécessaires à leurs enfants ? Plusieurs pays ont répondu à cette préoccupation en subventionnant l’industrie du livre. Les institutions bénévoles internationales assistent dans ce domaine, mais il faut s’assurer qu’elles n’imposent pas leur propre agenda à la politique d’un pays. En outre, l’exonération de taxes et de droits de douane sur l’importation du papier et autres matériaux d’impression sont des méthodes utilisées par plusieurs pays comme solution à ce problème. Pourquoi mettons-nous en place de vielles politiques du livre destinées à détruire les fondements de l’éducation de tout un pays ?

L’EVALUATION DU LIVRE

Le processus d’évaluation des livres est marqué par des pratiques incohérentes :
Manque de consultants qualifiés : La plupart de ceux à la tête du conseil sont des professeurs d’universités. Ils ne sont pas aptes pour gérer le secteur de l’éducation de base parce qu’ils manquent de connaissance sur la pédagogie à ce niveau. Ils collaborent parfois avec les inspecteurs de l’éducation de base, mais la collaboration est celle d’un chef et son serviteur ou le chef parle et le serviteur se contente d’écouter. La relation entre ces enseignants d’université sont et les éditeurs, les écrivains et les vendeurs de livres n’est pas toujours la meilleure. Les séances d’évaluations des livres doivent être faites en la présence des parents, enseignants, éditeurs et écrivains.
Plusieurs livres au programme sont contestés par leurs utilisateurs : enseignants, élèves et chercheurs. Les raisons de ces contestations sont variées : les livres ne répondent pas aux exigences de leurs utilisateurs ; ils ne sont pas conformes aux exigences des curricula ; ils manquent de profondeur ; leur contenu est insuffisant ; les éditeurs utilisent des illustrations colorées pour camoufler les évaluateurs, etc. Ainsi, l’utilisateur n’est pas en mesure de se procurer un autre livre pour peur d’enfreindre la loi. Les enseignants ne cessent de se plaindre des livres démérités inscrits au programme. Les exemples abondent : des livres de littératures mal illustrées, des livres pleins de fautes de grammaire et d’orthographe etc.

LES MEMBRES DU CONSEIL

C’est ici que l’on voit clairement que le conseil national du livre au Cameroun ne joue pas pleinement son rôle. La plupart des membres sont les auteurs. Ils sont juges et parties. Et cela explique pourquoi les maisons d’édition peu connues et nouvellement créées prospèrent au détriment de celles plus expérimentées et anciennes. Certaines fonctionnent à peine 3 ans et ont déjà six livres ou plus sur la liste officielle.

Kingsley Abeng (acteur de société civile)

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