Politique

Cameroun : Les députés et la Conac accordent leurs violons contre la corruption

Hier jeudi 8 avril lors de la séance plénière spéciale, Dieudonné Massi Gams, le patron de la Commission nationale anti-corruption, en exposant à la représentation nationale ses avancées et ses attentes dans la lutte contre la corruption, a reçu une batterie de propositions.

L’exposé du Dr Massi Gams sur la longue lutte du Cameroun contre la corruption n’aura pas convaincu entièrement les élus du peuple qui n’ont pas tardé à monter au créneau. Si dans l’ensemble on a noté un satisfecit lié à l’action de l’homme de Dieu à la tête de cette institution, les propositions multiformes et variées sont inventoriées de la onzaine de questions et de suggestions adressées au patron de la Conac.

Pour une fois, on a constaté une convergence des préoccupations des députés pour que le Cameroun se départisse de cette image mondialement écornée par la corruption, au mépris des considérations politiques partisanes. Que ce soit l’Udc, le Pcrn, le Fsnc, le Sdf et le Rdpc tous les partis ont fait montre d’un militantisme sans nul pareil pour le Cameroun avant tout. Les résolutions adoptées par la plénière spéciale se distinguent en trois parties. Au niveau de la mise en œuvre de la stratégie nationale contre la corruption, il y a lieu d’adopter les différentes mesures qui suivent. En premier lieu, il faut mettre en place au sein de chaque administration des cellules indépendantes et opérationnelles de la lutte contre la corruption.

En deuxième lieu, il faut évaluer régulièrement les stratégies de lutte contre la corruption et déployer les mécanismes dissuasion. En troisième place, il est recommandé de mettre en œuvre le mécanisme de confiscation des biens mal acquis et de recouvrement des avoirs illicites à titre préventif et définitif. Les députés ont aussi suggéré la mise en place de mesures incitatives pour la dénonciation des cas de corruption et de blanchiment des capitaux et adopter un mécanisme de protection des lanceurs d’alerte. En cinquième lieu, il est recommandé de mettre en place une véritable synergie de collaboration au-delà du numéro vert entre les services de la Conac et les populations aux fins de faire de la lutte contre la corruption un devoir citoyen à travers les sensibilisations, les transformations, les encouragements de toutes natures. En sixième lieu, la représentation nationale a estimé qu’il faut introduire les modules de lutte contre la corruption dans les curricula pédagogiques à partir du cycle primaire. Les députés suggèrent aussi d’identifier les milieux administratifs qui favorisent la corruption et de procéder à une simplification des mesures administratives, voire à leur dématérialisation. Par la suite, les élus du peuple recommandent de promouvoir la probité, l’éthique et la déontologie dans la gestion des affaires publiques et au sein des administrations privées, entre autres.

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Renforcer les compétences de la Conac

A ce niveau, les députés recommandent de mettre en application de manière effective les dispositions de l’article 66 de la constitution sur la déclaration des biens. Par la suite, ils jugent nécessaire d’introduire dans le corpus législatif, l’enrichissement illicite qui a l’avantage de mettre la preuve des biens mal acquis à l’accusé et non à l’accusation. Il est aussi ici suggéré de renforcer les compétences de la Conac avec entre autres l’élargissement de son champ d’action au secteur privé avec la possibilité de saisir les instances judiciaires suite aux constatations. Enfin sur ce chapitre législatif, il est préconisé de finaliser le projet de texte sur la lutte contre la corruption et le déposer au parlement. Sur le plan administratif, il y a lieu d’élaborer une nomenclature des actes de corruption donnant lieu à des sanctions administratives sur le plan de la carrière sans préjudice des sanctions disciplinaires et de poursuites judiciaires et prendre un texte réglementaire à cet effet.

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La corruption, un mal national

Personne n’est satisfait de la manière dont la corruption est combattue au Cameroun. Le président de la République qui seul juge de l’opportunité des poursuites pour des cas avérés, saura-t-il écouter les suggestions du peuple? A quand le vote d’une loi contre la corruption au Cameroun ? A quand la Conac aura-t-elle la possibilité de saisir les juridictions pour poursuivre les délinquants suite aux dérives constatées face aux bonnes mœurs et bonnes pratiques? Ces questions viennent heurter le volontarisme politique affiché des autorités camerounaises dans la lutte contre la corruption. De manière générale, on note une stagnation, un piétinement des résultats dans la lutte contre l’hydre. En 2019 par exemple, le Cameroun était classé 153/180 pays, et en 2020, 143/180. Le Cameroun n’est donc pas encore sorti de l’auberge.

En dépit d’une pléthore de stratégies prises, et des institutions telles que l’Anif, la Cour des comptes, le Consupe, le Tcs et les autres, le mal est rampant et fait des ravages énormes. Doit-on remplir les prisons de tous les Camerounais ? C’est une préoccupation politique que les autorités devraient prendre en compte pour juguler le mal. La voix des députés devrait retentir comme un appel du peuple au pouvoir camerounais de changer le tir! Cela est-il compris de la sorte ? La session parlementaire de juin donnera de voir ce qui a changé dans le sens de fluidifier la lutte dans cette floraison de mécanismes qui se neutralisent plus qu’ils ne pointent de résultats probants.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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