Politique

Cameroun: Les chefs traditionnels durcissent le ton contre le régime

Un message viral circulant sur la toile fait état de ce que le ministre des Travaux publics et chef de la délégation permanente du comité central pour les Bamboutos, Emmanuel Nganou Djoumessi entend briser la dynamique de ce regroupement qui dénonçait le 27 novembre dernier, les maux qui minent le Cameroun.

Le chef du groupement Bamendjo dans le département des Bamboutos et président du cercle des chefs traditionnels de l’Ouest, Maurice Tchio, est formel : « Leurs majestés, chefs traditionnels de l’Ouest ont dit ce qu’ils ont observé et il faut que cela soit clair. C’était leur manière d’apporter leurs contributions à l’édifice de notre pays. Nous avons fait des suggestions à l’intention des décideurs, je crois que jusqu’à présent personne d’entre nous ou alors le cercle des chefs traditionnels n’a pas reçu le ministre Emanuel Nganou Djoumessi pour se raviser. Nous sommes cohérents, solidaires. Le ministre Nganou est notre fils et ce n’est pas parce que nous avons commis cette déclaration que l’on va penser que nous n’allons plus nous rencontrer. Nous pouvons nous retrouver pour échanger sur des questions qui nous concernent. » Et d’achever : « Quand des gens peuvent déjà imaginer l’objet de notre conversation si à jamais nous sommes ensemble, c’est faire un procès d’intention. Jusqu’à présent vous n’avez entendu aucune proclamation-ni de lui ou de nous-qui est contraire à notre déclaration du 27 novembre 2020. Ce que nous avons fait, en tant que pères, n’a été qu’une observation par rapport aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Toute chose qui permettra au gouvernement de sauver la barque afin que la paix revienne. Nous campons sur notre position.» Cette posture du patriarche est l’expression de sa réaction par rapport à « un message viral» qui circule sur les réseaux sociaux et fait état de ce que : « Le ministre des travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, chef de la délégation permanente du comité central du Rdpc pour les Bamboutos a réuni cette nuit du 29 au 30 novembre à Yaoundé, les leaders des chefs traditionnels de l’Ouest dont les chefs Bamendjo, Baleveng, Fotouni, Bayagam pour tordre le cou à leur mémorandum et les amener par la corruption à se dédire dans une lettre qu’il aura préalablement écrite. (…) Il s’agit d’un signe de panique qui envahit les milieux du pouvoir à la vue de l’accueil chaleureux et populaire que cette sortie des gardiens de nos traditions a suscité dans tous les milieux du pays. Il faut dénoncer cette basse manœuvre obscurantiste partout où besoin sera, de la façon la plus véhémente. Car la liberté d’un peuple n’a pas de prix.»

Crise anglophone

Dans les rangs de l’opinion, nombre de ceux qui ont accueilli avec considération cette déclaration, sont d’avis : « Les Fo’o de l’Ouest ont parlé. C’est la voix de la sagesse, c’est la voie. Ils ont enfin réagi là où, le seul pionnier camerounais, même, avait été sans conteste le patriarche, Sokoudjou Jean Rameau, roi des Bamendjou.» Il s’est agi d’une sortie, fort, interpellatrice de ces monarques sur les sujets brûlants de l’heure dont : l’alternance politique, le déclin de l’économie, la corruption, le Covid-19, l’inertie des décideurs, la guerre dans les régions dites anglophones et l’absence d’un dialogue inclusif. Et les nombreux défis à relever dans le pays. Cette posture amplement médiatisée a provoqué, comme, une onde de choc dans le pays. Car, venant des gens qui ont longtemps brillé par leur loyalisme et conformisme par rapport aux dérives de l’Etat. Le président du Nouveau mouvement populaire (Nmp), André Banda Kani estime que dans la contribution des patriarches, il y a des aspects à agréer, notamment, des innovations dont la « notion des villages autonomes » qu’ils ont apportées sur la conception de la décentralisation. Au niveau du Nmp, « nous réfléchissons à cela et nous ne sommes pas loin d’une telle démarche, originale ».

Le leader du Nmp soutient que pour le reste des problèmes soulevés, ils ont eu une conception étriquée. « Les monarques font comme si le Cameroun n’est pas aux prises avec les dynamiques globales qui influencent le monde. Ils circonscrivent les crises du Cameroun comme si elles sont purement endogènes, internes, en mettant de côté la grande ascendance qu’exerce l’extérieur sur nos problèmes, singulièrement, économique. Leurs propositions vont dans le sens de la bonne gouvernance qui est une escroquerie internationale qui vise à légitimer le fait que nos Etats à la périphérie de l’économie mondiale avec tout ce que cela comporte, » dit-il. André Banda Kani renchérit que sur la question du Corona Virus, en tant que projet géopolitique porté par les illuminatis, les élites globalisées et qui vise à transhumaniser la terre,(c’est-à-dire, vacciner les peuples pour changer leur Adn), les Fo’o ont gardé un silence effarant et c’est très grave. Etant donné que leurs populations constituent la principale cible.
En ce qui concerne la crise sécuritaire dans le Noso, ils font croire que le Cameroun a choisi l’option militaire alors que tel n’est pas le cas si l’on s’en réfère au cas de l’Ethiopie qui, contre le Tigré, déploie sur le terrain des hostilités son armada militaire. Au Cameroun, il ya un maintien de l’ordre de haut niveau, sans solution militaire. « Comment peuvent-ils reprendre le discours des impérialistes qui réclament un dialogue entre le Cameroun et sa diaspora,sous le prisme d’un médiateur international pour le règlement de cette crise ? Mesurent-ils la gravité de leurs propos ? Es-ce à dire que le Cameroun est incapable de gérer ses problèmes ? » S’interroge,désolé, le N°1 du Nmp.

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Alternance au sommet de l’Etat

André Banda Kani renchérit, somme toute, que pour ce qui est de l’alternance politique au sommet de l’Etat, « ces chefs ont-ils honte » des systèmes politiques africains ? Ces systèmes sont-ils basés sur des modèles occidentaux ? S’ils pensent que le Cameroun doit organiser l’alternance au niveau de la présidence de la république, que cela soit valable aussi au niveau de la chefferie traditionnelle : que l’on commence à élire les chefs au suffrage universel avec un mandat, limité, de 5 ans. « Je suis ahuri de constater qu’il y a des chefs qui ne valorisent pas notre héritage politique, notre conception » constitutionnelle du pouvoir. Le sultan, roi des Bamoun a fait pareil lors du grand dialogue national quand il a célébré les systèmes politiques occidentaux, en méprisant les systèmes politiques qui les permettent rayonner comme chef.

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Filbert AZAP NDONGO

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