Cameroun : Le plan secret de Biya pour verrouiller la présidentielle 2025 !

Paul Biya

À un an de l’élection présidentielle au Cameroun, les stratèges de Paul Biya fourbissent leurs armes en coulisses. Selon des informations exclusives obtenues par 237online.com, la présidence plancherait sur une réforme du code électoral visant à durcir les conditions d’éligibilité à la magistrature suprême. Une manœuvre qui pourrait écarter de la course des opposants de poids comme Maurice Kamto et Cabral Libii, sonnant le glas du pluralisme démocratique dans le pays.

Un conseil de guerre électoral au palais d’Etoudi

C’est un véritable conseil de guerre qui s’est tenu en mars dernier au palais de l’Unité, à Etoudi. Sous la houlette de Ferdinand Ngoh Ngoh, le tout-puissant secrétaire général de la présidence, les caciques du régime ont planché sur une contre-offensive légale pour verrouiller le prochain scrutin présidentiel. Autour de la table, des poids lourds comme Luc Sindjoun, conseiller spécial de Paul Biya, Jean Nkuete, patron du parti au pouvoir (RDPC), ou encore Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale.

L’objectif : couper l’herbe sous le pied de l’opposition, qui réclame depuis des mois une réforme consensuelle du processus électoral. En août dernier, une coalition de 15 organisations de la société civile et 7 partis d’opposition avait transmis à la présidence un projet d’amendement du code électoral, fort d’une centaine de propositions. Parmi elles : rendre le vote obligatoire, abaisser la majorité électorale à 18 ans ou encore augmenter le nombre de députés à l’Assemblée.

Le piège des parrainages obligatoires

Mais les stratèges du palais ont décidé de prendre l’opposition à son propre piège. Tout en feignant d’accéder à ses demandes de réforme, ils envisagent d’y glisser des dispositions taillées sur mesure pour écarter les candidats gênants. La plus redoutable : conditionner toute candidature à la présidentielle à l’investiture d’un parti représenté au Parlement, ou à défaut, au parrainage d’au moins 300 personnalités issues des 10 régions du pays (élus locaux, chefs traditionnels…).

Un véritable couperet pour des opposants comme Maurice Kamto, leader du MRC, qui avait boycotté les dernières élections législatives et locales. Faute de députés ou de maires, il serait contraint de passer sous les fourches caudines du parrainage, un véritable chemin de croix dans un pays cadenassé par le parti au pouvoir. Même Cabral Libii, pourtant député, pourrait se voir écarter sur un mot d’Atanga Nji, l’arbitre partial d’un conflit interne à son parti.

Le spectre d’une présidentielle jouée d’avance

En filigrane se dessine le spectre d’une présidentielle 2025 jouée d’avance, où Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, n’aurait face à lui que des candidats fantoches triés sur le volet. Un scénario cauchemardesque pour tous ceux qui rêvent encore d’une alternance pacifique et démocratique au sommet de l’État.

Car en muselant ainsi ses opposants les plus sérieux, le régime Biya franchirait un nouveau cap dans le verrouillage du jeu politique. Après avoir asphyxié la société civile, muselé la presse indépendante et criminalisé la contestation, il s’attaque désormais au dernier bastion de la démocratie : le pluralisme électoral. Un bien triste épilogue pour un pays qui se targuait jadis d’être un havre de stabilité en Afrique centrale.

Contactés par le magazine Jeune Afrique, les principaux opposants visés par cette réforme, de Maurice Kamto à Cabral Libii en passant par Joshua Osih du SDF, se refusent pour l’heure à tout commentaire. Tous attendent de voir si ce projet liberticide sera bel et bien déposé à l’Assemblée, où la majorité mécanique du RDPC ne fait guère de doute. Mais en coulisses, c’est la consternation qui domine. « Si cette loi passe, c’est la mort de la démocratie camerounaise », confie sous couvert d’anonymat un cadre de l’opposition. Le Cameroun de Paul Biya est-il prêt à franchir ce Rubicon ? Réponse dans les prochains mois.

Par Sonia Eteme pour 237online.com

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