Politique

Cameroun: La Russie pourra-t-elle sauver Paul Biya ?

Dans l’ambition de rattraper leur retard au Cameroun, les officiels russes se fendent de déclarations qui confortent « l’inamovible » régime de Yaoundé.

Il s’agit des propos d’un diplomate russe « offensif » qui ont retenti à Yaoundé, mercredi 4 février. Et le lieu choisi pour la déclaration est symbolique : le ministère des Relations extérieures (Minrex), haut lieu de la diplomatie camerounaise. L’ambassadeur du Kremlin à Yaoundé, Anatoliy Gennadrevitch Bashkinea déclaré face à la presse : « Nous sommes toujours contre l’ingérence en principe dans les affaires des autres pays indépendants, et nous sommes sûrs que le gouvernement, les dirigeants de ce pays, pourront trouver les possibilités de régler… leurs problèmes internes par eux-mêmes ».

Le diplomate russe sortait d’une audience que lui a accordée le ministre des Relations extérieures Lejeune Mbella Mbella. Les deux hommes ont fait le tour de la coopération entre les deux pays et ont évoqué quelques sujets d’actualité. Notamment la situation sociopolitique qui devient inquiétante dans les régions du Nord-Ouest et au Sud-Ouest. Selon le diplomate russe, «le gouvernement et le président (Paul Biya Ndlr)…, ont fait un grand effort, de grands pas positifs, dans la résolution de la situation de crise dans ces régions ». Despropos, abondamment relayés par la presse nationale et sur les réseaux sociaux, ont provoqué un torrent de réactions. D’un côté, les pourfendeurs du pouvoir de Yaoundé qui l’accusent de tuerie dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et de non-respect des droits de l’homme. De l’autre, ceux qui dénoncent la tentative de « déstabilisation du Cameroun ».

France et Etats-Unis gardent la main Bien sûr, les propos de l’ambassadeur russe à Yaoundé font mouche auprès de l’auditoire camerounais. Dans les
allées du palais d’Etoudi, on salue la force, les convictions et l’engagement du pays de Vladimir Poutine. On admire ce pays qui a les moyens de s’opposer aux Occidentaux et qui n’hésite pas à le faire. La sortie du diplomate russe devant la presse camerounaise est donc un show efficace, qui permet au Kremlin de se mettre en avant, tout en facilitant la tâche des grands groupes russes désireux d’investir le Cameroun.D’ailleurs, le 6 février dernier, une délégation de responsables de l’opérateur pétrolier russe Lukoil a été reçue en audience par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba. D’après nos sources, l’entreprise pétrolière était venue poursuivre des discussions entamées en octobre 2019 lors du Sommet de Sotchi, au sujet de la réhabilitation de la Société nationale de raffinage (Sonara). Les autorités camerounaises avaient annoncé avoir trouvé un terrain d’entente avec de grands groupes pétro-gaziers russes.

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Mais un fait reste constant, c’est le fossé qui existe entre les déclarations enthousiastes et la réalité de la présence russe dans le pays, qui demeure limitée. La Russie a beau se déployer pour être présent au Cameroun face à ses rivaux (français et américains notamment), elle demeure pour l’instant un acteur de second ordre, un état de fait qu’aucune déclaration, aussi bien fût-elle, ne peut faire oublier. Le Cameroun le sait et est
conscient qu’il a tout intérêt à ne se fermer aucune porte. Il pourrait même finir par tirer avantage de ces rivalités.

Ahmed MBALA

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