Société

Cameroun: La mort au chevet des insuffisants rénaux

Depuis plus de 10 ans, leur prise en charge reste inadéquate et onéreuse, malgré la subvention des soins par le gouvernement.

Les coupures d’eau et d’énergie électrique, les pannes des machines déjà en nombre très insuffisant et la pénurie en kits de dialyse constituent le lot permanemment de ces malades. La 33ème édition de la Journée mondiale de lutte contre le Sida s’est célébrée le mardi 1er décembre 2020 au Cameroun. Cette célébration a été entachée par la manifestation des insuffisants rénaux du Centre d’hémodialyse de l’Hôpital régional de Maroua, dans la région de l’extrême-Nord. « Ça fait plus d’un mois que les malades de l’insuffisance rénale n’ont plus de séances d’hémodialyse juste parce que, le centre de traitement d’eau de l’Hôpital régional de Maroua est en panne. Jusqu’à date, rien n’a été fait pour remédier à la situation ; personne n’est aussi venu vers nous pour nous expliquer ; ni pour nous calmer ; encore moins pour nous proposer des solutions. C’est ce qui nous amène à manifester ce sentiment de détresse aujourd’hui. Nous avons besoin des soins, comme tous les autres Camerounais », dénonce le porte-parole des manifestants. Les malades sont obligés de parcourir 209 km pour aller faire une séance d’hémodialyse à Garoua, dans la région du Nord avec tous les risques et le mauvais état des routes. « Ça c’est la mort. Depuis un mois, les machines ne fonctionnent pas. Il faut aller à Garoua. Vu la distance et le manque de moyens, si rien n’est fait, je crois que comme je l’ai dit tantôt, c’est la mort qui nous guette », laisse entendre Njili, une patiente de la ville de Maroua. Le Directeur de l’Hôpital régional de Maroua est descendu sur le lieu pour échanger avec les malades, en promettant les travaux de réparation de ces machines. « Nous avons eu un problème avec la salle d’eau et il y a eu des techniciens qui sont venus. Ils ont essayé de remettre en service les équipements qui ne marchaient pas. Nous avons fait une commande de pièces et le technicien est revenu au Cameroun avec les pièces. Les travaux sont sensés reprendre d’ici 24 à 48 heures », rassure le Dr. Gérard Fetse Tama. En attendant, il faut braver tous les obstacles pour quitter Maroua pour Garoua. Pire encore, pour ceux qui ont les séances de deux fois par semaine.

Population exposée aux pesticides

Selon un néphrologue du Centre d’hémodialyse de Maroua (Chm), trois hypothèses peuvent justifier cet état des choses. « Premièrement, c’est une région qui a une forte population exposée aux pesticides (la Semry, les champs de la Sodecoton). Deuxièmement, nous avons une forte prévalence de la schistosomiase dans le département du Mayo-Danay », explique-t-il. Et ce dernier de conclure que : « La troisième pour laquelle je ne vais pas m’aventurer, c’est peut être que la teneur en eau de cette région est forte en plomb; et le plomb est connu pour causer à long terme un des lésions intestinales rénales qui donnent les insuffisances rénales. Il faut beaucoup d’examens pour pouvoir confirmer ces hypothèses », dit-il.
Il y’a deux ans, la communauté musulmane de cette ville avait envoyé une missive au prédécesseur de l’actuel Minsanté. Elle disait son inquiétude et déplorait le décès de 19 de ses « fils et filles » morts d’insuffisance rénale. « L’insuffisance rénale fait des ravages dans notre cité. Plusieurs personnes sont passées de vie à trépas, emportées par cette pathologie », écrivait-elle, après la mort du 19ème malade, décédé au retour d’une cure de dialyse à Maroua.

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Concrètement, la démarche des dignitaires musulmans de Yagoua était un plaidoyer pour la construction d’un centre d’hémodialyse à Yagoua. Mais visiblement l’Etat se presse lentement pour la réalisation de ce projet au détriment des populations. D’après des sources officielles, une séance normale de dialyse coûte 60 000 Fcfa. « Il faut en faire trois par semaine pour un niveau normal. Si nous maintenons ce prix, nombreux sont ceux qui n’iront plus se faire dialyser », explique Manaouda Malachie aux députés. Voilà pourquoi le gouvernement supporte 55 000 Fcfa et le patient paie juste 5 000 Fcfa. « On est en train de mener une étude qui pourrait amener le patient à ne plus débourser de l’argent à l’avenir », fait-il savoir. Il préconise par ailleurs la transplantation d’organe comme solution définitive à ce mal social. « La solution définitive est certes de dépister et regarder les causes mais ça sera par la transplantation d’organe », pense le Minsanté. Le Cameroun n’autorisant pas encore les greffes d’organes, un texte est en cours d’élaboration à cet effet, confie-t-on au sein de ce département ministériel. Ce projet de loi sera soumis pour appréciation devant la représentation nationale au moment opportun. Pour mémoire, l’insuffisance rénale coûte 4,1 milliards de Fcfa au budget du Minsanté.

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Elvis Serge NSAA

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