Cameroun – Kribi: La colère des instituteurs

Les enseignants ont assiégé le cabinet du sénateur Mba Mba.Ils étaient une centaine le 5 mai dernier qui ont sollicité l’intervention de cette autorité.
Le 2ème programme de contractualisation des instituteurs de l’enseignement général au ministère de l’Education de base (Minédub) fait des mécontents dans le département de l’Océan. Les listes des noms retenus de la première opération au titre de l’exercice 2014 ont été publiées il y a quelques jours. A Kribi, le chef-lieu du département de l’Océan, elles ont été affichées très tôt le 5 mai dernier au matin au babillard de la délégation départementale du Minédub.
Sur ce tableau départemental, 58 noms sont retenus suivant une répartition non équilibrée : 4 noms pour l’arrondissement d’Akom 2, six pour Bipindi ; quatre pour Campo, 11 pour Lolodorf, 18 pour Mvengue, 12 pour Niété et un seul nom pour l’arrondissement de Kribi 2ème et aucun pour celui de Kribi 1er. Les chiffres sus-mentionnés ont été contestés par beaucoup d’instituteurs. En début 2014, plus de 300 parmi eux, titulaires d’un Certificat d’aptitude pédagogique d’instituteurs de l’enseignement maternel et primaire (Capiemp) et promotionnaires de 2009, 2010 et 2011 avaient constitué des dossiers de contractualisation. En septembre 2014, plus d’une centaine qui faisaient du volontariat dans les écoles privées ont été appelés par l’Etat et affectés dans les établissements des zones périphériques avec l’assurance d’une intégration dans un proche avenir. Or aujourd’hui, 58 noms seulement, la plupart étant promotionnaires de 2012 sont en vedette ; d’où le courroux des promotions plus anciennes : «Nous sommes très mécontents, nous sommes en service depuis six ans pour les uns, quatre pour les autres. Et la liste qui paraît ne tient pas compte de nous. C’est les noms des jeunes promotionnaires qui sont à l’affiche, c’est une injustice !» Tonne Placide Etoung Mbida, enseignant à l’école publique de Bouanjo à Campo, et promotionnaire de 2009.

Stigmatisation
A 10h et demie, le 5 mai dernier, 103 maîtres des parents en colère se sont rués vers le cabinet du sénateur Grégoire Mba Mba pour exprimer leurs sentiments à l’élu du peuple, afin que celui-ci porte plus haut le problème. Pendant plusieurs heures, ils ont assiégé les lieux. La raison véritable de leur courroux, c’est la «stigmatisation» de la ville de Kribi. Un seul maître pour les deux arrondissements. Abossolo Anne Edwige, promotionnaire de 2011 et enseignante à l’école publique de Bume peste : «Vous voyez, Kribi 1er est néant ! Est-ce que c’est normal ? Nous sommes plus de 75 à être mis en service, mais pas un seul n’a été intégré. Moi je suis très fâchée ! Le sénateur doit voir ça si non nous on va grever !» Tonne-t-elle.
Au niveau de la délégation départementale de l’éducation de base, le délégué Joseph Nzameyo semble impuissant face au problème: « vraiment cela n’est pas de ma compétence. C’est un sujet sensible. Je ne peux rien dire par crainte de représailles de ma hiérarchie», s’est-il contenté de dire. Or, de source bien introduite dans cette délégation, les dossiers avaient été sélectionnés d’abord par les sous-préfets d’arrondissement, présidents des commissions, ensuite par le gouverneur du Sud qui à son tour a acheminé les listes au secrétariat des services centraux de l’éducation de base.
Seul le ministre sait sur quels critères il s’est basé pour sortir les listes définitives. Encore que parmi les noms retenus dans l’Océan, il y en a qui sont fictifs, ceux-là même qui n’ont pas constitué de dossiers. «Tripatouillages !» Crie Ecko Ecko Jean, enseignant à l’école publique d’Elog-batindi. «Il y a trois noms parmi ceux retenus dans mon arrondissement ; moi je ne les ai jamais vus ! Je connais tous les maîtres des parents qui sont dans cet arrondissement c’est la fraude», ajoute-t-il. Quant à la contractualisation d’un seul maître pour les deux arrondissements de Kribi, une autre source à la délégation explique que le ministère considère Kribi comme une ville au même titre que Yaoundé ou Douala. Les maîtres de parents ne sont pas censés être en zone urbaine, plutôt en zone périphérique.
C’est la raison pour laquelle Mvengue et Lolodorf ont été privilégiés au détriment du chef-lieu du département. Mais cela n’irrite pas moins Joseph Nzameyo, délégué départemental de l’éducation de base, qui s’offusque du fait que son département connaisse un nombre insuffisant d’enseignants et que Kribi soit ainsi lésé alors que l’éducation y est comme parsemée de lacunes.

Lazare Kingué (Cp)

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