Politique

Cameroun – Jean de Dieu MOMO : L’opposant récompensé

Il était partisan de l’opposition radicale. Il est devenu ministre de Paul Biya. Attaqué par ses anciens amis, il jure travailler pour le pays.

Le 4 janvier 2019, Paul Biya réaménage son gouvernement. Il confie à Jean de Dieu Momo, président du Paddec, le poste de ministre délégué auprès du ministre de la Justice. Simple fonction honorifique, destinée à récompenser le soutien de l’intéressé lors de la présidentielle de 2018 ? Le fringant nouveau ministre répond : « Je n’ai pas été nommé parce que j’ai gagné une élection, j’ai été nommé parce que j’ai soutenu le chef de l’Etat pendant la présidentielle de 2018 ». Voilà qui est dit. Ministre, il ne s’y attendait pas. Et il lui a fallu du temps pour s’en accommoder.

Le 16 janvier 2019,au palais présidentiel d’Etoudi, se tient le premier conseil ministériel depuis le réaménagement gouvernemental du 4 janvier. Jean de Dieu Momoa le regard sombre et la mâchoire contractée, dissimule mal son trouble derrière un sourire indéfinissable. À la table du Conseil des ministres, il est reconnaissable à sa sempiternelle cravate rouge et impressionné lorsque le locataire du palais présidentiel rentre dans la salle. « J’étais heureux et je disais : voici donc les gens qui construisent ce pays », déclare dans un fond de sourire, le président du Paddec. Et puis, ajoute-t-il, « j’ai senti le poids énorme de la responsabilité qui pèse sur mes épaules. » Une responsabilité qui renvoie à l’exercice de ses nouvelles fonctions, qu’il accepte difficilement d’en parler lorsqu’on évoque son bilan.

Momo, « pauvre » ?

Au cours d’un échange dans une émission télévisée dominicale, Jean De Dieu Momo n’a pas digéré le fait que Me Michelle Ndocki, cadre du Mrc, l’interroge sur sa contribution dans le domaine des droits de l’homme en tant que ministre, et surtout lorsqu’elle a évoqué que l’opposant d’hier a renoncé à ses convictions pour obtenir un poste ministériel au sein du gouvernement. « Je n’étais pas un pauvre clochard qui a été nommé ministre. Si vous voulez taire mes combats pour la justice, pour l’équité dans ce pays, pour les Droits de l’homme, libre à vous de les ignorez. L’histoire sait ce que j’ai fait, et le président Paul Biya aussi sait ce que j’ai fait dans ce chapitre. Mais vouloir me réduire à un mendiant qui accepte un poste ministériel pour renoncer à ses convictions, vous colportez les propos abjects que j’entends la populace trainer dans les réseaux sociaux », s’est lâché Jean de Dieu Momo.

Mais qu’est ce qui a changé sur la personne de l’avocat Momo depuis qu’il est membre du gouvernement ? « Avant je n’avais pas de voiture, de chauffeur, encore moins de garde du corps. Aujourd’hui, mon rang de ministre m’a permis d’avoir tout ça », explique-il. À 60 ans, le natif de Bafou à l’Ouest du pays, est en effet un fin navigateur du marigot politique camerounais. « Par opportunisme, il se faisait passer pour un membre de l’opposition au sein de laquelle il appelait Paul Biya et son régime de tous les noms. Mais dès qu’il a eu faim, M. Biya est devenu le plus grand bâtisseur », persifle un habitué du sérail.

Notons tout de même qu’à peine installé dans ses fonctions de ministre délégué, Jean de Dieu Momo trouve un dossier chaud sur la table. Les robes noires sont en première ligne face au pouvoir au grand dam du barreau, qui cherche à tempérer leurs ardeurs. Dans l’examen des voies de sorties de crise, le ministre délégué à la Justice demande aux avocats de « retourner à leur place » dans les tribunaux, arguant du fait que le gouvernement assure avoir apporté des solutions à leurs revendications. « Le barreau ne devrait intervenir que lorsque les questions professionnelles sont en jeu », avait-il ainsi martelé. Quoi que lui réserve son séjour au gouvernement, une chose est sûre : sa proximité avec l’opposition radicale relève désormais de l’histoire ancienne.

Ahmed MBALA

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