Cameroun – Insécurité : arrestations massives à Douala

Alors que l’on s’achemine vers un couvre-feu sur toute l’étendue du territoire nationale du fait des exactions de la secte Boko Haram dans le septentrion, les habitants de la cité rebelle, repensent au commandement opérationnel.
L’heure est grave. La ville de Douala, après les attentats-suicides de Maroua et Fotokol, est plus que jamais sur le-qui-vive. Ça chauffe dans les lieux de culte, marchés et même dans les entreprises. La simple évocation du nom Boko Haram donne du tournis. L’alerte est au maximum. Les abords des édifices publics, surtout les commissariats et bureaux administratifs sont jonchés de balises de sécurité. Les populations ne veulent pas vivre le cauchemar du septentrion où des jeunes, servant de bouclier humain, se sont fait exploser dans les grandes surfaces, causant au non d’Allah des morts. Dans certains quartiers populaires de la cité rebelle, les rafles ont fait leurs premières victimes. Les fouilles des maisons ont rendu leur verdict : au moins une cinquantaine de jeunes arrêtés et des kalachnikovs, fusils de chasse, armes  artisanales et bien d’autres outils et appareils, saisis. Dans les ménages, l’appel est au calme, n’empêche pour certains d’évoquer les moments douloureux du commandement opérationnel. «Vivement, nous saluons l’initiative des autorités pour les mesures préventives contre Boko Haram. Seulement, il ne faudrait pas que les ressortissants du Nord soient davantage muselés du fait que les problèmes viennent de chez eux. Ces moments me rappellent les instants sombres du commandement opérationnel où il était pratiquement interdit de sortir à une certaine heure», soutient Louis Ntamack, employé dans une société de la place.
Dans les zones à risque telles que Bépanda et ses environs, les quartiers Haoussa, Bamoun à New-Bell… où nichent le grand banditisme, c’est la mobilisation totale. Et c’est dans la nervosité que gendarmes et policiers y patrouillent de jour comme de nuit. «Depuis le début des rafles et l’interpellation des bandits de grand chemin, la situation ici est au calme. Sauf que, la fermeture de bars à 19h nous fait plonger dans le désarroi total. Et pourquoi n’a-t-on choisi que les bars pour fermer à cette heure ? 23h serait mieux. Il faudrait que les autorités revoient cela», susurre Mathias Omgbe, cadre d’administration à la retraite, visiblement éméché.
En fait, c’est dire combien de fois les populations apeurées, craignent pour leur vie. «J’ai peur. Je ne veux pas de problèmes avec la police. À 19h, je ne vends plus de boisson, je ferme. La semaine dernière, les policiers qui patrouillaient dans la nuit m’ont pris de court. Après qu’ils aient arrêtés des clients pour défaut de carte d’identité, ils m’ont donné une sommation pour non respect des mesures préventives arrêtées par les autorités de la ville contre Boko Haram. Le dehors est devenu mauvais. Boko Haram peut venir se faire exploser dans mon commerce. Lorsque je vais faire le marché, je contrôle ceux qui sont à mes côtés. Car, une bombe peut exploser. On ne sait jamais», confie Nathalie Fogue, tenancière de bar au lieu dit Nouvelle route 7ème.
Vigilance. Bien que l’on coure vers un couvre-feu sur toute l’étendue du territoire nationale du fait des exactions de la secte terroriste, les forces de l’ordre en civil pour la plupart, veillent à la sécurité des personnes et des biens. Elles écument les marchés et les grandes surfaces le jour, et à la tombée de la nuit, sillonnent quartiers et sous-quartiers. «C’est pour la sécurité des populations que nous faisons ces descentes. Elles doivent comprendre que ce n’est pas seulement Boko Haram qui nous intéresse, mais bien des  braqueurs. Nous sommes également là pour dénicher leur cachette. À Bépanda Safari (un quartier populeux, ndlr), des armes à feux ont été saisies la semaine dernière dans une maison. Nous pensons que certains éléments du corps sont impliqués dans ce grand banditisme. Les armes saisies le prouvent. Ils appartiennent aux soldats. Une enquête est ouverte et je puis vous l’assurer, ça va faire mal», martèle sous cape un agent du Bataillon d’intervention rapide (Bir) apparemment courroucé. Pour parer à toute risque d’attaque, plusieurs mesures préventives ont été prises par les autorités de la capitale économique du Cameroun contre la secte islamiste Boko Haram, notamment la fermeture des bars à 19h, non port du voile intégral (burqa) et la fouille systématique des voyageurs.
Fausses nouvelles. D’aucuns jurent par tous les noms d’oiseaux que les éléments de la secte islamique sont sur pied dans la capitale économique. La preuve, la fausse alerte du côté de la paroisse Saint-esprit de Bépanda où deux présumés individus appartenant à Boko Haram avaient été appréhendés par la population qui les soupçonnait vouloir se faire exploser. Selon le père Patrice, vicaire de la dite paroisse, les présumés terroristes étaient de simples fidèles, venus assister à la messe dominicale. La trentaine révolue, ces derniers s’y sont rendus à bord de motos, et munis d’un sac à provisions. Face à cette dérive, les autorités administratives et religieuses ont tour à tour demandé aux populations de redoubler plus de vigilance. «J’exhorte tous les Camerounais à ne jamais céder à la panique, et à opposer une résistance inébranlable à cette campagne de psychose et de peur que la horde barbare et criminelle de Boko Haram, tente de mener en direction de nos populations. Je voudrais qu’il soit bien compris qu’en le faisant, nous ne faisons que faire à notre insu, le jeu de Boko Haram, dont le but, à travers ces attentats lâches et criminels, est de semer la terreur et d’installer les populations dans la peur et la psychose», a précisé Issa Tchiroma Bakary, le ministre de la Communication au cours d’une conférence de presse tenue mardi 04 août à Yaoundé.

Edouard Ngameni

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