Politique

Cameroun – genèse: Quand Paul Biya lançait l’opération l’épervier

Adossée au Programme d’ajustement structurel, l’efficacité de l’Opération épervier a pour préalable la mise en place des réformes favorisées par le Programme national de gouvernance.

Dans l’imagerie populaire, l’avènement de l’opération d’assainissement de la gouvernance publique, communément appelée «Opération épervier» date de l’année 1999. Si la période marque la matérialisation des premières interpellations, il faut rentrer plus loin pour comprendre les causes de cette opération qui semble désormais faire l’effet d’un épouvantail.

A défaut, un outil de distraction des masses en des périodes choisies par certains tenants du pouvoir. Il faut en effet garder à l’esprit qu’au milieu de la décennie 1980, l’Etat camerounais a été contraint de s’engager dans le Programme d’ajustement structurel (Pas). Un programme proposé par la Banque mondiale et le Fonds monétaire internationale (Fmi), au début de la crise économique qui sévit le monde financier et monétaire dès la deuxième moitié de la décennie 1980. «Ces initiatives ont contraint l’Etat à se désengager de nombreux secteurs économiques et sociaux en présentant désormais le secteur privé comme le moteur de la croissance économique et régulateur social en quelques sortes.» Comme l’expliquent de nombreux experts de l’économie et de la finance, l’épreuve du terrain a démontré les insuffisances de certaines initiatives promues par les bailleurs de fonds au Cameroun. Les formules adoptées ont plutôt favorisé l’émergence de facteurs d’exclusion sociale et la décroissance du niveau de vie du plus grand nombre des camerounais.

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Face à cet échec, le gouvernement se réapproprie les rênes de l’économie sans en aviser les opérateurs du secteur privé. Les stratèges du pouvoir décident de manœuvrer en coulisse. Dans la sphère gouvernementale l’on entretient bonne conscience en faisant prévaloir qu’il faut mettre en place un mécanisme permettant au gouvernement de coordonner l’activité économique et le rôle de la société civile dans la stratégie de développement mise en place. Ainsi nait le Programme national de gouvernance (Png). Dans son allocution du 31 décembre 1995, le président de la République annonce que le rôle de cet organe est de donner au Cameroun les moyens de faire face aux défis de la mondialisation.

Obligation de rendre compte

La phase de conception de cet autre outil est en fait conduite par le Programme des nations-unies pour le développement (Pnud). Mi-août 1998, le gouvernement lance le Document de stratégie globale de mise en œuvre. Le nouvel outil entend œuvrer sur les domaines relatifs à la mise en place d’une administration publique efficace et adaptée aux défis ; la consolidation de l’Etat de droit, à travers la mise en place d’un dispositif juridique et judiciaire garantissant la sécurité des personnes, des biens et des investissements ; la promotion de la culture de responsabilité dans la gestion économique, financière et sociale. L’adoption du Document de stratégie globale de mise en œuvre promeut en bonne ligne «l’obligation de rendre compte».

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De même que le gouvernement camerounais s’engage à promouvoir le renforcement de la transparence dans la gestion des affaires publiques en luttant contre la corruption ; la mise en place des structures de décentralisation. Dispositif qui a pour objectif de permettre une participation effective et efficiente des populations à la gestion des affaires publiques.

Vingt ans plus tard, le projet annoncé a-t-il produit le résultat escompté ? A la réalité, l’Etat peine à assumer ses fonctions régaliennes dans le secteur de l’économie. Outre la sempiternelle querelle entre lui et les acteurs du secteur privé sur les missions de chacun, la corruption entretenue par les mandataires du gouvernement plombe tout développement. De même que l’aspiration de libéralisation du secteur économique-comme de nombreux autres- patauge dans la mare des passe-droits institués par de nombreux commis de l’Etat. Dans le même temps, les structures de concertations multidisciplinaires créées dans l’intervalle meublent les souvenirs d’un Programme national de gouvernance dont la mission était de rendre plus efficace l’Opération épervier lancée à grand coup médiatique en 1999.

Joseph OLINGA N.

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