Cameroun – Fonction publique: les retraités sommés de libérer leur poste de travail

Minfopra

Instruction faite par le Premier ministre lors du conseil de cabinet du jeudi 29 octobre.
Des secrétaires généraux de ministères, des directeurs et sous directeurs de l’administration, 16 préfets et 40 sous-préfets dans le viseur…
De sources introduites, le chef de l’État serait très satisfait de la décision prise par le chef du gouvernement de renvoyer les personnels de l’État ayant atteint l’âge de départ à la retraite mais toujours en service. Paul Biya aurait même, apprend-on, exigé à l’ensemble du gouvernement de faciliter la tâche à Philemon Yang pour que les agents publics frappés par la limite d’âge, quel que soit leur rang dans la hiérarchie administrative, libèrent sans délai les postes de travail ou de responsabilité qu’ils occupent. Le président de la République souhaiterait même que la mesure soit appliquée le plus rapidement possible.
En effet, jeudi dernier lors de la première rencontre entre le Pm et l’équipe gouvernementale issue du réajustement ministériel du 2 octobre, Philemon Yang a invité les ministres au respect scrupuleux de la directive du président de la République leur prescrivant de «veiller à ce que les fonctionnaires placés sous leur autorité et admis à faire valoir leurs droits à la retraite, libèrent effectivement à temps le service ».
Plus que par le passé, observe-t-on dans le sérail, le chef du gouvernement est déterminé à aller jusqu’au bout de cette entreprise. De ce fait, soutient-on, il aurait demandé à chaque administration de prendre des dispositions pour que ses agents, ayant atteint l’âge de la retraite, libèrent dans les meilleurs délais et sans autre forme de procédure les bureaux qu’ils occupent. S’agissant de ceux qui ont des postes de responsabilité, il est demandé leur remplacement par des intérimaires désignés par chaque ministre, en attendant la nomination des titulaires au poste par qui de droit.

Coup de balai
Depuis lors, l’on assiste à un véritable branle-bas dans les services centraux des ministères. L’on commente à profusion la directive du Pm. Car, ils sont nombreux, secrétaires généraux, directeurs, sous-directeurs, chefs de division, chefs de cellule et chefs de service ayant atteint l’âge de la retraite, mais qui n’ont toujours pas fait leurs cartons. Des informations parvenues à La Météo, plus de la moitié des secrétaires généraux des ministères bénéficient d’une prolongation irrégulière d’activité, en violation des articles 123 et 124 du statut général de la Fonction publique. Il se rapporte également qu’à la Primature, au ministère des Finances, au ministère de l’Agriculture et du Développement rural par exemples, il est constant de retrouver des cadres retraités qui occupent encore des bureaux et des postes.
Dans le commandement territorial, 2 gouverneurs, 16 préfets et 40 sous-préfets ont déjà vu leur solde suspendu et perçoivent déjà leur pension de retraité. L’on note également un retour en force des retraités au sein des forces de police. Dans le haut-commandement militaire, des officiers supérieurs rechignent à passer la main. Pourtant, le 20 juin 1987, le président de la République indiquait dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale que «la retraite n’est pas une sanction, c’est l’aboutissement normal d’une carrière passée au service de l’Etat. Elle correspond à une aspiration légitime au repos».

Assainissement
Selon des estimations crédibles, plus d’un millier d’emplois pourraient être libérés dans la Fonction publique au terme de cette opération. Ce qui laisse entrevoir d’éventuels recrutements. L’assainissement du fichier solde et personnel de l’Etat s’en trouvera amélioré. N’ayant plus droit aux frais de mission, ces agents multiplient des subterfuges pour vivre aux crochets de l’Etat. Lorsqu’ils occupent une fonction nominative, ces retraités d’un autre genre font du chantage à ceux qui ont droit aux missions. Inadmissible pour le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative (Minfopra) ! Celui-ci a très tôt pris ses responsabilités. Personnels fictifs, salaire multiple, avantages indus, ces maux jadis associés à l’image de la fonction publique camerounaise, sont combattus avec une énergie dont on a rarement vu d’exemple. Avec l’appui du chef de l’État et le concours précieux du Premier ministre, le Minfopra, Michel Ange Angouing a plus que jamais les mains libres pour laver à grands eaux la fonction publique. En effet, l’injonction aux fonctionnaires retraités de libérer le plancher épouse un des volets importants de la réforme menée dès les premiers matins par l’homme de Doumaintang. L’objectif final de cette réforme est d’assainir le fichier solde, avec pour conséquence positive de ramener la masse salariale de l’État à son niveau réel et surtout de recruter d’autres Camerounais. Des économistes estiment que l’Etat du Cameroun paye plus de personnel qu’il n’en a réellement. Et cela dure depuis plus de deux décennies. Il est grand temps que quelqu’un mette le holà.  
Dans les administrations, les agents promus ou nouvellement recrutés n’ont pas de bureaux du fait de ces fonctionnaires retraités qui ne veulent pas partir. Ironie de l’histoire, ces derniers se plaignent du chômage de leurs enfants, de leurs connaissances, alors qu’ils sont en partie responsables de cette situation par le fait qu’ils s’accrochent à un emploi qui a cessé d’être leur. En effet, suivant le statut de la fonction publique, l’admission à la retraite marque la fin normale de la carrière du fonctionnaire et lui ouvre droit à une pension payée par le Trésor public ou toute autre caisse de retraite. Elle intervient dès lors que le concerné est atteint par la limite d’âge, quelle que soit la fonction administrative qu’il exerce en vertu d’un acte individuel ou collectif, ou sous réserve des dispositions des statuts particuliers ou spéciaux.

Mamouda Labaran

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