Politique

Cameroun : Félix Nguélé confirme la déconnexion entre Paul Biya et les jeunes

C’est ce qui ressort de la correspondance adressée par le gouverneur de la région du Sud au délégué régional des Enseignements secondaires de ladite région le 1er mars dernier sur l’évaluation des élèves de sa circonscription administrative.

C’est un secret de polichinelle. Dire de nos jours que le président de la République n’est pas ou plus suivi par la jeunesse actuelle du Cameroun, est une vérité implacable. Puisque même au sein du sérail, c’est connu de tous que le chef de l’Etat est déconnecté de sa population jeune. On en veut pour preuve la récente sortie épistolaire du gouverneur de la région du Sud. Dans une correspondance adressée au délégué régional des enseignements secondaires du Sud, Félix Nguélé Nguélé corrobore la fracture et la scission de lien entre Paul Biya et les jeunes. Dans cette correspondance écrite de façon laconique, portant évaluation des connaissances des élèves sur le discours du chef de l’État à la jeunesse, le patron de la région du Sud indique dès la première phrase qu’il lui a été donné de constater « le désintéressement des jeunes relativement au discours du chef de l’État le 10 février 2021 ». De quoi instruire à la représentante du ministère des Enseignements secondaires dans le Sud de « bien vouloir prescrire aux chefs des établissements secondaires, l’évaluation des élèves sur le contenu du message qui leur a été adressé à cette occasion ». Cette recommandation du chef de la région du Sud fait jaillir au moins deux faits majeurs. D’abord, d’avis des pédagogues, il n’est pas censé poser un tel acte c’est-à-dire indiquer ce sur quoi les enseignants doivent interroger leurs élèves.

Mais l’ayant déjà fait, il se dégage de sa recommandation, un deuxième point, sans doute le plus important et ce qui retient le plus d’attention, c’est que le gouverneur de la région du Sud dit urbi et orbi le fossé qui existe entre celui qui l’a nommé et les jeunes pour qui il doit œuvrer pour le développement du pays. Comme quoi selon lui, tout ce que le président de la République a raconté dans son discours du 10 février dernier à la veille de la fête de la jeunesse, à l’attention des jeunes, n’a pas été suivi par ces derniers puisqu’ils éprouvent un désintérêt pour ses discours. Le mot est donc lâché. « Désintérêt ». Cette désinvolture peut s’expliquer par le fait que la politique pratique –et non théorique- du chef de l’Etat, ne tient pas compte des jeunes. Plutôt, ils ont toujours été habitués aux discours vaseux et pompeux, aux promesses fallacieuses et virtuelles.

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Enfumage des gouvernants

Alors qu’en 2020, le chef de l’Etat a souligné à la surprise de toute la classe juvénile dans son discours du 10 février, que le gouvernement avait enregistré 500 mille emplois jeunes, il a récidivé à la veille de la fête la jeunesse de l’année en cours, avec des projets qui jusqu’à présent, n’ont vraiment rien apporté de concret à leurs destinataires textuels. « … J’avais déjà instruit la mise en place de plusieurs programmes d’accompagnement des jeunes… de leur mise en œuvre dépend en grande partie la résolution de l’épineux problème de l’emploi des jeunes dans notre pays. Parmi ces programmes, je pourrais citer : le Plan triennal « spécial jeunes » qui, en 2020, a financé environ 5.500 projets, pour un montant global de près de 15 milliards de francs Cfa, et permis ainsi l’installation d’un peu plus de 16 mille jeunes dans 66 villages pionniers de la deuxième génération ; le Programme de promotion de l’emploi décent qui compte atteindre le cap de 500.000 emplois créés au titre de l’exercice 2021 », a-t-il asserté.

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Sauf qu’au regard des chiffres avancés par le président de la République et le taux de chômage des jeunes, il se pose un véritable problème de cohérence. Bien que les jeunes vivent dans la précarité (raison de leur lassitude vis-à-vis de l’enfumage des gouvernants), et que les décideurs publics sont au courant, rien n’est fait pour remédier à la situation. Pour le moment, la « meilleure » astuce trouvée par le gouverneur de la région du Sud, pour rapprocher le chef de l’Etat des jeunes apprenants, c’est de les évaluer sur le discours de celui-ci. Mais qu’est-ce qu’un discours pompeux leur apportera de plus pour leur insertion socio-professionnelle ? Question à un sou !

Rostand TCHAMI

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