Société

Cameroun – Droits humains : Le gouvernement sous le feu des critiques

Accusé de mal gouvernance, il se voit imputer les victimes de la pandémie de Covid-19 et de la guerre dans les régions anglophones.

Il y a un fil rouge aux critiques formulées contre le gouvernement du Cameroun : la mal gouvernance. A cause de cette tare, la guerre sème toujours plus la mort et la désolation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest où tout avait commencé par une grève des enseignants et des avocats en 2016. C’est faute de bonne gouvernance que la pandémie de Covid-19 continue de faire les ravages. En réalité, c’est la faute au gouvernement si la vie, la santé, l’éducation, la sûreté et bien d’autres droits humains ne sont plus garantis.

Telle est la conviction de plusieurs acteurs nationaux qui appartiennent soit à l’opposition politique, soit à la société civile. Ces dernières semaines, ils ont porté leurs critiques dans les instances internationales, notamment à l’Onu et particulièrement au Fonds monétaire international (Fmi) avec lequel le gouvernement du Cameroun est sur le point de conclure un nouveau programme de soutien économique un an après la clôture de celui conclu en 2017.

Fin mai, 20 femmes leaders issues des milieux universitaires, du mouvement associatif et de la classe politique ont écrit à la directrice générale du Fmi, Kristalina Georgiva, qu’elles exhortent à ne plus accorder de financement à l’Etat du Cameroun. Du moins tant que la lumière ne sera pas faite sur la destination des 180 milliards Fcfa dédiés au Fonds spécial de solidarité nationale contre le Coronavirus et ses répercussions économiques et sociales depuis son apparition sur le territoire camerounais en mars 2020.

Des soupçons de détournement pèsent sur la gestion de cette cagnotte constituée grâce à l’argent du contribuable camerounais ainsi que des dons et des crédits collectés au niveau national et sur la scène internationale. Le Fmi étant contributeur audit fonds spécial, il est demandé à cette institution de s’assurer qu’un nouveau décaissement ne retombe pas entre « les mêmes mains » soupçonnées de détournement.

Rendre des comptes

En effet, des enquêtes sont en cours au Tribunal criminel spécial à la suite d’un rapport d’étape de la Chambre des Comptes de la Cour suprême. Le document relève, entre autres griefs, des surfacturations et des sur-tarifications cumulées à plusieurs milliards Fcfa, la non-livraison de certains marchés ou encore des collusions dans l’attribution de plusieurs marchés à des fournisseurs.
Le fonds spécial de lutte contre la Covid-19 devait servir à faire la prévention et la prise en charge de la maladie (sensibilisation, achat des médicaments, des masques, des kits de dépistage et divers équipements pour les hôpitaux.) Les 180 milliards étaient censés soutenir non seulement le fragile système de santé camerounais mais également l’économie nationale plombée par la pandémie. Les enjeux étaient plus grands dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que celle de l’Extrême-Nord qui est toujours en proie au terrorisme de Boko Haram. En plus d’être plongés dans une crise humanitaire, ces territoires avaient déjà été déclarés économiquement sinistrés par le gouvernement du Cameroun.

Protection des femmes et des enfants

Le débat commençait à s’animer sur le bien-fondé de la démarche des 20 femmes leaders, que ces dernières ont reçu le soutien de 11 associations et groupes de femmes qui sont pour l’essentiel des organisations anglophones. Elles ont aussi écrit à la directrice générale du Fmi pour expliquer que la mal gouvernance au Cameroun se décline en détournements de fonds, en corruption ou encore en répression armée. Ces pratiques constituent des violations des droits humains dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui, en plus de vivre une crise humanitaire due à la guerre, doivent aussi subir les ravages de la pandémie du Coronavirus. Dans ce contexte, ni la vie, ni la santé, ni l’éducation encore moins la sécurité ne sont plus garanties à la population. L’Etat manque ainsi à ses obligations contenues non seulement dans le préambule de la Constitution du Cameroun, mais également dans les articles 3, 22, 25 et 26 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
Les organisations anglophones mettent aussi en avant la violation d’autres dispositions juridiques internationales dont l’Etat du Cameroun est partie prenante. Il s’agit notamment des articles 11, 12 et 14 de la Convention de 1979 sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes. Au rang des manquements, apparait par ailleurs l’article 24 de la Convention de 1989 sur les droits de l’enfant.

Sanctions américaines

Dans ce concert de critiques sur la situation des droits humains, les Etats-Unis ont fini par élever la voix et annoncent des sanctions. Ce 7 juin 2021, le secrétaire d’Etat, Antony Blinken, a affirmé que des restrictions de voyage aux Etats-Unis seront imposées à toutes les personnes œuvrant contre la paix dans le Noso. La menace ainsi brandie n’exclut pas les officiels camerounais. Le recours à des sanctions, c’est-à-dire à la diplomatie coercitive, est une première dans la démarche américaine depuis le déclenchement de la crise. Jusqu’ici, les Etats-Unis se limitaient à des appels à la retenue adressés au gouvernement du Cameroun et aux groupes armés.

Assongmo Necdem (Jade)

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