Cameroun – Crise sociale: Signes d’apaisement du gouvernement

Entre négociations menées par le Premier ministre et remise de la version anglaise du Traité Ohada et de ses actes uniformes, les pouvoirs publics multiplient des actes pour ramener le calme dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest.
Mais les syndicats d’avocats et d’enseignants gardent le ton dur. Cela aurait pu être un acte banal. Mais le gouvernement l’a voulu autrement. 237online.com Lundi 28 novembre 2016, le secrétaire permanent de l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique (Ohada), Dorothé C. Sossa est allé remettre à mains propres la version anglaise du Traité Ohada et de ses actes uniformes au secrétaire général de la présidence de la République. Acculées ces dernières semaines par des avocats d’expression anglaise basés dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, les autorités camerounaises ont dû mettre la pression sur le secrétariat permanent de l’Ohada, qui a bouclé son travail avant la fin de l’année comme promis par le ministre de la Justice, garde des sceaux , Laurent Esso. L’Ohaha «sera encore plus vigilante pour éviter que des responsabilités confiées par les Etats-parties donnent l’impression de ne pas être exécutées», promet Dorothé C. Sossa. Un jour plus tard, c’était autour de Laurent Esso de remettre le même document au bâtonnier de l’Ordre national des avocats, Me Ngnie Kamga. Ici aussi, la cérémonie s’est déroulée devant les caméras de la presse. Est-ce suffisant donc pour calmer les avocats d’expression anglaise qui ont, pendant plusieurs semaines, présenté l’absence de ce document comme un motif de grève ? Le gouvernement l’espère. Même si pour lui, les avocats n’ont pas eu raison de descendre dans la rue, dans la mesure où la question de la traduction en anglais de ces documents juridiques était en cours de résolution. Mais sur le terrain, les avocats, rejoints par les enseignants semblent aller au-delà de la traduction du Traité Ohada pour justifier leur grève. Une nouvelle manifestation dans le monde professionnel au Cameroun qui aurait pu passer inaperçue si elle n’avait pas dégénéré le 21 novembre 2016. Ce jour-là, alors que les syndicats avaient invité les enseignants et les élèves à rester chez eux, la journée a vite été récupérée par des habitants de Bamenda pour poser des problèmes d’indépendance et de scission de la partie anglophone du reste du pays. Ceux qui manifestent vont dans un foisonnement de récriminations qui incluent la marginalisation des Camerounais d’expression anglaise, l’état de délabrement de la voirie urbaine à Bamenda ou encore la vie chère.

Philemon Yang
Prenant le pouls de la gravité de la situation, le Premier ministre s’est rendu à Bamenda malgré des initiatives entreprises antérieurement par ses ministres pour trouver des voies de sortie à la crise. Vendredi, 25 et samedi 26 novembre, Philemon Yang a rencontré les syndicats grévistes. Usant tantôt de sa casquette de chef du gouvernement et parfois d’élite de la région, le Premier ministre a écouté pendant des heures. Acceptant même d’achever certaines discussions tard dans la nuit. Tour à tour les enseignants, les avocats, les politiques, le clergé, les chefs traditionnels, la société civile, etc. ont été reçus. Mais à l’arrivée, rien de concret. Juste un nouvel agenda de douze points pour tracer la voie vers une suspension de la grève en cours au plus tard le 30 novembre. Pour les syndicalistes, le mot d’ordre de levée de cette grève est conditionné par l’application d’au moins un des points inscrits dans cet agenda. Depuis lundi 28 novembre, les écoles sont fermées, aussi bien dans le secteur public que privé. En attendant, le voyage du chef du gouvernement a au moins eu le mérite d’apaiser les syndicalistes. «Les leaders de syndicats d’enseignants à Bamenda ont saisi l’opportunité offerte par le Premier ministre pour repréciser les raisons de notre absence à l’invitation du ministre de l’Enseignement supérieur à Yaoundé. Nous le respectons comme Premier ministre et chef du gouvernement et prenons sa parole comme sérieuse étant donné qu’il est venu personnellement dialoguer avec les enseignants», déclare Afuh Stephen, leader de syndicat.

Rodrigue Nganzi

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