Politique

Cameroun – Crise anglophone : Paul Biya reste sur l’option de la force

Le chef de l’Etat a invité les entrepreneurs de guerre à déposer les armes lors de son discours de nouvel an.

Les Camerounais ont suivi le lundi 31 décembre 2018, le traditionnel message radiotélévisé du président de la République. Dans son discours de présentation des vœux de nouvel an à la nation camerounaise, Paul Biya est resté fidèle à l’option de la force choisie depuis le début de la crise anglophone. Trois axes majeurs ont meublé le discours du chef de l’Etat du 31 décembre 2018.
S’agissant de la sécurité, le président est resté optimiste quant au septennat qui vient de commencer. A ses yeux, il devrait être décisif pour notre pays; il pourrait même être l’un des moments les plus importants de notre histoire depuis notre indépendance. Parce que la sécurité est la condition de la paix civile et du progrès économique et social, elle sera sa priorité.
C’est pourquoi faisant le point de la sécurité dans notre pays, il a affirmé que la situation étant stabilisée à l’Extrême-Nord et sous contrôle à notre frontière orientale, c’est le contexte qui prévaut dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui retiendra l’essentiel de mon attention. A propos, il a choisi la loi de la force en politique. Sachant bien utiliser la bête, ceux qui s’attendaient à d’autres signes de décrispation sont restés sur leur soif. A propos de la crise qui sévit depuis 2016 dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le chef de l’Etat a invité les sécessionnistes à mettre un terme au cycle de la violence.

« Si l’appel à déposer les armes que j’ai lancé aux entrepreneurs de guerre reste sans réponse, les forces de défense et de sécurité recevront instruction de les neutraliser. Je suis bien conscient en effet de la désolation que ces insurgés infligent aux populations de ces régions. Cette situation ne peut plus durer ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que le président de la République n’est pas encore prêt au véritable dialogue politique avec les différents acteurs.

Son art politique consiste à dompter la fortune en combinant la ruse et la force. Il a rappelé que dans un esprit de concorde nationale, il a décidé, pour éviter le recours à des mesures extrêmes, de créer un « Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration ».
Cet organisme, placé sous l’autorité du Premier Ministre, a-t-il poursuivi aura pour mission d’organiser, d’encadrer et de gérer le désarmement, la
démobilisation et la réintégration des ex-combattants de Boko Haram et des groupes armés du Nord-Ouest et du Sud-Ouest désireux de répondre
favorablement à l’offre de paix qui leur a été faite. Cette initiative, a-t-il souligné, offre une porte de sortie honorable à ces ex-combattants ainsi qu’une perspective de réinsertion sociale. Elle devrait permettre le retour au calme et à une vie normale. Sauf que sur le terrain la crise continue et gagne même en puissance.

Les nouvelles compétences des collectivités territoriales Paul Biya dit être très sensible aux inquiétudes concernant leur sécurité et les
aspirations touchant le retour au calme et à une vie sociale normale dans les régions dites « anglophones ». Pour l’instant et fidèle à lui-même, il n’est pas question comme au début d’envisager des débats politiques sur la forme de l’Etat. « J’entends poursuivre le dialogue engagé avec les personnes de bonne volonté pour un retour définitif à la paix », a-t-il déclaré. Insistant sur l’unité du Cameroun et l’urgence de la décentralisation, le chef de l’Etat a précisé que des mesures seront prises dans les meilleurs délais possibles pour accorder aux collectivités territoriales de notre pays les compétences qui leur permettront de prendre une plus large part dans la gestion des affaires locales.
Parallèlement, la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme sera accélérée. «Mon souhait est qu’au bout du compte, l’unité nationale en sorte
renforcée
», a-t-il précisé. Le chef de l’Etat a par ailleurs fait le bilan économique et politique du demi-siècle qui vient de s’écouler, nous avons
édifié progressivement des institutions démocratiques.

« Nous nous sommes efforcés d’établir la sécurité sur l’ensemble de notre territoire. Nous avons tout fait pour passer d’un modèle économique obsolète
à un système plus moderne et plus conforme à notre intérêt national. Il s’agissait bien entendu d’une œuvre de longue haleine. Certains objectifs,
comme l’établissement de la démocratie, ont été atteints. Ceux qui concernaient la sécurité ne l’ont été qu’en partie, en raison de fortes menaces
intérieures et extérieures. D’autres enfin, les plus ambitieux parce qu’ils visaient la transformation de notre société, ont été patiemment mis en
chantier
», a-t-il ajouté. A ses yeux, des difficultés imprévues ont compliqué la tâche depuis les années 80 avec la forte détérioration des termes de l’échange qui a compromis notre marche en avant. Dix ans plus tard, la crise économique et financière mondiale a, pense-t-il, brisé notre élan et ralenti notre croissance. Plus récemment, la baisse des cours du pétrole et des matières premières a eu le même effet.
Des perspectives, il a indiqué qu’il sera indispensable aussi de conforter le taux de croissance de notre économie, de faire davantage en économie pour rester sur la trajectoire de l’émergence, moderniser notre agriculture en relevant ses objectifs de production et de diversification et en mettant à sa disposition les moyens techniques nécessaires. Le projet d’industrialisation selon les orientations de notre Plan Directeur devra être appliqué. La course pour doter notre pays d’infrastructures d’énergie sera renforcée. Enfin, une fois la sécurité rétablie et notre croissance relancée, l’accent sera accordé à LA DIMENSION SOCIALE de notre démocratie. Au sujet du grand rendez-vous du football africain qui devait se tenir en 2019, Paul Biya a signalé que la Confédération Africaine de Football, au regard de certaines données, a pensé qu’il fallait procéder à un glissement de date. « Nous en avons pris acte. Comme je l’ai déjà dit, tous les investissements liés à l’organisation de la CAN seront réalisés », a-il martelé.

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Jean Philippe Nguemeta
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